Aramco, la société la plus rentable du monde, est un outil stratégique pour Ben Salmane
Pour Francis Perrin (Iris), l'IPO d'Aramco a un impact géopolitique important.

- Publié le 17-11-2019 à 09h13
- Mis à jour le 12-12-2019 à 08h33

Pour Francis Perrin (Iris), l'IPO d'Aramco a un impact géopolitique important. Investir dans les énergies fossiles alors que l'ère est au "green" ? L'idée semble farfelue mais c'est pourtant bien ce qui est à la base de l'opération Aramco, qui prendra forme dès ce dimanche. Farfelue, certes, mais surtout extrêmement stratégique de la part de l'Arabie saoudite qui prépare en fait un avenir sans pétrole… en permettant d'investir dans le pétrole. Pour Francis Perrin, directeur de recherche à l'Iris (Paris) et spécialiste des questions pétrolières, l'opération semble dénuée de sens mais reste le fruit d'une réflexion bien nourrie de la part de Mohamed Ben Salmane (MBS), le prince héritier aux commandes du pays, qui cherche à maintenir le royaume dans la course économique. Pour cela, il use donc de son arme la plus infaillible : le pétrole, qui reste une valeur sûre pour le pays. Comment ? Grâce aux dividendes de cette opération boursière qualifiée d'historique de par les montants astronomiques évoqués. "Mohamed Ben Salmane compte sur les dividendes engendrés par Aramco pour faire en sorte que l'opération soit un succès. Et vu les chiffres évoqués, ça ne peut que fonctionner. Il a promis pas moins de 75 milliards de dollars de dividendes aux actionnaires en 2020. Le rêve pour un investisseur." Mais l'opportunité est-elle à saisir par les investisseurs ?
Pari osé mais tentant
Investir dans un marché qui semble en perte de vitesse, dans un contexte géopolitique miné par la guerre commerciale, le pari semble risqué. D'autant plus que la consommation de brut est à la baisse, tout comme la croissance au niveau mondial alors que l'Arabie saoudite est située dans une région sensible, partagée entre les tensions et les conflits. Est-ce bien tentant pour un investisseur, aussi téméraire soit-il ? Pour Francis Perrin, oui. " Le risque zéro n'existe pas, certainement pas vu le contexte, mais eu égard aux sommes en jeu, les investisseurs sont tentés par ce pari osé mais extrêmement tentant. Alibaba et Apple ne sont plus rien à côté de ce qu'Aramco propose. De plus, Ben Salmane garde une certaine maîtrise sur ces investisseurs car Aramco ne démarre pas une cotation à Wall Street mais sur un marché local, là où il a un pouvoir de contrôle sans limite, ce qui rassure les investisseurs les plus craintifs. C'est donc un premier pas pour, ensuite, continuer sur sa lancée si l'opération réussit. Et elle va fonctionner."
Ryad veut démontrer sa grandeur
Pour Francis Perrin, l'IPO d'Aramco permet aussi à l'Arabie saoudite de démontrer sa grandeur, de prouver que malgré les attaques qui ont ciblé, justement, des sites pétroliers, le royaume n'est pas freiné dans son élan et compte bien faire une entrée fracassante dans l'histoire boursière, dans l'histoire tout court. " Les attaques qui ont eu lieu le 14 septembre dernier ont été très conséquentes pour l'Arabie saoudite qui a vu sa production de pétrole baisser de façon drastique. En continuant, malgré tout, ses opérations pour mener à bien l'aboutissement d'Aramco, Ben Salmane envoie un signal positif aux investisseurs, un signal rassurant. Mais il permet aussi de démontrer que le pays, qui semble en perte de vitesse selon certains analystes, reste une nation super puissante."
