Des pays frontaliers à la Russie soupçonnés d'y exporter des produits européens pour contourner les sanctions : "Un haut potentiel militaire"
Plusieurs pays frontaliers à la Russie sont soupçonnés d'importer des produits européens pour les exporter ensuite vers la Russie, détournant les sanctions européennes.

- Publié le 26-02-2024 à 18h29
- Mis à jour le 26-02-2024 à 19h04

Selon une note publiée par un économiste de l'école de Commerce à Paris et Lille, plusieurs pays commercialement proches de la Russie ont augmenté leur demande de certains produits dits "hautement prioritaires." Ces produits seraient exportés en Russie de ces pays tiers, avec un "haut potentiel d'utilisation militaire."
Détournement des sanctions par des "alliés" russes ?
Une partie des sanctions économiques imposées au Kremlin consiste en des restrictions à l'exportation de certaines marchandises par les pays membres vers la Russie. Certaines de ces marchandises sont considérées comme "un groupe d'articles hautement prioritaires." Dans une note communiquée à la presse aujourd'hui, Eric Dor, professeur en économies à l'IÉSEG, école de Commerce à Paris et Lille, explique que certaines des sanctions de l'UE semblent massivement contournées en ce qui concerne ces domaines hautement prioritaires, et ce, depuis le début même du conflit le 24 février 2022.
Ces articles ont un haut potentiel d'utilisation militaire."
Les articles concernés sont des caméras numériques, des articles électroniques liés aux communications sans fil, à la navigation par satellite ou encore des machines-outils à commande numérique par ordinateur pour le travail des métaux. "Ces articles ont donc un haut potentiel d'utilisation militaire", précise Eric Dor. D'après la note publiée pour l'IÉSEG, depuis l'application des sanctions, l'effondrement des ventes de ces "articles hautement prioritaires" à la Russie par l'UE a été corrélé à une poussée atypique de leurs exportations vers quelques autres pays.
La majorité de ces pays sont voisins de la Russie, comme la Turquie, la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l'Ouzbékistan, ou entretiennent de fortes relations commerciales avec cette nation, comme les Émirats arabes unis. "Entre la période d'octobre 2020 à septembre 2021 et la période d'octobre 2022 à septembre 2023, les exportations des 50 produits hautement prioritaires de l'UE vers la Russie ont diminué de 95,44 %. Mais dans les statistiques officielles de la Turquie, on voit une augmentation de 145 % des exportations vers la Russie. Même si on ne peut pas affirmer qu'il s'agisse de ces produits en question, c'est inquiétant", affirme l'économiste.
L'économiste modère toutefois ces propos, affirmant que "la forte inflation de 2022 et 2023 a pu contribuer à l'augmentation de ces flux, en faisant grimper les prix. Mais le taux d'augmentation de ces flux d'exportation vers les pays tiers examinés dépasse largement l'inflation." Il ajoute également que "l'augmentation des exportations de produits hautement prioritaires de l'UE vers les pays tiers examinés peut avoir été partiellement causée par une augmentation de leurs besoins intérieurs pour une utilisation locale." Toutefois, pour lui, cet essor d'achat est trop important pour être entièrement provoqué par une augmentation de la demande locale. "Il est réaliste de soupçonner qu'une grande partie a ensuite été exportée vers la Russie", conclu-t-il.