Finale du Concours Reine Elisabeth : Leland Ko, chorégraphe, poète et magicien
Le jeune américano-canadien introduit Barber avec succès dans la course
- Publié le 29-05-2026 à 21h47
- Mis à jour le 29-05-2026 à 23h18

En présence du prince Gabriel, une première dans les annales du Concours, la soirée s'ouvre avec Leland Ko, États-Unis/Canada, qui a fêté – sobrement, peut-on penser… – ses 28 ans mercredi dernier, à la Chapelle ! Diplômé de l'université de Princeton, de la Julliard School et du New England Conservatory, cet "élégant musicien, d'une grande maturité" (N.B. dans La Libre) joue un Guarneri de 1629. Il ouvre les Flowers de Fang Man par le très mystérieux Chrysantemum, dans lequel il se glisse avec une souriante autorité : sonorités expressives, dialogue serré avec l'orchestre, et visible intériorisation de la partition qu'il regarde à peine, sont autant d'atouts lui permettant d'adopter un jeu libre, solaire, affirmé. Dans le trépidant Bamboo, il fait régner une tension de folie, éclairant la partition par la puissance et la clarté de son jeu et aménageant idéalement la fameuse cadence conclusive, théâtre et clin d'œil en bonus. La série des évocations florales se poursuit avec un Plum d'une puissance inédite jusqu'ici – on pourrait parler de "chorégraphie sonore" tant les savants contrastes sont toujours inscrits dans la grande ligne, l'élan, l'arche, la vision. Enfin Orchid, doublement balancé par la poésie délicate de son ouverture et la rhétorique de sa cadence, vient conclure une des versions de cet imposé les plus accomplies de la semaine.
Clin d'œil à la Russie
Leland Ko sera le premier à présenter au jeune concours le Concerto en la mineur op. 22 de Samuel Barber (1910-1981) composé en 1945, et dédié à la violoncelliste russe Raya Garbousova, ce qui peut expliquer certains accents prémonitoires du 1er de Chostakovitch, composé quelques années plus tard… Le soliste s'empare du mouvement initial avec gourmandise, en phase avec un lyrisme inscrit dans des sonorités chaudes et colorées, tout en mettant en lumière les nombreuses trouvailles du compositeur, allusions à des thèmes ou des danses populaires imaginaires… En dialogue – parfois en duo – avec les bois, puis les cuivres, le lyrisme se déploie encore dans l'andante central, dont le finaliste dégage un climat uniment (peut-être trop…) nostalgique et résolument romantique, avant de renouer avec les grands thèmes épiques et l'esprit de fantaisie animant cette œuvre foisonnante. On admire l'aisance, la variété des propositions, la souriante autorité, l'humour, et, à travers tout, le total engagement. Ovation.