Mustii : "Ce spectacle est un ovni total, mais j'aime faire de grands écarts"
Pour les 30 ans du TTO, Nathalie Uffner, sa directrice artistique, se fait plaisir : elle met en scène la comédie musicale "L'histoire du suppositoire qui voulait échapper à sa destinée" d'après le conte pour enfants d'Alex Vizorek et Caroline Allan. Au plateau, elle a convoqué, entre autres, les chanteurs Mustii et Alice on the Roof. Première le 14 février au Centre culturel d'Uccle.

- Publié le 13-02-2026 à 19h26
- Mis à jour le 14-02-2026 à 07h07

C'est loin de l'agitation de la chaussée d'Ixelles et de la Galerie de la Toison d'Or que Nathalie Uffner, directrice artistique du TTO, a emmené répéter la petite troupe de son nouveau spectacle, L'histoire du suppositoire qui voulait échapper à sa destinée. Les voici depuis plusieurs jours au cœur du Brabant wallon, dans un écrin de verdure : l'Espace de Cultures Columban, à Wavre. Dans la grande salle de théâtre, le plateau est encore nu et on répète sans costumes. Tout s'accélérera la semaine suivante, dernière ligne droite avant la première du 14 février, au Centre culturel d'Uccle (CCU).
Le titre scatologique du spectacle n'est pas de Nathalie Uffner, mais bien d'Alex Vizorek et Caroline Allan, co-auteurs du conte pour enfants éponyme. Sorti en 2022, cet album jeunesse raconte l'histoire d'un suppositoire, Paul, qui, désireux de découvrir le monde et le parfum des roses, se refuse à subir le sort qui est le sien − en l'occurrence soulager une fillette constipée − et s'enfuit de la pharmacie pour vivre des aventures inoubliables.
"Toute ma carrière, j'ai aimé aller en-dehors des sentiers battus, être en décalage, explique Nathalie Uffner. J'ai lu le livre d'Alex Vizorek et Caroline Allan et je me suis dit que ce serait rigolo de créer un spectacle sur le suppositoire et le côté un peu prout, scatologique, et d'assumer tout cela". Plus qu'un "simple" spectacle, L'histoire du suppositoire qui voulait échapper à sa destinée a été adaptée en comédie musicale. Pour cette saison des 30 ans du TTO, Nathalie Uffner a, en effet, décidé de se faire plaisir. "J'adore voir des comédiens et comédiennes qui chantent et dansent. Il y a souvent eu, au TTO, des spectacles chantés et dansés, mais, ici, c'est la première fois que les artistes chantent en live sur scène", se réjouit-elle. Et d'ajouter : "C'est une vraie prise de risque. En 30 ans, c'est la première fois qu'un spectacle nous coûte si cher. Costumes (de Chandra Vellut), scénographie (de Charly Kleinermann), vidéo (de Jean-Sébastien Goovaerts), casting…, on a vraiment mis les moyens".
Cinq chansons originales
Pour relever ce pari un peu fou, "je savais que j'avais autour de moi des comédiens et comédiennes qui m'inspiraient, qui accepteraient de se lancer dans l'aventure et, qu'avec eux, on se marrerait bien". Elle pense immédiatement aux comédiens-chanteurs Julie Duroisin et Emmanuel Dell'Erba ainsi qu'au danseur-interprète et chorégraphe Jérôme Louis.

Qui dit comédie musicale dit chanter et danser mais aussi composer une bande-son originale. Alex Vizorek a donc contacté ses amis, les auteurs-compositeurs-interprètes français Aldebert et Alex Beaupain, qui, chacun, ont accepté d'écrire une chanson. Côté belge, Jean-Luc Fonck s'est tout de suite embarqué dans le projet, à l'invitation de Nathalie Uffner. "J'ai également pensé à Alice on the Roof (qui joue, chante et danse dans le spectacle, NdlR), mais Alice sortait son album et était débordée, raconte-t-elle. Néanmoins, il y a quand même une chanson d'Alice, adaptée et en français (Alice on the Roof compose surtout en anglais, NdlR)". Quant à Mustii, "je lui ai aussi proposé d'écrire une chanson, mais il était fort pris par le spectacle Glenn, naissance d'un prodige aux Galeries". Le jeune musicien ne pouvant pas composer pour des raisons d'agenda, Nathalie Uffner l'a invité à jouer dans L'histoire du suppositoire. Avec "une contrainte", sourit-elle : interpréter un rap composé par Nicolas Fizman et son fils, sur des paroles d'Alex Vizorek et Caroline Allan. Au total, il y aura ainsi cinq chansons originales, le reste étant des tubes "qui me plaisent", confie la directrice artistique : Radiohead, Britney Spears, Amel Bent…
Alice on the Roof, la rose
Vu le synopsis du spectacle, "à partir du moment où les comédiens jouent un suppositoire, une pillule ou un thermomètre, c'est un peu compliqué de jouer de manière réaliste", sourit Nathalie Uffner. Donc, "les personnages sont très hauts en couleur". "L'univers se situe entre Toy Story et Alice aux pays des merveilles, complète Mustii. On met la loupe sur une armoire à pharmacie. C'est très ludique, avec un plaisir enfantin".

Alice on the Roof, qui n'est pas comédienne, incarne, la rose, endossant ainsi le rôle de la narratrice. "Je voulais qu'elle soit confortable dans son travail et elle s'en sort haut la main. Ce personnage lui colle à la peau", précise la directrice artistique. Alice on the Roof enchaîne : "J'ai adoré le livre L'histoire du suppositoire… et je l'avais fait savoir à Alex Vizorek. Quand j'ai reçu un coup de fil de Nathalie Uffner qui me proposait de jouer dans le spectacle, j'ai eu des frissons, se souvient-elle. Je n'aurais pas pu rêver mieux comme expérience théâtrale, car j'adore les comédies musicales et j'adore la fantaisie".
Mustii, formé à l'IAD et très présent sur petit et grand écran, interprète plusieurs personnages : un suppositoire et trois médicaments. "C'est complètement absurde de traduire cette histoire sur scène et cette absurdité m'a donné envie de plonger dans l'aventure, explique-t-il. Ce spectacle est un ovni total, mais, depuis quelques années, j'aime faire de grands écarts et me fondre dans des univers très différents. Donc, rien que l'idée de passer de Glenn (Glenn Gould, pianiste légendaire, NdlR) au suppo m'excitait très fort". Il ajoute : "C'est chouette de prendre des contre-pieds. On est tous multiples. On a vraiment plein de facettes différentes. Il faut donc continuer à les explorer et se développer. Je pense qu'il faut aller dans des zones inconfortables plutôt que de rester sur son filon. Dans une discipline artistique, l'intérêt, c'est justement d'oser se mettre en danger, car c'est là qu'on découvre d'autres choses et développe d'autres possibilités".
→ Uccle, Centre culturel, du 14 février au 1er mars, 1h20, dès 6 ans. Infos et rés. au 02.510.05.10 ou sur www.ttotheatre.com