"Sans arme, ni haine ni violence" : le casse du siècle

- Publié le 15-07-2019 à 11h04
- Mis à jour le 15-07-2019 à 11h07

Découvrez, cet été, les œuvres qui ont été inspirées par des faits divers.
Albert Spaggiari. Ce nom réveille peut-être un lointain souvenir dans un coin de la mémoire médiatique. Celui d'un casse du siècle qui s'est déroulé le week-end des 17 et 18 juillet 1976 à Nice.
Pendant les six mois qui précèdent, les malfrats ont exécuté le plan de cet ancien militant de l'OAS devenu le photographe de la mairie de Nice qui consistait à creuser un tunnel depuis les égouts jusqu'à la salle des coffres de l'agence de la Société générale protégée d'un mur de béton de 1,8 m. Le week-end des 17 et 18 juillet 1976, à cause des orages et de la montée des eaux, ils ont le temps de vider 370 des 4 000 coffres et d'emporter 50 millions de francs français, environ 10 millions d'euros. Quand on pense qu'il a suffi de deux clics à Jérôme Kerviel pour faire disparaître 5 milliards, on mesure les progrès accomplis par la civilisation.
Spaggiari est riche mais ce qu'il veut, c'est être célèbre. Alors, pour asseoir sa notoriété, il commet des imprudences et se fait arrêter. Heureusement pour sa légende, il réussira une évasion spectaculaire du palais de justice de Nice.
Celle-ci sert de générique inaugural au film de Jean-Paul Rouve, filmé en split screen, dans l'esprit des seventies, façon Thomas Crown. On se croit embarqué dans le récit d'un casse mythique, façon Tokapi, Mission impossible, Les Spécialistes, Italian Job, mais ce sera celui de sa cavale tropicale. Avide de publicité, Spaggiari s'apprête à accueillir un journaliste de Paris-Match venu prendre des photos et de ses nouvelles. Sauf qu'il s'agit d'un policier se servant du magazine comme couverture. La couverture dont rêve Albert, prêt à tout pour se coucher sur la Une. Peut-être a-t-il vidé la banque pour tapisser les kiosques de son portrait ? Spaggiari est-il un visionnaire ? A-t-il anticipé notre époque du tout à la com' ? En tout cas, il avait pensé immortaliser son exploit d'un petit message : "Ni armes ni violence et sans haine". C'est classe, ça le rend presque sympathique, sauf pour les policiers. Mais, reçu comme un prince, notre flic est déstabilisé par ce roi du casse, cet artiste gangster qui n'a pas de sang sur les mains – si ce n'est celui des écorchures des travaux d'excavation.
Ce n'est pas le syndrome de Stockholm qui affecte notre détective, c'est celui du keeper qui vient de prendre un but par Messi.
En 2008, Jean-Paul Rouve réalisait un premier long-métrage réussi avec ce portrait surprenant de ce Spaggiari. Un film Paris-Match qui brille comme le soleil des Caraïbes, qui pétille comme le champagne au Cortez club, qui "suspense" un peu pour la forme, qui divertit sur la longueur, et qui cueille le spectateur avec une dose d'humanité. À côté de Rouve, en réalisateur et en Spaggiari, on découvrait Gilles Lellouche dans son premier rôle de premier plan et un violent conflit intérieur.
Bref, un polar, une comédie, un biopic. Sans prétention, ni effets spéciaux ni Depardieu (juste de dos).