"Oxana" : vie et mort d'une Femen
Charlène Favier signe le portrait d'Oksana Chatchko, l'une des membres fondatrices du mouvement Femen, morte à Paris en 2018 à l'âge de 31 ans. Une évocation sensible à voir en salles dès ce mercredi.

- Publié le 05-05-2025 à 13h23

Le 23 juillet 2018, Oksana Chatchko se pendait dans la penderie de son petit atelier-studio de Montrouge, en banlieue parisienne. Quelques années auparavant, la jeune Ukrainienne était devenue une personnalité publique internationale, en tant que membre fondatrice du mouvement Femen, aux côtés d'Anna Hutsol et d'Oleksandra Chevtchenko. Qu'est-ce qui a poussé cette jeune femme engagée à se donner la mort ? C'est à cette question que tente de répondre Charlène Favier dans sa biographie, sobrement intitulée Oxana.
Portrait d'une artiste
En 2020, Charlène Favier réalisait Slalom, avec Noée Abita et Jérémie Renier. Dans son premier long métrage, la Française auscultait la notion de consentement, à travers la relation trouble entre une jeune championne de ski et son entraîneur. Avec Oxana, la cinéaste française continue d'explorer la question du féminisme, en s'intéressant à l'une de ses figures récentes.
Oxana ne sera ceci dit pas une exploration stricte du mouvement Femen, de ses actions ou de son héritage. Celui-ci est évidemment central dans la vie d'Oksana Chatchko et Charlène Favier en décrit les grands moments et les dissensions, mais ce qui l'intéresse, c'est d'abord de signer un beau portrait de femme. Celui d'une jeune femme engagée, pour qui art et révolution étaient indissociables. Et qui ne put se résoudre à être incapable de changer le monde.

Condamnée au malheur ?
Ce qui a poussé Oksana Chatchko au suicide ne peut se résumer aux profondes dissensions au sein du mouvement Femen, après sa reprise en main par Inna Chevtchenko ou le manque d'intérêt du milieu culturel français pour son œuvre — elle a été formée toute jeune à la peinture d'icônes, qu'elle a détournée de façon provocatrice. Ce que met en scène Charlène Favier, c'est le malheur auquel semblait condamnée une jeune femme qui a toujours refusé le monde tel qu'il tournait. "Sans combat, il n'y a plus de vie", dit-elle à l'écran, campée par la jeune Ukrainienne Albina Korzh, très juste dans son premier rôle à l'écran.
Oscillant entre passé en Ukraine et époque parisienne, Oxana est un film profondément mélancolique, à l'image de cette jeune héroïne, qui s'est toujours interdit au bonheur et qui a refusé de brader son combat au nom d'une illusoire célébrité. Au contraire d'autres militantes Femen, dont le combat semble s'être apparenté à un feu de paille…


Oxana Biographie De Charlène Favier Scénario Diane Brasseur et Antoine Lacomblez Photographie Eric Dumont Musique Delphine Malaussena Montage Monica Coleman Avec Albina Korzh, Maryna Koshkina, Lada Korovai, Noée Abita… Durée 1h43