Une regrettable myopie
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 04-02-2026 à 23h00
- Mis à jour le 05-02-2026 à 10h30

Quand les polémiques enflent, l'essentiel devient souvent inaudible. L'attention se cristallise autour de la gouvernance de la RTBF, ses dirigeants, ses équilibres internes. Pendant ce temps, l'ensemble de l'écosystème médiatique francophone s'enfonce dans une crise structurelle. Or, cette crise appelle autre chose que des postures.
Ce qui manque aujourd'hui au niveau des responsables politiques, c'est une compréhension réelle des enjeux des médias face aux révolutions technologiques, et la définition d'une politique claire, cohérente, concertée entre le gouvernement fédéral et celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les débats des États Généraux des médias (au Parlement de la FWB en 2013) n'avaient abouti à rien de concret : les enjeux de cohabitation entre la RTBF et les médias privés n'ont pas été réglés, et l'émergence d'un modèle économique digital n'a pas été traitée.
Les gouvernements doivent se saisir de cet enjeu majeur pour nos démocraties, concerter les acteurs du secteur en place, et enfin comprendre que nos médias existent grâce à un modèle économique. L'urgence est de prendre les mesures qui permettent à ce modèle de se redéployer dans l'économie digitale. En 2024, la Vivaldi a supprimé la concession de distribution postale de la presse. On a vu le chaos que cela a provoqué pour tout le secteur. Un avantage fiscal a certes été mis en place (le crédit d'impôt), mais le gouvernement fédéral n'a toujours pas adopté les mesures qui permettront de prolonger ce soutien à la distribution, alors que les coûts du portage pour les lecteurs explosent.
Le monde politique semble davantage fasciné par les réseaux sociaux comme outils de communication personnelle que préoccupé par l'avenir des médias capables d'accompagner ces évolutions et d'informer correctement, comme cela est inscrit dans notre Constitution. Les plateformes leur servent de relais quand elles devraient être pensées comme des acteurs à réguler. Regrettable myopie.
Il n'est pas normal que le budget mis à la disposition de la RTBF soit plus important que celui de tous les autres médias de presse et de télévision commerciale réunis. Un tel déséquilibre conduit à l'éjection des acteurs privés, immanquablement étouffés.
L'accélération prodigieuse des plateformes internationales, des réseaux sociaux, de l'intelligence artificielle, commande un réveil des responsables politiques, pour définir leur stratégie, et ensuite en débattre au Parlement. Inutile de préciser que le temps presse…