Alex Vizorek : "Tout le défi de ce spectacle est de faire oublier que c'est improbable"
Co-auteur avec Caroline Allan du conte "L'histoire du suppositoire qui voulait échapper à sa destinée", l'humoriste lève le voile sur l'adaptation qu'ils en ont faite en… comédie musicale. Un spectacle à découvrir au Centre culturel d'Uccle dès ce 14 février.

- Publié le 14-02-2026 à 07h05
- Mis à jour le 14-02-2026 à 07h07

Ils auront dû essuyer le refus de deux éditeurs avant qu'Elsa Lafont, directrice des Éditions Michel Lafont, ne fasse, en 2022, le pari fou de publier L'histoire du suppositoire qui voulait échapper à sa destinée. Ce conte peu conventionnel pour petits et grands, co-écrit par Alex Vizorek et Caroline Allan, et illustré par Karo Pauwels, raconte l'histoire de Paul, un suppositoire qui rêve de sortir de sa boîte pour parcourir le monde et découvrir le parfum des roses. Un jour débarque à la maison une petite fille constipée. Paul comprend le triste sort qui l'attend. Saisi d'effroi, il va s'enfuir et se lancer dans une aventure incroyable.
Le succès du livre est immédiat : le premier tome (suivront L'histoire du suppositoire qui visait la lune en 2023 et L'histoire du suppositoire qui voulait sauver Noël en 2024) s'est écoulé à 60 000 exemplaires en France, Belgique, Suisse et Canada. Aujourd'hui, cette aventure insolite se poursuit puisque L'histoire du suppositoire qui voulait échapper à sa destinée est revisitée en… comédie musicale, dans le cadre des 30 ans du TTO. À quelques jours de la première, ce 14 février au Centre culturel d'Uccle, Alex Vizorek a accepté de raconter à La Libre les dessous du travail d'adaptation.
La publication du premier tome, "L'histoire du suppositoire qui voulait échapper à sa destinée", était déjà un pari fou, mais, alors, en faire une comédie musicale….
C'est improbable ! Vu le succès des trois tomes, je m'étais dit que ça pourrait être sympa d'en faire un dessin animé. C'était le plus plausible vu l'histoire. Mais l'économie du dessin animé se veut internationale. Or, les Anglo-Saxons ne rient pas trop de ça. Donc, cette idée a été freinée dans son élan.
Puis Nathalie Uffner, directrice artistique du TTO, vous a contacté…
Oui, elle m'a appelé en me disant : "J'ai lu ta BD !" − elle n'a toujours pas compris que c'est un conte [rires] −, "elle est super !". Je pensais qu'elle m'appelait juste pour me faire part de son ressenti, ce qui est fort sympathique. Mais elle a ajouté : "J'aimerais en faire un spectacle, une comédie musicale". "Fantastique !, me suis-je exclamé. Je n'y aurais jamais pensé. Je vais te donner tous les droits parce que personne d'autre que toi, ou en tout cas un théâtre en Belgique, ne va me le demander". Et c'est parti comme ça. J'ai tout de suite pensé à Aldebert et Alex Beaupain, qui sont des copains, pour écrire l'une ou l'autre chanson. Et Nathalie Uffner a contacté Jean-Luc Fonck.
Nathalie Uffner m'a demandé de tout garder dans l'adaptation. À un moment donné, Paul, médicament de la pharmacie, rencontre une pilule bleue [Viagra]. Aucun enfant ne va comprendre à quoi sert cette pilule bleue, mais les adultes, eux, le savent.
"L'histoire du suppositoire..." est un conte pour enfants, mais les adultes s'y retrouvent aussi. Qu'en est-il de la comédie musicale?
Nathalie [Uffner] trouvait ça chouette que les grands ne s'ennuient pas dans un conte pour enfants. Pour le spectacle, elle a voulu l'inverse : que les petits ne s'ennuient pas à un spectacle [d'adultes]. Elle m'a demandé de tout garder dans l'adaptation. Donc, effectivement, à un moment donné, Paul, médicament de la pharmacie, rencontre une pilule bleue [Viagra]. Aucun enfant ne va comprendre à quoi sert cette pilule bleue, mais les adultes, eux, le savent.
Un livre n'a pas les mêmes codes d'écriture ni de narration qu'un spectacle musical. Comment avez-vous travaillé l'adaptation ?
Nathalie [Uffner] nous a demandé de rendre l'histoire drôle, de l'étirer et d'affiner les personnages pour que les comédiens (Emmanuel Dell'Erba, Julie Duroisin, Jérôme Louis, Mustii et Alice on the Roof, NdlR) aient du biscuit pour jouer. Évidemment, il y a des scènes qui étaient narrées qu'on a dialoguées. À la marge, on a dû retirer le personnage du sparadrap, et le désinfectant est devenu du mercurochrome, car le costume était plus marrant.
Cette comédie musicale ne pouvait voir le jour que sous l'impulsion du TTO et en Belgique, pays connu pour son sens de l'autodérision ?
Le TTO est un super bon entre-deux. Puis, la Belgique est un peu moins prout prout. Tout le défi de ce spectacle est de faire oublier que c'est improbable. S'il cartonne, pourquoi ne pas envisager une salle plus grande comme le Cirque royal ? Surtout, j'aimerais bien qu'il puisse y avoir une tournée belge, car il y a plusieurs salles de 800 places en Belgique (Forum de Liège, Théâtre de Mons…). C'est le rêve de toute l'équipe, mais si on parvient à remplir les huit dates au CCU et à rendre le public heureux, on aura déjà réussi quelque chose.
→ Uccle, Centre culturel, du 14 février au 1er mars, à partir de 6 ans, 1h20 sans entracte. Infos et rés. au 02.510.05.10 ou sur www.ttotheatre.com
→ Le prochain livre d'Alex Vizorek, "De la première à la dernière œuvre (de Vinci à Johnny)", paraîtra chez Lafont le 9 avril