Un Faust grandiose, mais piégé par le kitsch et la langue
John Osborn souverain, mais une mise en scène surchargée d'images et de symboles.
- Publié le 15-09-2025 à 12h03

Plein la vue ? Plein la vue ! Des calaveras de toutes tailles, et des squelettes richement parés. Des cadrans qui tournent, pleins de planètes, de lettres et de signes. De la peinture ancienne et de la vidéo moderne. Adam et Eve version Cranach, puis les mêmes vivants, mais c'est la sorcière de Blanche-Neige qui vient leur faire croquer la pomme. Des costumes plus extravagants que somptueux. Pas de ballets complets, mais des chorégraphies Tik-Tok de cheerleaders ou de zombies. Des paysans dont on ne sait s'ils sont siciliens, espagnols, ou autres. Et comme si cette accumulation d'images, de couleurs et d'accessoires ne suffisait pas, des miroirs en tous sens pour les reproduire à l'infini.
Chapeau aux Ateliers
Coup de chapeau aux ateliers de l'ORW qui ont splendidement travaillé, mais le kaléidoscope d'images conçu par Thaddeus Strassberger pour Faust (La Libre du 12 septembre), s'il fait parfois sens (le poids étouffant de la religion) et offre assurément du grand spectacle, ne crée pas pour autant une proposition théâtrale cohérente : chacun des univers évoqués aurait pu créer un cadre adéquat pour l'opéra de Gounod, mais c'est justement l'accumulation et le mélange qui créent la confusion et le kitsch. Et le metteur en scène qui veut tout souligner rate pourtant deux scènes clés faute d'en montrer l'essence : la toute première, où Faust chante depuis la coulisse Rien ! en vain j'interroge et sa rencontre avec Méphisto pendant qu'un figurant âgé silencieux le remplace dans une baignoire sur scène, et le fameux chœur Gloire immortelle de nos aïeux, où un rideau de filaments sur lequel sont projetées des images de combats de la Grande Guerre cache les soldats cabossés de retour.
Symboliquement, Giampaolo Bisanti est aux commandes pour cette ouverture de saison. Les tempi peuvent parfois sembler un peu lents, mais il y a dans l'approche du chef italien une ampleur et une respiration qui se révèlent souvent de grande beauté. Et cela chante très bien, tant du côté des chœurs soigneusement préparés par Denis Segond que parmi les solistes.
Intelligibilité variable
John Osborn domine la distribution de la tête et des épaules, car il confère tout à la fois à son Faust splendeur vocale (intonation impeccable, élégance des phrasés, projection aisée) et intelligibilité parfaite du texte. Exception faite des régionaux de l'étape (les excellents Julie Bailly en Marthe et Ivan Thirion en Wagner) et de la mezzo-soprano azerbaidjanaise Elmina Hasan – impeccable Siebel nonobstant une allure physique du personnage qui peut décontenancer –, on ne peut hélas pas en dire autant de tous ses collègues en ce qui concerne la prononciation du français. On se raccrochera aux surtitres pour le Mephisto par ailleurs brillant, mordant et finalement attachant d'Erwin Schrott, et pour la Marguerite soyeuse mais absolument incompréhensible de Nino Machaidze (qui chante les sons plus que les mots, et dont la voix se rétrécit dans l'aigu), ainsi que pour l'honnête Valentin de Markus Werba.
Pour sa précédente production de Faust, en 2019, l'Opéra de Liège avait réuni – et réussi – un plateau à dominance locale, avec Marc Laho en Faust, Anne-Catherine Gillet en Marguerite et Lionel Lhote en Valentin – le tout sous la baguette du regretté Patrick Davin. L'affiche internationale actuelle peut sembler peut-être plus prestigieuse, mais on aurait alors apprécié qu'un coach soit adjoint à l'entreprise pour travailler la langue : une scène francophone doit avoir cette exigence.
Liège, Théâtre Royal, jusqu'au 20 septembre ; www.operaliege.be