À la Mostra de Venise 2024, Nahuel Pérez Biscayart se cherche dans "El Jockey"
Ce jeudi soir en Compétition, l'Argentin Luis Ortega a désorienté le public vénitien avec un drame surréaliste, suivant les mésaventures d'un jockey en quête de son identité profonde.

- Publié le 29-08-2024 à 22h26

En cette première journée de Compétition, la 81e Mostra de Venise avait les yeux tournés vers l'Amérique latine. Après que le Chilien Pablo Larraín a livré, avec Maria, un magnifique portrait de Maria Callas (campée par Angelina Jolie), l'Argentin Luis Ortega présentait dans la foulée le très étrange El Jockey, porté par un génial Nahuel Pérez Biscayart.
Découvert en 2017 dans l'inoubliable 120 Battements par minute de Robin Campillo, revu notamment dans Au revoir là-haut d'Albert Dupontel ou récemment dans La Fille de son père d'Erwan Le Duc, l'acteur argentin de 38 ans campe ici Remo Manfredini. Star des courses hippiques, ce jockey alcoolique et dépressif va foutre sa vie en l'air en ratant la course qui pouvait le remettre en selle et lui éviter les pires ennuis avec son patron, le gangster Sirena (Daniel Giménez Cacho). Fonçant dans le décor, le bonhomme a non seulement bousillé un pur-sang japonais à un million de dollars, mais il se retrouve dans un coma qui laisse peu d'espoir. Pourtant, Manfredini se réveille miraculeusement à l'hôpital, enfile un manteau de fourrure et erre comme une âme en peine dans les rues de Buenos Aires. Tant sa compagne Abril (Úrsula Corberó), jeune jockey promise à un bel avenir, que les hommes de main de Sirena se mettent à sa recherche…

Quête d'identité surréaliste
Actif depuis 2002, Luis Ortega a signé de nombreux films avant de percer, grâce à sa sélection à Un certain regard à Cannes en 2018 avec L'Ange. Produit par Pedro Almodóvar, le film retraçait le parcours du tristement célèbre tueur en série Carlos Robledo Puch, surnommé "l'ange de la mort" et responsable de la mort de 11 personnes avant même d'avoir atteint l'âge de 20 ans. Avec El Jockey, Ortega quitte le réel pour s'aventurer du côté du réalisme magique latino-américain, et dresser le portrait d'un homme cherchant à fuir la personnalité qu'on lui a imposée, pour devenir celui, ou plutôt celle qu'il souhaite être profondément.
El Jockey s'ouvre sur des chapeaux de roue. Grâce à une mise en scène inventive et puissante, Luis Ortega nous plonge en quelques scènes dans son univers surréaliste. Avec notamment une magnifique scène de danse marquant la rencontre entre Nahuel Pérez Biscayart et la sublime Úrsula Corberó (jeune actrice espagnole découverte dans la série Netflix La casa de papel).
À mesure qu'avance la comédie, à mesure que Remo renoue avec son identité (ou plutôt ses identités), El Jockey commence doucement à patiner, à perdre en force et en pertinence. Si le film reste toujours fascinant visuellement, les thèmes abordés par le jeune cinéaste (l'identité, mais aussi la filiation, l'amour, l'homosexualité…) finissent par s'entremêler sans que l'on comprenne réellement où l'Argentin veut en venir…
El Jockey/Kill the Jockey Comédie surréaliste De Luis Ortega Scénario Luis Ortega, Rodolfo Palacios et Fabián Casas Photographie Timo Salminen Musique Sune Rose Wagner Montage Rosario Suárez et Yibrán Asuad Avec Nahuel Pérez Biscayart, Úrsula Corberó, Daniel Giménez Cacho, Mariana Di Girolamo, Daniel Fanego, Osmar Núñez, Luis Ziembrowski… Durée 1h37