Mostra 2024: Vincent Lindon impuissant face à la dérive de son fils dans "Jouer avec le feu"
Mercredi après-midi sur le Lido, le comédien français défendait en Compétition le nouveau film des sœurs Delphine et Muriel Coulin. Le portrait d'un père voyant l'un de ses fils verser dans l'idéologie d'ultra-droite. D'après le roman de Laurent Petitmangin "Ce qu'il faut de nuit".

- Publié le 04-09-2024 à 16h06
- Mis à jour le 05-09-2024 à 11h42

Présent à la Mostra l'année dernière pour défendre D'argent et de sang, l'excellente série de Xavier Giannoli, Vincent Lindon retrouvait, mercredi après-midi, la Compétition vénitienne, trois ans après Un autre monde de Stéphane Brizé. À l'affiche de Jouer avec le feu des sœurs Coulin, le Français a une fois encore été très applaudi.
Renouant avec les rôles qu'il a pu avoir chez Brizé (notamment dans La Loi du marché en 2015), Vincent Lindon campe ici Pierre, un cheminot élevant seul ses deux fils depuis la mort de leur mère dans la région de Metz. Si le benjamin, Louis (Stefan Crepon), est une tête à l'école, son frère Fus (Benjamin Voisin) peine dans ses études de métallurgie à l'IUT. Entre le père et son grand garçon, la complicité est de mise, mais PIerre s'inquiète de plus en plus des fréquentations du gamin. Cet ancien syndicaliste se sent trahi quand il découvre que Fus traîne avec des skinheads, membres d'un groupuscule d'ultra-droite…

La dérive de la France
Découvertes en 2011 avec 17 filles, puis Voir du pays en 2016, Delphine et Muriel Coulin signent avec leur troisième film une adaptation inspirée de Ce qu'il faut de nuit, le premier roman de Laurent Petitmangin, publié en 2020 aux éditions La Manufacture. Prix Femina des lycéens, celui-ci nous plongeait dans la Lorraine natale de l'auteur, région désindustrialisée par excellence. Les échos avec Leurs enfants après eux de Nicolas Matthieu (Goncourt 2018) étaient évidents.
Voir en Compétition à Venise, à quelques jours d'intervalle, l'adaptation de ces deux romans — celle du second, signée par les frères Boukherma a été dévoilée samedi —, a quelque chose de frappant, témoignant de la dérive progressive de la France vers l'extrême droite.
Jouer avec le feu s'inscrit dans la suite directe de Leurs enfants après eux. La région est la même, mais on est 20 ans plus tard et les conséquences d'une mondialisation qui a laissé beaucoup de monde sur le carreau sont encore plus visibles. Avec, notamment, la tentation de la radicalité pour une partie de la jeunesse.

Le combat d'un père
Si les cinéastes décrivent avec beaucoup de justesse le contexte géographique et sociologique dans lequel évoluent leurs personnages, Jouer avec le feu n'est pas un film politique. Car, au cœur du récit, il est d'abord question d'un père qui se sent totalement impuissant face à la dérive de son fils. Les sœurs Coulin prennent le temps de mettre en place les dynamiques à l'œuvre dans ce trio familial, pour montrer comment, petit à petit, les liens se défont. Quels que soient les efforts de Pierre pour empêcher son gamin de s'abîmer dans la haine et la violence — que ce soit par la contrainte, l'écoute ou l'amour —, rien n'y fait. Jusqu'à la rupture définitive…
Dans ce rôle douloureux, Vincent Lindon est parfaitement dans son élément et prouve une fois de plus l'étendue de sa palette. Que ce soit dans les scènes de boulot le long des rails, de désespoir, mais aussi de complicité avec ses deux garçons. Lesquels sont incarnés par deux excellents jeunes comédiens : Benjamin Voisin (César du meilleur espoir pour le magnifique Illusions perdues de Xavier Giannoli, présenté en Compétition à Venise en 2021) et Stefan Crepon (que l'on avait déjà vu chez Cédric Kahn, dans La Prière et Making of).

Jouer avec le feu Drame Scénario et réalisation Delphine et Muriel Coulin (d'après le roman Ce qu'il faut de nuit de Laurent Petitmangin) Photographie Frédéric Noirhomme Musique Pawel Mykietyn Montage Béatrice Herminie et Pierre Deschamps Avec Vincent Lindon, Benjamin Voisin, Stefan Crepon… Durée 1h50