Un an d'Arizona : l'épreuve du réel
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 30-01-2026 à 23h00
- Mis à jour le 30-01-2026 à 23h55
Après un an, le gouvernement de Bart De Wever peut revendiquer un fait rare dans le paysage belge : il réforme, beaucoup, vite, parfois durement. Dans un pays souvent englué dans l'inertie des équilibres politiques, l'exécutif a rompu avec la culture de l'incrémental pour assumer une ambition de transformation. Reste à savoir si cette dynamique résistera aux failles internes, aux contraintes budgétaires et à un monde qui se dérobe sous nos pieds.
Le Premier ministre, d'abord, a incontestablement changé de dimension. Longtemps cantonné au rôle de stratège nationaliste, Bart De Wever a pris une épaisseur internationale. Sa fermeté sur les avoirs russes gelés, puis sa réaction aux menaces de Donald Trump sur le Groenland, ont donné de la Belgique l'image d'un acteur d'envergure. Cette stature extérieure ne suffira toutefois pas à masquer les fragilités internes.
Car son épreuve de vérité reste le budget et une dette à la dérive. Relancer la croissance tout en poursuivant les réductions de dépenses publiques à tous les niveaux de pouvoir relève d'un exercice d'équilibriste que l'Arizona n'a pas encore totalement maîtrisé. Les tensions entre le MR et Vooruit en sont le symptôme le plus visible. Le retard pris sur l'accord budgétaire 2026 expose aujourd'hui le pays à des conséquences très concrètes : douzièmes provisoires, effets retour de réformes repoussées, et un bricolage sur les taux de TVA, devenus peu lisibles, voire risibles.
À cela s'ajoute le suivi indispensable de la réforme supprimant les allocations de chômage après deux ans. Les CPAS – et donc les communes – se retrouvent en première ligne, sans garantie solide sur leur financement. Le risque de fragiliser les amortisseurs sociaux locaux est réel. L'Arizona ne pourra laisser sa réforme historique se muer en chaos. Enfin, tandis que le pouvoir d'achat recule, la réforme fiscale promise, elle, demeure introuvable.
Toutes ces turbulences s'inscrivent dans un contexte international lourd, instable et anxiogène. Gouverner aujourd'hui, ce n'est plus seulement réformer, c'est rassurer. La lisibilité devient ainsi une ressource politique aussi précieuse que la fermeté.
Si l'Arizona impressionne par sa capacité à décider, il inquiète par sa difficulté à stabiliser. Réformer comme jamais est une prouesse. Gouverner dans la durée en est une autre. C'est désormais sur ce terrain-là que le gouvernement de Bart De Wever sera jugé.