"Iddu" : Toni Servillo en passeur de lettres pour la Mafia à la Mostra de Venise
Jeudi soir, le grand acteur italien était présent sur le tapis rouge pour présenter le dernier film italien de la Compétition. Une correspondance sicilienne signée Fabio Grassadonia et Antonio Piazza.

- Publié le 05-09-2024 à 20h35

Jeudi soir, la Compétition de la 81e Mostra de Venise dévoilait le dernier des cinq films italiens en Compétition, Iddu, tragicomédie sicilienne au cœur d'une famille mafieuse, réalisée par Fabio Grassadonia et Antonio Piazza.
Celle-ci débute au début des années 2000. Après six années passées en prison à Cuneo, dans le Piémont, Catello Palombo (Toni Servillo) rentre enfin chez lui en Sicile. Où il découvre que sa famille est totalement ruinée. "Tu es l'ex-maire du village, l'ex-directeur de l'école. Et même un ex-détenu. Tu n'es plus qu'un ex", lui balance son épouse, amère…
Dans les petits papiers de la justice pour ses connexions avec Don Gaetano, un patron de la mafia local qui vient de mourir, le vieil homme a pourtant encore bien à perdre, notamment un projet d'hôtel à l'arrêt dans une réserve naturelle. C'est en jouant sur cette corde que les services secrets parviennent à le recruter. Palombo est chargé d'échanger des lettres avec Matteo (Elio Germano), le fils de Don Gaetano, dont il est le parrain. Surnommé l'iddu, le nouveau boss de cette famille proche des Corleone est introuvable, toujours en cavale…

La "Famille", de père en fils
Pour leur troisième long métrage (après Salvo en 2013 et Sicilian Ghost Story en 2017, tous deux montrés à la Semaine de la Critique à Cannes, où le premier avait le grand prix), Fabio Grassadonia et Antonio Piazza retrouvent à nouveau la Sicile. Ils se sont cette fois inspirés de l'histoire de Matteo Messina Denaro, boss de la mafia longtemps resté dans la clandestinité. Ce dernier parvenait à mener ses affaires grâce à l'échange astucieux de "pizzini", des lettres codées dont certaines ont été interceptées par la justice.
De cette histoire vraie, les deux cinéastes font le point de départ d'une tragicomédie à l'italienne, centrée sur la correspondance entre un homme qui vient de perdre son père et celui qui se propose de combler ce vide, en lui offrant une nouvelle figure paternelle (et une nouvelle opportunité de business). Reposant quasiment uniquement sur l'exploration des relations filiales, l'intrigue est assez ténue. Pour donner le change, Fabio Grassadonia et Antonio Piazza appuient donc le trait, en conviant des références à la tragédie, à la mythologie et au destin en ces terres siciliennes fertiles à la transcendance…

Deux grands comédiens sous-exploités
À l'écran, il reste heureusement deux grands comédiens italiens, même s'ils sont cantonnés à une forme de caricature de leurs personnages de parrain de la mafia tragique et de bouffon amoral et sans scrupule.
Découvert dans Romanzo criminale de Michele Placido en 2005, Ours d'argent du meilleur acteur pour Je voulais me cacher de Gianni Amelio en 2020 (où il offrait une grande composition dans le rôle du peintre naïf Antonio Ligabue), Elio Germano ne force pas son talent pour camper cet homme vivant caché, ne sachant trop quoi faire de son pouvoir. De son côté, le grand Toni Servillo compose son personnage en puisant dans son registre comique. Dans ce registre, on le préférait dans La Main de Dieu de son comparse Paolo Sorrentino, production Netflix qui avait décroché le Grand Prix ici à Venise en 2021.

Iddu/Lettres siciliennes Tragicomédie Scénario et réalisation Fabio Grassadonia et Antonio Piazza Photographie Luca Bigazzi Musique Colapesce Montage Paola Freddi Avec Toni Servillo, Elio Germano, Daniela Marra, Barbora Bobulova, Giuseppe Tantillo… Durée 2h02