Les pilotes devront-ils voler jusqu'à 67 ans ? "Certains n'y arriveront pas"
L'organisation de l'aviation civile internationale (Oaci) veut augmenter l'âge limite des pilotes. En Belgique, les dernières réformes sur les pensions amènent à des aberrations.

- Publié le 18-09-2025 à 08h15

C'est un débat qui anime la communauté aérienne depuis plusieurs années. Faut-il augmenter l'âge limite pour piloter un avion commercial ? Face à la pénurie de pilotes et l'augmentation constante du trafic aérien mondial, les compagnies poussent à une réforme allant dans ce sens. Les pilotes et certains médecins sont plus mitigés, en rappelant que passer sa vie professionnelle dans un cockpit use fortement les organismes et que ce métier demande une vigilance à toute épreuve.
Une forte pression des compagnies aériennes
Depuis près de vingt ans, l'âge limite des pilotes à travers le monde est de 65 ans. Mais, sous la pression des compagnies aérienne, l'Organisation de l'aviation civile internationale (Oaci), dont les 193 pays membres se réunissent à Montréal la semaine prochaine, devrait prendre la décision de faire passer cet âge limite à 67 ans. L'Oaci est une organisation dépendant des Nations unies qui élabore différentes normes internationales aériennes notamment en termes de sécurité ou d'environnement.
En 2006, ce même organisme avait décidé de faire passer l'âge limite des pilotes de 60 à 65 ans. Après cet âge, plus aucun pilote ne peut donc effectuer des vols commerciaux. Du moins à l'international. Car il y a une subtilité : l'Oaci ne réglemente pas les vols intérieurs d'un pays. Le Japon, l'Australie ou la Nouvelle-Zélande permettent ainsi déjà à des pilotes de voler jusqu'à 67 ans sur des lignes nationales.
Des pilotes belges "obligés" d'être virés
En Belgique, le métier de pilotes n'étant pas considéré comme un métier pénible, l'âge de la retraite – longtemps fixé à… 55 ans – est passé à 66 ans (depuis 2025), puis 67 en 2030, comme la plupart des autres professions dans notre pays. Ce qui amène certaines aberrations. "On vient d'avoir le cas de pilotes de 65 ans qui ont perdu leur licence internationale et ne peuvent donc plus voler, explique Alain Vanalderweireldt, président de l'association belge des pilotes (Beca). Leurs employeurs n'ont donc d'autres choix que de les virer et ils sont mis au chômage pendant un an, deux ans à partir de 2030, avant de pouvoir toucher leurs retraites. On a écrit au ministre des Pensions Jan Jambon (N-VA), pour dénoncer cette situation".
Avec l'âge, il y a de l'usure, la vue baisse, le corps se fatigue plus vite. Certains pilotes perdent d'ailleurs leurs licences à partir de 45 ans pour des raisons médicales".
Alain Vanalderweireldt se dit surpris par la proposition de l'Oaci. "C'est un métier usant, très exigeant physiquement et mentalement. On passe en permanence par des changements de températures, de pressurisation, des décalages horaires…, explique le pilote. Il faut pouvoir être très alerte, tout en gardant une concentration intense pour prendre les bonnes décisions car on n'a pas le droit à l'erreur. Mais on sait qu'avec l'âge, il y a de l'usure, la vue baisse, le corps se fatigue plus vite. Le nombre de pilotes perdant leurs licences pour des raisons médicales augmente dès 45 ans".
Et M.Vanalderweireldt de citer un rapport européen datant de 2017 qui recommandait de ne pas toucher à cette limite de 65 ans. "Travailler plus tard ? Certains pilotes n'y arriveront pas", si l'on en croit ce document.