Direct Neufchâteau-Zarzis
En mars 2003, Christian Dumont a inauguré un hôtel quatre étoiles flambant neuf à Zarzis, sur la côte tunisienne. Un défi hôtelier grandiose que la crise post-11 septembre rend d'autant plus complexe
- Publié le 29-08-2003 à 00h00
RÉCIT
L' envie de construire". Six mois après avoir inauguré son hôtel "L'Eden Star" sur la plage tunisienne de Zarzis (côte est) Christian Dumont se refuse à expliquer ce qui l'a poussé dans cette folle aventure. A 51 ans, ce Chestrolais, né dans un hameau proche d'Assenois, en plein coeur des Ardennes, est en effet, et après plusieurs années de travaux, devenu propriétaire d'un complexe hôtelier d'une superficie de 40000 m. Un palace quatre étoiles, capable d'accueillir 650 touristes, érigé à l'endroit où, il y a dix ans, les palmiers avaient encore tout loisir de contempler l'horizon par-delà la Méditerranée. 300 chambres, 12 suites, agglomérées autour d'un bloc central comportant 5 restaurants, un centre de thalasso, des bars, et trois piscines..." Je n'arrive pas à rester plus de dix ans dans le même domaine ", confesse cet ancien professeur, devenu par la suite ingénieur pour la SNCB, avant de créer sa première société, en 1978, déjà spécialisée dans le bâtiment. Mais il faut attendre 1996, et une série d'autres carrières (dans la construction clef sur porte, en tant que grossiste en matériel technique), avant le coup de foudre pour la Tunisie. " Il y a dix ans, j'avais passé des vacances à Monastir ", s'amuse-t-il, sans réellement accrocher avec le pays. Mais il y est revenu, par deux fois en 1996. La deuxième fut la bonne: quatre mois plus tard, il mettait son projet en route, grandiose, sans commune mesure avec les chantiers qu'il avait connus jusque-là.
Et pourtant, l'affaire avance: achat d'un terrain, sis sur 3,5 hectares, avec les difficultés foncières que cela suppose: " autrefois les terrains en bord de mer n'avaient aucune valeur. Ils étaient légués aux filles. Maintenant, ils valent une fortune, mais il faut s'adresser à énormément de monde". En parallèle, Christian Dumont mène son étude de marché, non sans s'être adjoint un directeur financier tunisien puis, par la suite, un architecte du pays, à peine sorti des études, mais " très ouvert aux idées européennes ".
Encore fallait-il trouver les capitaux nécessaires à la construction de l'hôtel, dont le coût était estimé à 15 millions d'euros. En Belgique, l'Ardennais essuye plusieurs refus. Qu'à cela ne tienne, il se tourne vers des banques tunisiennes, libyennes, qatares et koweïtiennes, qui lui apportent leur soutien. " Les banques européennes, analyse-t-il, rechignent à financer des projets sur le continent africain, à cause des risques d'instabilité politique".
En Tunisie même, Christian Dumont ne rencontre guère d'opposition, quoi que le gouvernement n'encourage plus ce type d'entreprise, au profit de projets sahariens. Le montage financier bouclé, le plus dur était encore à venir avec l'édification du bâtiment proprement dite. Christian Dumont sait ce qu'il veut, mais il sait aussi comment l'obtenir: il met à profit ses connaissances du réseau d'importation de matériaux pour acheminer, de Belgique, de France, d'Allemagne ou d'Asie, tout ce qui s'avérait indispensable à la conduite du chantier tunisien.
La période est harassante, " mais pas de façon exagérée " et alors que les murs commencent à grimper, sans prendre trop de retard, un autre aspect de sa nouvelle profession commence: la promotion de ce nouvel espace de vacances, le seul en Tunisie qui soit l'oeuvre d'un Belge. Conscient de toucher à un domaine qu'il ne connaît pas, Christian Dumont s'associe au voyagiste espagnol Vincci, pour bénéficier de sa force de frappe au niveau européen. Un groupe auquel il aura réussi à imposer sa volonté d'avoir un hôtel dans la catégorie "club", et auquel il délègue aujourd'hui la gestion globale du Resort Vincci Eden Star. Quoi qu'il reste vigilant, et tient pour le moment à conserver un oeil sur la façon dont les choses se passent: gestion du personnel, de l'image, de l'esprit qui prévaut dans l'oasis tunisien.
Mieux encore: il s'est gardé la tâche du démarchage auprès des tour-opérateurs belges, français et luxembourgeois, par volonté affichée de donner la priorité à une clientèle francophone. Avec succès, puisque, confie-t-il, l'Eden Star figure dans presque tous les catalogues belges, ce qui constitue en soi un tour de force.. "Le fait d'être belge constitue certainement un argument de vente", ajoute-t-il. Mais l'enthousiasme, sans être brisé net, a subi le contrecoup des attentats du 11 septembre. Le secteur touristique dans son ensemble accuse depuis lors un recul, conjoncture qui rend les choses d'autant plus compliquées pour un nouveau venu, "pas encore rentable" à ce stade, même s'il affiche complet cet été. "Les prix pratiqués sur tous les pays sont actuellement trop faibles", indique Christian Dumont, "la plupart des hôtels travaillent sous leur seuil de rentabilité". Un seuil qui, pour le coin de paradis tunisien du Chestrolais, est fixé à quelque cent mille nuitées vendues par an.
Expatrié 10 mois sur douze, son propriétaire ne compte pourtant pas, à terme, s'installer définitivement à Zarzis. S'il donne du travail à quelque 120 personnes fixes ainsi qu'à des saisonniers, qu'il faut la plupart du temps former sur le tas, le Belge peine à s'imaginer vivre perpétuellement à l'hôtel, tout comme il ne tient pas particulièrement à s'intégrer à la population locale: " vivre à leur manière est inconcevable pour un Européen qui veut garder une responsabilité sur son personnel. En Tunisie, il n'y a pas de barrière qui tienne. Donc je préfère me tenir à l'écart ". Et puis, le calcul est vite fait: "pas plus de dix ans dans un domaine". Il ne lui en reste plus guère que trois avant de changer son fusil d'épaule.
© La Libre Belgique 2003
