Retour manqué de Richard Gere à Cannes dans "Oh, Canada" de Paul Schrader
Vendredi soir, après Coppola, une autre ancienne gloire du Nouvel Hollywood, Paul Schrader, a déçu avec une adaptation confuse de l'avant-dernier roman de Russel Banks.

- Publié le 18-05-2024 à 07h52
- Mis à jour le 25-05-2024 à 11h38

Très discret ces dernières années des écrans, Richard Gere faisait, à 74 ans, son grand retour sur le tapis rouge du 77e Festival de Cannes vendredi soir pour présenter, en Compétition, Oh, Canada de Paul Schrader. On ne peut pas dire que le duo a enthousiasmé…
L'ancien scénariste de Scorsese (notamment sur Taxi Driver) adapte Oh, Canada, l'avant-dernier roman de Russell Banks, publié en septembre 2022, juste avant la mort du romancier américain à l'âge de 82 ans, le 7 janvier 2023.
Documentariste engagé et respecté basé à Montréal, Leonard Fife (Richard Gere), en phase terminale, accepte de donner une dernière interview à deux de ses anciens étudiants. À la condition qu'Emma (Uma Thurman), sa femme et collaboratrice, soit à ses côtés pour écouter son témoignage. Alors que la mort approche, le vieil homme veut confesser ce qu'il n'a jamais raconté sur sa vie. Il commence son récit à Richmond, Virginia, dans le sud des États-Unis en 1968, quand il quitte son épouse d'alors et son jeune fils pour faire route vers le Nord, vers le Vermont, où il a décroché un poste de professeur à l'université. Avant de passer la frontière avec le Canada pour fuir la conscription pour la guerre du Vietnam…
Retrouvant Richard Gere 44 ans après American Gigolo, Paul Schrader met ici en scène un vieil homme se repentant son son passé pour tenter d'y dénicher le vrai, après l'avoir mis en scène comme une fiction au service de sa gloire de cinéaste engagé. À 77 ans, le cinéaste américain, qui a été très malade, se projette sans doute dans ce personnage aux portes de la mort. Malheureusement, il ne parvient pas à rendre celui-ci intéressant, ni dans sa dimension personnelle, ni dans sa dimension d'artiste.

Un film inutilement confus
Le récit du vieil homme, bourré de médicaments, se fait confus. Il en va de même pour le film de Schrader. Incapable de puiser, dans l'existence de son héros, les moments saillants, il la retrace par bribes, rarement intéressantes.
Formellement, Oh, Canada est tout aussi confus. Le cinéaste change de format d'image (du 4/3 au scope), passe du noir et blanc à la couleur, utilise le Super-8, fait intervenir Richard Gere dans les flash-backs (où le personnage de Leonard Fife est pourtant majoritairement incarné par Jacob Elordi), confie deux rôles à Uma Thurman… On comprend que tout cet apparat de mise en scène est censé souligner la confusion de la mémoire du héros, mais tout cela apparaît surtout gratuit. Tandis que, sur le fond, Schrader ne se montre guère plus inspiré, peinant à relire l'histoire américaine ou à nous faire comprendre ce qu'a pu représenter le Canada pour les jeunes Américains refusant d'aller se faire massacrer au Vietnam.
Bref, après Francis Ford Coppola et son décevant Megalopolis mercredi, c'est une autre ancienne gloire du Nouvel Hollywood qui déçoit en Compétition à Cannes. Dommage car, dans ses derniers films, First Reformed (2018) ou The Card Counter (2021), Schrader avait su garder la vitalité, la vigueur, mais aussi la profondeur métaphysique de son cinéma. On n'en reste ici qu'à l'écume des choses…
Oh Canada Drame Scénario et réalisation Paul Schrader (d'après le roman Oh, Canada/Foregone de Russell Banks) Photographie Andrew Wonder Musique Phosphorescent Montage Benjamin Rodriguez Jr. Avec Richard Gere, Jacob Elordi, Uma Thurman, Michael Imperioli… Durée 1h35