Finale du Concours Reine Elisabeth : Krzysztof Michalski intense et inspiré
Imposé débordant de trouvailles, Chostakovitch conclu par un happy end.
- Publié le 29-05-2026 à 23h17

Second finaliste de ce vendredi soir, Krzysztof Michalski est polonais, il a 23 ans et c'est à la Musica Mundi School (Waterloo) et au CNSM de Paris (dans la classe d'Edgard Moreau) qu'il a poursuivi et bouclé ses études. Lors de cette session 2026, il se distingua à chaque étape par mélange idéal de maîtrise, de naturel et de créativité. Notant qu'il joue un Gagliano ! Dans les For Odes to the Tindings of Flowers de Fang Man, il choisit d'ouvrir avec Plum, et sa cadence introductive, façon de prendre possession du terrain tout seul, avant l'arrivée de l'orchestre, particulièrement puissant dans ce mouvement. Très concentré, ne quittant sa partition des yeux que pour échanger des regards avec le chef, il s'affirme dans ce premier mouvement, multipliant les propositions et les trouvailles et parvenant à se faire entendre dans le fracas général… Même énergie dans Chrysanthemum, à peine moins touffu dans l'écriture et ici balancé dans la tranquille affirmation, le jeune soliste n'a pas peur d'y aller fort, de grincer un peu, et c'est avec la même aisance, la même puissance aussi, qu'il saute hardiment dans le train de Bamboo, lui offrant une cadence finale très inspirée, avec de petites suspensions pleines d'esprit. Enfin, après les doux arpèges introductifs d'Orchid, il fera carrément rire le public au cours d'une cadence particulièrement inventive, conclue par une facétieuse pirouette (il s'était entraîné en demi-finale avec Caffeine de Noben…).
Pulsation en dents de scie
Il reviendra au jeune finaliste de donner vie au quatrième et dernier Concerto opus 107 de Chostakovitch de la semaine. Étrangement, l'introduction n'est pas très claire, ni du point de vue du thème (présenté dans différentes formes), ni dans la pulsation, le dialogue avec l'orchestre ne s'installe pas d'emblée et il faudra quasiment attendre la fin de l'Allegretto pour que s'en dégage le caractère inexorable si spécifique. Le Moderato, par contre, s'impose d'entrée de jeu par son intensité et sa ferveur, magnifié par une "voix" splendide, largement vibrée, certes, mais corsée et expressive. Succédant au long passage en harmoniques, la Cadenza est à la fois maîtrisée et musicalement accomplie, comme improvisée, et suivie par la salle dans un silence éloquent. Nouvelle petite instabilité à l'entrée du finale, mais la suite, débordante d'énergie et de "drive", entraînera une nouvelle standing ovation.