Donald Trump et le cocktail délétère du dossier Epstein
Un édito d'Alain Lorfèvre.

- Publié le 24-07-2025 à 23h59
- Mis à jour le 26-02-2026 à 09h15

Depuis le 7 juillet, Donald Trump et son Administration sont empêtrés dans les soubresauts de la sordide affaire Jeffrey Epstein, le financier et prédateur sexuel retrouvé pendu dans sa cellule à New York en août 2019. Depuis la dernière campagne électorale, le Président et son entourage, dont la ministre de la Justice, Pam Bondi, promettaient des révélations. Jusqu'à la publication d'une courte note invalidant les fantasmes complotistes de la frange la plus radicale de l'électorat MAGA…
Ce n'est pas la première fois que Donald Trump se dédit ou qu'une baudruche de ses affirmations se dégonfle. Mais, cette fois, la colère s'exprime chez ses supporters les plus ardents. Sur les réseaux sociaux, l'animateur d'extrême droite complotiste, Alex Jones, s'est étranglé à propos des dénégations du ministère de la Justice : "Personne ne peut croire ça !!!" Des Républicains du Congrès se rangent derrière des Démocrates pour réclamer un complément de transparence. Le Wall Street Journal, tout sauf un de ces "médias gauchistes" honnis par Donald Trump, mène la charge médiatique. Il vient encore de révéler qu'en mai, Pam Bondi a informé le Président que son nom figurait dans le dossier Epstein. De quoi entretenir tous les soupçons, quand bien même le fait d'être cité dans cette affaire n'est en rien une preuve d'une quelconque culpabilité.
La frustration de Donald Trump – qui ne peut nier avoir fréquenté Jeffrey Epstein – est nourrie par cette évidence : il ne sait que trop bien, pour avoir usé avec brio de l'art répété du mensonge, que sa base restera convaincue qu'on lui cache quelque chose. Confronté à une autre réalité que les "faits alternatifs" dont il a fait son lit, le Président pratique dès lors une dangereuse surenchère. Il brandit déjà un prétendu complot ourdi par Barack Obama. L'attaque est suffisamment grave pour avoir fait sortir de son habituelle réserve l'ancien président démocrate. Donald Trump s'en prend aussi aux Républicains "stupides et idiots" qui, à la Chambre, tentent d'assurer leurs arrières en réclamant, de concert avec des élus Démocrates, un complément de transparence sur l'affaire.
Les événements des deux dernières semaines révèlent les limites de la propension de Donald Trump à souffler sur les braises du complotisme. Mais ils confirment aussi trois choses : l'inextinguible colère de sa base, la servilité des plus hauts fonctionnaires de son Administration et sa soif de désigner à la vindicte des boucs émissaires. Un cocktail hautement délétère.