Harry Potter : 25 ans et 25 milliards de dollars plus tard, décryptage d'un mythe
Le premier roman, Harry Potter à l'école des sorciers, est sorti voici un quart de siècle déjà, le 26 juin 1997.

- Publié le 25-06-2022 à 15h20
- Mis à jour le 27-06-2022 à 10h48

Une balafre et des lunettes rondes, il n'en faut pas plus pour retourner, d'un coup de baguette magique, un quart de siècle en arrière. Très exactement le 26 juin 1997, lorsque sortent en toute discrétion dans quelques librairies britanniques les 500 exemplaires du premier tirage d'Harry Potter and the Philosopher's Stone (traduit en français par Harry Potter à l'école des sorciers). À l'époque, à part Alice Newton, la fille du directeur de Bloomsbury, personne n'y croit. Sans son enthousiasme, la maison d'édition aurait probablement fait l'impasse sur ce roman jugé au mieux banal par les douze concurrents auxquels il a été présenté. Et serait ainsi passée à côté du jackpot le plus imposant de la littérature contemporaine. Un des 500 livres originaux a été acquis aux enchères pour la somme exorbitante de 90 OOO dollars, et en 25 ans, il s'est vendu plus de 500 millions d'exemplaires des romans d'Harry Potter, traduits en 80 langues pour plus de 200 pays. Certains petits malins se sont même amusés à compter le nombre de mots utilisés par J.K. Rowling pour confectionner son œuvre. Et ils sont arrivés au nombre suivant : 1 084 170. Hallucinant.
Les sept tomes, considérés désormais comme des classiques, sont étudiés sur les bancs de l'école mais aussi dans les chaires universitaires. La prestigieuse institution de Yale a mis dans son cursus un programme intitulé "La théologie chrétienne et Harry Potter", et elle n'a pu y inscrire qu'un cinquième des étudiants désireux de le suivre. L'université de Calcutta, elle, a ajouté Harry Potter dans ses cours de droit, afin d'étudier les discriminations et les parallèles avec la société indienne. Quant à l'anthropologue américaine Margarett-Ann Simonetta, de Harvard, elle analyse l'impact de la nourriture à partir de la saga.
Le phénomène dépasse très largement le cadre littéraire. Les huit longs métrages inspirés de l'œuvre et les trois spin-off consacrés aux Animaux fantastiques ont rapporté 9,6 milliards au box-office mondial. Cela leur permet d'occuper la troisième place des franchises les plus lucratives de tous les temps, à quelques liasses de Star Wars (10,3 milliards de dollars, avec une fiction supplémentaire), très loin derrière l'ultradominant Marvel (26,5 milliards de dollars de recettes mondiales, mais avec 29 films).
Des gains faramineux
Prolongation logique de ce triomphe cinématographique : en 2012, Warner Bros. transforme ses studios de Leavesden, à une trentaine de kilomètres de Londres, en exposition permanente des plateaux et décors ayant servi durant les tournages. Avec un succès énorme pour The Making of Harry Potter, puisque selon Statista, en dix ans, le parc a écoulé des tickets pour une valeur de 711,3 millions de livres sterling, soit 832,3 millions d'euros. D'une durée de trois heures environ, la visite coûte de 39,95 livres pour un enfant à 49,95 livres pour un adulte, mais peut grimper jusqu'à 225 livres pour le Deluxe Tour, avec photos devant un écran vert, vidéos de vol sur un balai et un guide pour ne rien rater de la magie des lieux.
Universal Studio, qui détient les droits pour les parcs d'attractions, a très vite aussi compris l'impact magique du petit sorcier. En 2010, il ouvre une zone thématique à Orlando. Et constate, après un an d'exploitation, que la fréquentation a augmenté de 85 % et les revenus des produits dérivés de 156 %. Vu le succès, d'autres espaces HP sont ouverts à Orlando et Osaka en 2014, à Los Angeles en 2016 et à Pékin en 2021. Sans regret, puisque selon le dernier rapport publié par ComCast, "les revenus des parcs d'attractions sont passés de 941 millions de dollars à 1,6 milliard de dollars durant les trois premiers mois de 2022."
Ces chiffres donnent le tournis. Mais ils ne sont pas les seuls à produire cet effet. Les livres auraient déjà permis d'amasser 7,7 milliards de dollars, les jouets et le merchandising 7,3 milliards, les jeux vidéo 1,9 milliard de dollars et la vente des Blu-Ray/DVD deux milliards de dollars supplémentaires. Au total, fin 2020, "l'empire" Harry Potter était évalué à plus de 25 milliards de dollars.
Sans grande surprise, tout cela permet à J.K. Rowling de trôner dans le classement des romancières les plus riches de tous les temps, avec une fortune personnelle estimée à un milliard de dollars. Les trois acteurs principaux de la saga ne s'en tirent pas trop mal non plus, puisque la fortune de Daniel Radcliffe est estimée à 110 millions de dollars, celle d'Emma Watson à 85 millions de dollars et celle de Rupert Grint à 50 millions de dollars.
La créativité inouïe des fans
En dépit de ces montagnes de billets verts défiant l'entendement, il existe un phénomène encore plus impressionnant lié à Harry Potter. À savoir le "fandom", l'univers créé par les fans (lire pages suivantes). Totalement autosuffisant, il permet à des millions de passionnés d'élaborer des théories sur le moindre détail de la série, de confronter les points de vue, de créer des milliers de nouveaux romans (à 56 % romantiques…), d'objets d'art, de musiques ou de films d'amateurs. Un vrai monde parallèle, d'une richesse et d'une inventivité inouïes, dont l'aboutissement le plus spectaculaire s'est concrétisé par l'organisation d'une véritable Coupe du Monde de Quidditch. Pour ces inconditionnels, peu importe l'absence de nouveaux romans : Harry Potter fait partie de leur vie de tous les jours. Et cela dure depuis 25 ans.
