Et sur la route de Reims, Bartoli sort du gâteau
Capuano et Kosky signent un Rossini brillamment délirant
- Publié le 07-08-2026 à 13h01

Depuis qu'elle a pris, en 2012, la direction du "petit" Festival de Pentecôte de Salzbourg, Cecilia Bartoli programme chaque année une production lyrique où elle tient la vedette, et qui est reprise ensuite au "grand" festival d'été. 2026 est pour elle une année jubilaire – elle vient d'avoir 60 ans et n'est pas de ces divas qui cachent leur âge – et elle a donc choisi d'aborder un nouveau rôle rossinien à travers une formidable mise en abîme.
Sacre royal
Dernier opéra composé en italien par Rossini, Il Viaggio a Reims fut créé à Paris en juin 1825, puis rapidement oublié pour ne ressurgir qu'au festival de Pesaro en 1984. Une partie de la musique, il est vrai, avait été réutilisée par le compositeur pour son Comte Ory. Et, surtout, l'œuvre était à ce point liée à un événement historique qu'elle semblait mal se prêter au recul du temps : un huis clos réunissant dans une auberge de la modeste cité de Plombières des personnalités venues des quatre coins de l'Europe pour assister au sacre de Charles X à Reims (en mai 1825) et qui, faute de chevaux frais, n'arriveront jamais à Reims et devront s'occuper autrement.
A priori, Il Viaggio a Reims n'est pas un opéra de stars, requérant pas moins de 17 solistes (les clients et le personnel de l'auberge) plus ou moins sur pied d'égalité. Façon habile pour Bartoli de faire comprendre qu'elle ne doit plus absolument être seule en haut de l'affiche, elle qui a d'ailleurs toujours pris soin de soutenir ses jeunes collègues ? Oui sans doute, même si elle s'est réservé le rôle de Corinna, une chanteuse virtuose ("célèbre improvisatrice romaine" selon le dramatis personae) qui chante notamment l'air final, le plus brillant. Et, entre coloratures, aigus perçants et pianissimi raffinés, Bartoli montre qu'elle reste au sommet.
La Ceci
Mais il y a mieux. Dans la version salzbourgeoise, il n'est plus question d'un sacre à Reims, mais de la fête d'anniversaire d'une célèbre mezzo-soprano que tous les invités appellent La Ceci. Et quand, bloqués dans leur hôtel, ils apprennent que leur hôtesse leur a envoyé de Paris une création de son pâtissier personnel, on voit arriver une immense pièce montée dont jaillit… Bartoli elle-même, sortie de scène quelques secondes plus tôt. Bon sang mais c'est bien sûr : la Ceci, c'était donc Cecilia !
Burlesque et brillante, délirante et inventive, esthétique et foisonnante, la mise en scène virtuose de Barrie Kosky est une réussite absolue parce que l'Australien sait comme personne faire correspondre les mouvements de chaque protagoniste (solistes, choristes, danseurs…) avec une note ou un silence de la partition (plus quelques silences ajoutés). Les décors dessinés de Rufus Didwiszus et les costumes de Victoria Behr (en couleurs au premier acte et en noir et blanc au second) sont superbes, comme la direction musicale de Gianluca Capuano qui dynamise les instruments anciens de ses Musiciens du Prince : le chef attitré de la Bartoli excelle à souligner bien sûr les effets comiques, mais aussi les moments de pompe d'une partition qu'on n'a pas fini de redécouvrir. Et le reste de la distribution vocale est également formidable.
Salzbourg, Haus für Mozart, jusqu'au 16 août ; diffusion Medici TV (21.8), DVD annoncé.