"Montre jamais ça à personne": Les coulisses savoureuses du disque d'Orelsan
Clément Cotentin filme de nouveau son grand frère Aurélien. Plongée jouissive dans ses doutes et ses tubes.
- Publié le 12-10-2022 à 17h46
- Mis à jour le 12-10-2022 à 20h58

"Montre jamais ça à personne". C'est ce qu'avait intimé Aurélien Cotentin (Orelsan) à son petit frère Clément. Pendant des années, ce dernier avait filmé les débuts du rappeur caennais et ses copains un peu paumés au moment où ils esquissaient le rêve de percer. Il ne l'a pas écouté et s'est servi des 3 000 heures de rushs récoltées pour confectionner, vingt ans plus tard, une excellente série documentaire et soulever une statuette aux Victoires.
La peur de l'échec
Le premier opus de Montre jamais ça à personne se clôturait sur l'annonce du nouvel album d'Orelsan : Civilisation. Le second, évidemment moins spontané, puisque calculé, s'appuie sur des bases semblables (la même voix off, le même rythme et quasiment les mêmes protagonistes…), mais en racontant les coulisses de la naissance de ce disque. Avec une question centrale en filigrane : comment revenir et se réinventer après un énorme succès et trois ans éreintants ? Spoiler : c'est loin d'être évident.
Comme tout le monde, Orelsan s'est retrouvé confiné dans sa nouvelle demeure normande avec son frangin en mars 2020. Génial ? "J'ai deux semaines devant moi où je ne fais rien et où je vais pouvoir faire de la musique tout seul", se dit-il, au départ, avec autant d'entrain, que de naïveté. Vous connaissez déjà la suite. La situation cauchemardesque s'est prolongée. Esseulé, l'artiste a perdu pied, jusqu'à plonger dans les méandres du doute, et songer à tout remettre en question. "Pourquoi je refais un album en fait ?"

Les fans le savent. Orelsan est finalement parvenu à donner naissance à 14 titres. Mais que ce fut laborieux… À la manière de la série Get Back , de Peter Jackson sur les Beatles (toutes proportions gardées, évidemment), on se délecte d'assister de l'intérieur à la naissance poussive, mais magique de futurs tubes : "L'odeur de l'essence", "Baise le monde", "La Quête"…

Aussi bûcheur que bras cassé
L'artiste y détaille ses méthodes d'écriture en évoquant, notamment, le classement de ses 10 000 pages de notes, glissées pêle-mêle dans des dossiers sur son Mac, et l'avis implacable mais précieux de ses amis. Skread et Ablaye n'hésitent pas à lui dire quand c'est mauvais. Orelsan jette 85 % de ses textes à la poubelle.
Le Normand a beau avoir rempli plusieurs Bercy et tous les Zénith de France, il semble rester le même. Modeste, toujours en doute, touché par les critiques des haters, très proche de sa famille et notamment de ses mamies, rempli de rêves (il est comme un gamin face à Pharell Williams à Miami), perfectionniste invétéré, un éternel bras cassé… Après deux années de travail, et de nombreuses prises de tête (notamment sur un featuring avec Angèle), Orelsan rendra son album, après une nuit blanche, le dernier jour de la deadline. Étonnant ? Pas vraiment…
Montre jamais ça à personne - Partie 2 / Série documentaire- De Clément Cotentin, Christophe Offenstein - Prime Video - Dès le 13 octobre (4 épisodes d'environ 40 minutes).

