La carte que Trump pourrait abattre pour faire plier l'Europe : ce scénario de finance fiction qui effraie…
Et si le président américain décidait de couper brutalement aux Européens l'accès aux services financiers, numériques et satellitaires américains ? Il s'agit à ce stade d'un scénario de finance fiction. Mais demain ?

- Publié le 23-01-2026 à 09h01
- Mis à jour le 23-01-2026 à 18h28

Nous sommes le 7 mai 2026. Cela fait plusieurs mois maintenant que Donald Trump peste, vocifère, s'emporte, tempête et menace. De manière toujours plus violente. Sur son réseau social Truth Social, il envoie à l'aube un énigmatique "Dernier avertissement", écrit comme à son habitude en lettres capitales. Dans les rédactions et les milieux politiques, de part et d'autre de l'Atlantique, on se perd en conjectures sur les intentions de l'imprévisible hôte de la Maison-Blanche.
Un soulagement de courte durée
Le président américain, lui, est au bord de l'implosion. Son obsession de prendre le contrôle du Groenland ne le lâche plus une seconde. Son ressentiment envers cette Europe d'assistés non plus. Sa santé mentale, elle, alimente de plus en plus les spéculations dans la presse américaine. Mais Trump n'en a cure : son mépris pour cette presse gauchiste et qui carbure aux "fake news" ne justifie pas que la Maison-Blanche communique sur le sujet. Il a donné des instructions très strictes à ce sujet.
Après avoir rongé son frein et affirmé début février lors du sommet de Davos en Suisse "qu'il s'en souviendrait" s'il ne parvenait pas à planter le drapeau américain sur le sol du Groenland – île qu'il juge indispensable pour assurer la sécurité des États-Unis – et qu'il "n'utiliserait pas la force", Trump décide de passer à l'action. Et rien, ni personne, ne pourra cette fois se mettre en travers de sa route.
Pourtant, à un moment, le monde avait espéré une accalmie sur ce dossier ultrasensible d'un point de vue géostratégique. Le 20 janvier, le patron de l'Otan annonce ainsi sur le réseau social X l'amorce d'une négociation avec Donald Trump. Un revirement de taille après des semaines de grande tension : il y est question du renforcement de la présence militaire des États-Unis au Groenland, d'une restriction des eaux territoriales aux bateaux russes et chinois et d'un principe de double souveraineté sur certaines poches de l'île arctique. C'est le soulagement dans les chancelleries européennes. Mais il sera de courte durée. Car cet accord ne tient, en réalité, que sur papier. Et il crée rapidement des tensions au sein même du gouvernement danois, sous la pression d'une opinion publique sensible aux questions environnementales et qui craint de voir l'Oncle Sam piller à terme le sous-sol du Groenland, riche de terres rares. À Nuuk, au sein de la population locale, la méfiance est aussi de mise. Un sommet y a lieu, sous l'égide de l'Otan, mi-mars. Mais avec l'arrivée de nouvelles exigences de Trump, c'est l'échec. Donald Trump est furieux : il a le sentiment d'avoir été trahi par l'Otan, l'Europe et le Danemark. Tandis qu'à Nuuk, la population brandit, de manière ironique, des pancartes "Donald, au revoir et merci !".
Frapper un "grand coup"
Cet échec arrive, par ailleurs, à un très mauvais moment pour Trump. Sur le plan intérieur, sa cote de popularité s'écroule dans les sondages. Le quotidien des Américains se dégrade aussi sur fond d'une inflation persistante. Et sur la scène internationale, ce n'est guère mieux : les frappes militaires conjointes menées début février avec Israël en Iran n'ont pas débouché sur un changement de régime à Téhéran et il n'est toujours pas parvenu à forcer Poutine à mettre un terme à sa guerre en Ukraine. Son Conseil de la Paix, censé éclipser l'Onu, est un flop, à défaut de quelques partants, des régimes autocratiques pour la plupart. Et sur le plan commercial, la Chine continue à lui mener la vie dure. Donald Trump en est convaincu : il doit frapper un "grand coup" avant les élections de mi-mandat en novembre. Sinon, la Chambre et le Sénat basculeront dans le camp démocrate. Son pire cauchemar.
À défaut d'user de la force militaire en envoyant des "boys" sur le terrain "régler l'affaire en deux jours" – certains généraux avaient encore mis début avril leur démission dans la balance pour le dissuader d'une telle aventure militaire –, le président américain entend faire plier les Européens via une arme économique XXL. Il veut son "gros bloc de glace". Et il l'aura. À partir de la mi-avril, il décide donc de frapper plus fort. Beaucoup plus fort. Avec un objectif : créer un effet de sidération chez les Européens au travers d'une "Blitzkrieg" économique d'une ampleur et d'une violence jamais vue dans l'histoire. Nom de code de l'opération : "Crush Europe" (littéralement : Écrasez l'Europe). Dans le plus grand secret, Donald Trump organise une réunion avec les 15 patronnes et patrons les plus influents des États-Unis dans le domaine de la technologie, de l'énergie et des services financiers. Sont notamment réunis autour de la table : les big boss de Google, Amazon, Microsoft, Apple mais aussi de Visa et Mastercard. Le président américain le sait : le citoyen qui paie par carte bancaire passe par les réseaux Visa ou Mastercard dans 60 % des cas. C'est une arme de destruction massive. Les CEO des géants du pétrole ont également été conviés. De même qu'Elon Musk, patron de Tesla et de Starlink, au cœur de la constellation de satellites. Ainsi que le nouveau patron de la Réserve fédérale américaine Kevin Warsh, un proche de Trump qui a succédé début février à Jerome Powell, dont Trump a finalement obtenu le scalp.
Google, Mastercard et Starlink aux abonnés absents
Devant eux, Trump dévoile alors son plan : couper brutalement aux Européens l'accès aux services financiers, numériques et satellitaires américains. Plus de gaz naturel liquéfié non plus, dont l'Europe est très dépendante. Devant des mines sidérées, Trump assène à ses géants de Wall Street : "Vous serez mon bras armé pour paralyser l'économie de l'Europe et forcer les Européens à revenir du jour au lendemain à l'âge de la pierre, au troc, à la bougie et aux bouliers compteurs". Et il termine l'explication de son plan : "En moins de 48 heures, l'Europe me mangera dans la main et fera de moi son Empereur. Mais ne vous y trompez pas : je ne le fais pas pour moi, mais pour notre beau pays et les Américains". Et de conclure par son mantra : "Make America Great Again". Quelques minutes avant et pour rassurer ces CEO, sans leur laisser le choix de protester, Trump assure que les groupes américains seront indemnisés par l'État pour les pertes économiques occasionnées. Et que l'Europe pliera rapidement.
Le 10 mai 2026, trois jours après son "dernier avertissement" et d'ultimes tentatives en coulisses pour parvenir à ses fins sur le dossier du Groenland, Trump lance son "D-Day". En Europe, c'est le chaos dans les banques où les transactions et les systèmes de paiement sont à l'arrêt ou très fortement ralentis, dans les bureaux, les entreprises et administrations privées de messageries et d'Internet. Les Bourses s'écroulent et les chaînes logistiques sont fortement perturbées. Dans la panique, les dirigeants européens convoquent un sommet européen extraordinaire à Bruxelles : ils n'ont pas d'autre choix que de céder au chantage de Trump, lâchant le Groenland à son nouveau propriétaire républicain. Le monde vient de basculer dans une nouvelle dimension. Le lien transatlantique est définitivement rompu.
Une fiction, oui mais…
Bon, vous l'aurez compris, ces lignes relèvent de la pure finance fiction. Le trait est évidemment forcé même si Donald Trump a fait plonger la planète dans une nouvelle ère, celle où la brutalité s'est désormais substituée au droit international, la politique du fait accompli à la diplomatie. Car plus d'une fois depuis un an, ce que nous pensions inimaginable de ce côté-ci de l'Atlantique est devenu réalité. Notre nouvelle réalité.
"On aura donc encore à subir longtemps le diktat des États-Unis…"
Mais aussi extrême soit-il, ce scénario catastrophe illustre un constat bien réel et qui interpelle : celui de notre dépendance à l'égard des États-Unis. On l'a assez écrit dans le domaine de la défense mais c'est aussi le cas sur le plan technologique, financier et énergétique.
"La monnaie et la technologie"
"C'est un scénario dystopique mais qui serait mutuellement destructeur, tant pour les États-Unis que pour l'Europe. Mais qui n'est totalement à exclure vu l'état d'extrême dépendance de l'Europe face aux États-Unis. Les États-Unis ont deux moyens de coercition majeurs pour nous affaiblir : la monnaie et la technologie", nous explique Bruno Colmant, économiste ; bon connaisseur de la société américaine et récemment auteur de "Donald Trump, le spectre d'un fascisme numérique".
Pour Bruno Colmant, les États-Unis auraient, par exemple, théoriquement aussi la possibilité de restreindre les lignes de liquidités en dollars aux banques européennes, d'organiser une fiscalité punitive à l'égard des entités étrangères ou de dénoncer unilatéralement les conventions de double imposition.

Autre solution extrême : la nationalisation d'actifs européens sur le sol américain au nom de la sécurité nationale. Et d'ajouter : "Le cas de Mastercard est très intéressant. Souvenez-vous : au moment où les États-Unis ont retiré son visa à Thierry Breton, l'ancien commissaire européen qui exigeait davantage de régulation des géants américains de la tech en Europe, Mastercard et Visa ont également désactivé ses cartes de crédit. S'ils peuvent le faire à l'échelle de certains individus, ils peuvent aussi le faire à plus grande échelle. C'est pour cela que l'Europe développe des alternatives pour ne plus dépendre des solutions de cartes de paiement américaines : c'est le cas avec le projet de l'euro numérique et de la technologie Wero qui commence à être déployée en Belgique."
Serait-il imaginable que Trump contraigne des grandes entreprises privées, très présentes en Europe, à activer des décisions aussi radicales ? "Oui, dans la mesure où ces entreprises savent que les Européens n'ont souvent pas d'alternative, en tout cas à court terme", répond Bruno Colmant.
L'Europe, déjà confrontée à l'Est à un risque sécuritaire avec la Russie, serait donc bien inspirée d'envisager tous les scénarios, y compris les plus désagréables et extrêmes, face à un pays qui n'est plus l'allié d'antan mais désormais un acteur totalement imprévisible, mû par une logique impérialiste de nature à porter atteinte à nos intérêts les plus cruciaux. Et acquérir sans tarder une autonomie stratégique dans plusieurs domaines clés. Pour ne pas risquer, comme le soulignait le Premier ministre Bart De Wever cette semaine encore à Davos, de devenir rapidement "l'esclave des États-Unis".
En sera-t-elle capable et s'en donnera-t-elle les moyens ? "On peut en douter, tant cette situation de vassalisation vis-à-vis des États-Unis est ancrée profondément dans nos économies européennes. Il faudrait reconstruire une toute nouvelle économie, ce qui représenterait un effort financier gigantesque. Sauf à supposer que les États lèvent des impôts colossaux ou que l'on s'en prenne aux avoirs bancaires des Européens, cela ne sera pas possible. On aura donc encore à subir longtemps le diktat des États-Unis…", conclut Bruno Colmant. Pas franchement rassurant….