"BETON", le spectacle qui mélange danse et skateboard
Dans sa nouvelle création "BETON", le danseur et chorégraphe Julien Carlier allie breakdance et skate, deux arts urbains. Un spectacle qui défie les lois de la gravité, à voir gratuitement au skatepark des Ursulines du 11 au 13 juin.

- Publié le 07-06-2026 à 16h02

Le rendez-vous était fixé au skatepark des Ursulines, mais la chaleur, étouffante, a eu raison de la petite troupe de Julien Carlier (compagnie Abis) : les répétitions de BETON, sa nouvelle pièce chorégraphique, se feront à l'intérieur, à deux pas de là, aux Brigittines (qui co-présentent le spectacle avec Les Tanneurs).
Né à Bruxelles en 1985, Julien Carlier a pratiqué "intensément" le skateboard entre ses 12 et 14 ans, "même si je n'avais pas un très bon niveau", sourit-il. Alors qu'il a rangé sa planche de skate au placard, il découvre le breakdance. "Il y avait comme une continuité entre ces deux disciplines urbaines, explique-t-il, car le break a ce côté freestyle, acrobatique avec des figures à apprendre et un mode de vie un peu en marge". Il poursuit : "Depuis quelque temps, j'avais envie de me rapprocher du skate, de me rappeler ce que j'aimais dans cette discipline pendant mon enfance et de la reconnecter à ma pratique actuelle". Il s'est donc demandé "si ces deux disciplines pouvaient se répondre : peut-on créer une chorégraphie avec du skate ?, mélanger danse et skate ?".

Par ailleurs, Julien Carlier aime photographier des paysages (le thème de son prédécent spectacle, Paysage), tant naturels qu'urbains, comme les skateparks, dont celui des Ursulines. "Mon rapport à la chorégraphie est lié à la photo, reprend-il. J'aime travailler sur des perspectives, des différences de hauteurs. Il y a ce rapport architectural à créer des espaces, des circulations, etc. Et le skatepark m'a donné envie de travailler cet espace comme une scénographie, car il est construit, architecturé, pensé pour une fonction dans laquelle on peut mettre du mouvement, skate ou non-skate, et, donc, créer une chorégraphie en s'appuyant sur l'architecture existante".
Puis, le skatepark des Ursulines est "particulièrement beau" et "revêt un côté symbolique, car il est situé au centre de la ville et est en béton − c'est de là que vient le titre du spectacle − tout en rappelant paradoxalement une forme de nature, avec ces dunes de bitume".
Similitudes et différences
Pour créer BETON, Julien Carlier s'est entouré (en plus de son frère Simon à la création musicale) de quatre danseurs (dont trois danseurs de break et un acrobate) et de deux skateurs. Pendant un an, il a organisé plusieurs sessions de laboratoire afin de définir "comment créer de la danse à partir du skate et comment le skate peut s'inspirer de la chorégraphie".

Breakdance et skateboard partagent, en effet, pas mal de similitudes. "Au niveau visuel, le skate et le break ont en commun les corps qui se retournent, de la hauteur, de la rotation…, relève le chorégraphe. En revanche, le rapport au sol et à la gravité est totalement différent. De même, ces deux disciplines n'occupent pas l'espace avec la même temporalité".

Julien Carlier a donc joué avec ces similarités et ces différences. "L'un des enjeux a été de créer des bulles d'ensemble entre skate et danse, et on a trouvé pas mal de chouettes stratégies", se félicite-t-il. Et de détailler : "Par exemple, pendant qu'un skateur fait un trick où la planche tourne sur elle-même, et bien, un des danseurs va exécuter le même mouvement en synchro, ce qui crée des jeux de résonance. Je me suis aussi inspiré de la technique des pieds en skate, qui est très précise, pour créer de la matière chorégraphique". En parallèle, "on a également choisi d'avoir des parcours de danse et de skate dissociés, mais qui renvoient une dynamique commune".
Surtout, "on a créé une forme qui va pouvoir s'adapter d'un endroit à l'autre, mais avec des modifications dans l'utilisation de l'espace et, même, parfois, dans les séquences du spectacle". "C'est à la fois l'une des difficultés, mais aussi l'un des challenges de cette nouvelle création, ce que j'aime beaucoup, car cela permet de garder cet aspect expérimental et ludique."
→ Skatepark des Ursulines (rue des Ursulines à 1000 Bruxelles), du 11 au 13 juin, 50', performance en accès libre. Infos sur lestanneurs.be ou brigittines.be. Puis au Festival au Carré à Mons les 8 et 9 juillet.