L'intelligence artificielle, une alliée contre le réchauffement climatique ?
Entre applications concrètes prometteuses et dépenses énergétiques colossales, l'IA constitue une arme à double tranchant dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.
- Publié le 11-02-2025 à 09h02
- Mis à jour le 11-02-2025 à 11h47

De l'éducation à la finance en passant par la santé, la logistique et le commerce, l'intelligence artificielle promet de tout révolutionner sur son passage. Le climat n'y échappe pas, l'IA offrant de belles avancées dans le domaine de la lutte contre les dérèglements climatiques et de la préservation de l'environnement. Des applications permettent ainsi d'optimiser la consommation d'énergie dans les bâtiments ou le transport, de traquer les dépenses énergétiques des entreprises ou des particuliers en leur fournissant des informations sur mesures et de mieux anticiper des phénomènes météorologiques extrêmes.
Dans le domaine de l'agriculture, l'IA est capable de prévoir les rendements agricoles en analysant les conditions climatiques et les données des sols, permettant une utilisation plus précise des engrais et de l'eau. Dans le domaine de la biodiversité, l'IA permet de cartographier avec précision des écosystèmes et d'affiner les connaissances sur des populations d'animaux sauvages et des espèces menacées. Mais la généralisation rapide de l'IA a aussi des revers, à commencer par sa consommation d'énergie colossale qui risque, et c'est tout le paradoxe, de réduire à néant tout effet bénéfique en matière de climat.
"L'intelligence artificielle requiert des quantités considérables d'énergie, principalement en raison de la complexité des algorithmes et des volumes de données traités. Avec la montée en puissance des modèles de type GPT-4, Perplexity ou encore Google Gemini, la tendance est à la hausse ; et ces technologies nécessitent une infrastructure lourde pour fonctionner 24h/24, 7j/7", pointe ainsi l'Institut Supérieur de l'Environnement.
Mesurer précisément l'impact carbone de l'intelligence artificielle est un exercice périlleux. Quelques indicateurs permettent cependant d'avoir un aperçu de l'impact potentiel d'un déploiement exponentiel de l'IA. "En 2020, le secteur du numérique dans son ensemble, centres de données, réseaux de communication et dispositifs utilisateurs, c'est-à-dire les smartphones et les autres objets connectés et tout ce qui est lié à l'intelligence artificielle représentait entre 2 et 4 % des émissions totales de gaz à effet de serre à travers le monde. C'est très similaire aux émissions du secteur de l'aviation. Or l'usage de l'IA a énormément augmenté depuis. Mais nous n'avons malheureusement pas d'estimation chiffrée plus récente. Ce qui est certain, c'est que ces deux secteurs sont en hausse à travers le monde, alors que pour bien faire, les émissions devraient baisser dans tous les domaines, y compris ces deux-là", pointe David Bol, professeur à l'École polytechnique de l'UCLouvain. "Concernant l'utilisation de l'intelligence artificielle par les particuliers pour une simple recherche sur le web, la seule étude à ce jour parle d'un facteur 10", indique par ailleurs le spécialiste de l'impact environnemental des technologies de l'information et de la communication. De quoi faire littéralement exploser les émissions liées au secteur du numérique dans un futur proche.
Il est certain que les milliards investis vont se traduire par l'émission de gigatonnes de gaz à effet de serre."
Explosion des émissions
Selon un rapport publié ce lundi par l'ONG Beyond Fossil Fuels sur base de données de l'Agence internationale de l'énergie, du cabinet McKinsey et des distributeurs d'énergie européens, la demande d'électricité des centres de données en Europe risque d'augmenter jusqu'à 160 % d'ici à 2030, pour atteindre 287 TWh. C'est plus que la consommation totale d'électricité de l'Espagne en 2022. L'ONG estime en outre que les émissions annuelles des centres de données nouvellement créés dans l'Union européenne pourraient atteindre 39 millions de tonnes de CO² en 2030, soit plus que les émissions annuelles combinées de la Lituanie et de l'Estonie. La course généralisée entre grandes puissances pour développer de nouvelles applications en matière d'IA et notamment la promesse récente de Donald Trump d'investir 5 000 milliards de dollars dans les IA au cours de son mandat apparaît dès lors comme une menace supplémentaire pour le climat.
"Il est certain que les milliards investis vont se traduire par l'émission de gigatonnes de gaz à effet de serre. Pour générer un retour sur investissement, il faudra nécessairement que l'usage de l'IA se généralise auprès des professionnels et des particuliers et à court terme, disposer de suffisamment de capacités de production d'énergies renouvelables pour produire l'énergie nécessaire est impossible", pointe David Bol. "Pour conserver un environnement qui nous permette de vivre décemment, tous les secteurs d'activité, numérique et intelligence artificielle compris, doivent baisser leurs émissions de gaz à effet de serre. Pour y parvenir, il faudrait des incitants mais aujourd'hui, ces incitants n'existent pas vraiment.", estime le chercheur.
