La bulle de l'IA est-elle prête à éclater ?

Les actions de l'IA, pour beaucoup, ont grimpé trop haut et trop vite, présageant un effondrement semblable à celui du début des années 2000. Mais, à l'époque, les sociétés Internet ne généraient guère de bénéfices et dépensaient sans compter jusqu'à la faillite…

L’IA suscite un fort engouement. Trop ?
L’IA suscite un fort engouement. Trop ? ©Copyright (c) 2025 Lightspring/Shutterstock. No use without permission.

Une chronique de Ken Fisher, fondateur de Fisher Investments.

La bulle de l'IA (intelligence artificielle) tant redoutée va-t-elle mettre fin au marché haussier actuel ? Pour beaucoup, les actions de l'IA ont grimpé trop haut et trop vite, présageant un effondrement semblable à celui du début des années 2000.

Je ne suis pas de cet avis. Bien que le sentiment se soit amélioré, rien ne permet de rapprocher l'essor de l'IA de la bulle Internet de la fin des années 1990. La preuve : les avertissements incessants montrent que cette bulle n'existe pas.

Quelle que soit la devise, la tech a plus que doublé depuis 2022, loin devant les marchés mondiaux.

L'IA suscite un fort engouement. Les actions les plus concernées (principalement américaines) se sont envolées. Un euro fort rogne les performances en euros : le secteur technologique ("la tech") mondial n'a progressé que de 9 % en euros jusqu'au 19 décembre 2025. Il a, en revanche, augmenté de 23 % en dollars en 2025, contribuant largement à la hausse de 21 % des actions mondiales. Quelle que soit la devise, la tech a plus que doublé depuis 2022, loin devant les marchés mondiaux.

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Investissements et craintes

En 2025, les entreprises ont investi plus de 362 milliards d'euros dans l'IA (centres de données, puces, serveurs, etc.). Dans l'Union européenne (UE) et en Belgique, les investissements dans les centres de données explosent et les experts prévoient une croissance annualisée du secteur de 13,5 % jusqu'en 2030. Les prédictions concernant l'IA foisonnent.

D'autres encore craignent que les entreprises d'IA n'émettent davantage de dettes et ne recourent au financement "circulaire".

Les pessimistes craignent des dépenses d'investissement excessives ou que les entreprises peinent à trouver une utilisation rentable de l'IA. Certains pensent que l'IA transformera bel et bien le monde mais qu'après l'effondrement des actions surévaluées. D'autres présagent un monde dystopique dans lequel les robots dotés d'IA supprimeraient des emplois… voire l'espèce humaine.

D'autres encore craignent que les entreprises d'IA n'émettent davantage de dettes et ne recourent au financement "circulaire". S'il est vrai que certaines d'entre elles émettent des obligations, la plupart des poids lourds de la tech disposent d'une trésorerie supérieure à leurs dettes. Le financement circulaire mettrait supposément en lumière la fragilité des entreprises d'IA : les fournisseurs investissent dans celles-ci, qui achètent à leur tour les produits des fournisseurs. Mais de telles opérations représentent moins de 4 % des dépenses des grandes entreprises d'IA.

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Différences avec la bulle Internet

Considérons certains faits.

1) Les actions liées à l'IA qui s'envolent sont majoritairement celles d'entreprises colossales dont les bénéfices ont aussi bondi.

2) La plupart se développent grâce aux flux de trésorerie disponibles et non en émettant des obligations ou des actions.

3) Les ventes grimpent en flèche et le déploiement de l'IA n'entame pas les bénéfices. En 2023, les marges bénéficiaires des entreprises tech mondiales s'élevaient en moyenne à 47 %. Aujourd'hui, elles représentent 51 %.

La situation diffère de la bulle et du marché baissier du début des années 2000. À l'époque, les sociétés Internet ne généraient guère de bénéfices et dépensaient sans compter, jusqu'à la faillite. L'unique point commun : les actions des entreprises de la tech sont onéreuses. Mais, malgré les mythes, les valorisations n'ont aucune valeur prédictive.

Un signe qui ne trompe pas

S'il y a bien un signe qui ne trompe pas, c'est le nombre de personnes qui affirment que nous sommes dans une bulle ! Les véritables bulles se forment le plus souvent dans l'indifférence générale, les rares avertissements se voyant alors éclipsés par les innombrables opportunités perçues par les investisseurs. Aujourd'hui, ceux qui craignent une bulle sont considérés comme des "sages". Et c'est là un facteur de marché haussier !

Les bulles entraînent des faillites à la chaîne et, surtout, sont largement imprévisibles.

Les actions tech peuvent s'inscrire en baisse (ou en hausse) mais il en faut plus pour parler de bulle. Les bulles entraînent des faillites à la chaîne et, surtout, sont largement imprévisibles. Souvenons-nous que l'ancien président de la Fed, Alan Greenspan, avait mis en garde contre une "exubérance irrationnelle" en 1996, plus de trois ans avant que la bulle n'éclate ! Les actions de la tech américaine avaient encore grimpé de 542 % avant d'atteindre leur pic et les marchés américains au sens large de 194 %. Même l'Europe, technologiquement moins influente, avait grimpé de 132 % ! Vendre trop tôt aura donc constitué un excès de confiance coûteux.

La peur l'a emporté sur l'appât du gain au milieu des années 1990, tout comme aujourd'hui, ajoutant des briques au "Mur des inquiétudes" que les actions se plaisent à escalader. À nous de l'accepter.

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