Deal majeur entre l'Etat et FN Herstal: "À un moment, il faut arrêter d'acheter des munitions à l'étranger et tuer notre industrie"
Le deal entre l'État belge et FN Herstal pose question au niveau des règles de concurrence. Mais le contexte actuel redistribue un peu les cartes.

- Publié le 19-10-2023 à 17h29
- Mis à jour le 19-10-2023 à 19h44

L'État Belge et FN Herstal seraient sur le point de conclure un deal afin d'assurer un approvisionnement en armes et munitions pour les 20 prochaines années, et ce sans faire un appel d'offres public donc.
"La Belgique est très bonne élève en matière de concurrence, alors que d'autres n'hésitent pas à faire recours à l'article 346", tranche directement une source proche du dossier à propos du deal en cours de négociation entre l'État belge et FN Herstal. Pour rappel, l'article 346 permet, grosso modo, de faire une entorse aux règles de la concurrence lorsque des questions d'intérêts essentiels en matière de sécurité sont en jeu. En clair, ne pas être obligé de passer par des appels d'offres ouverts à la concurrence pour ce genre de contrats à gros montants.
Et, comme le révélait l'Echo jeudi, ces négociations sont en cours et pourraient aboutir à un deal portant à 1,7 milliard d'euros étalés sur deux décennies, soit 85 millions par an.
Pour FN Herstal, nul doute que ceci soit une bonne nouvelle. Comme nous le signalait l'entreprise en mai dernier, un engagement sur le long terme est toujours positif, quelle que soit l'industrie, puisque cela permet de lancer des lignes de productions et assurer leur rentabilité, là où un plan de relance ou contrat en "one shot" ne le permet pas, et n'intéresserait presque pas l'industrie militaire.
"Certains pays abusent mais ce partenariat semble pertinent"
Si les négociations devaient se tenir à huis clos, les informations qui ont fuité avancent que ce partenariat touche au stock d'armement, son entretien ainsi que les munitions, avec d'une part la Défense, à hauteur de 1,33 milliard d'euros, et de l'autre la police, pour moins de 385 millions d'euros.
"Certains pays abusent de cet article 346. Il n'y a pas assez de contrôle de la Commission européenne. Mais ce partenariat semble pertinent. Et ça correspond à la position de la ministre de la Défense Ludivine Dedonder", avance pour sa part Gaspard Schnitzel, responsable du programme Industrie de défense à l'Iris (Paris), de passage à Bruxelles jeudi.
Si certains émettent des doutes quant à la validité légale d'un tel deal, plusieurs sources nous avancent qu'étant donné que l'Allemagne et la France utilisent visiblement régulièrement celui-ci, cela ne devrait pas poser de problème. En particulier dans un contexte géopolitique tendu qui met en avant les besoins de souveraineté stratégique. Et c'est sans parler de la politique industrielle des pays hors UE, comme celle des États-Unis et de leur Buy American Act, beaucoup plus protectionniste.
"À un moment, il faut arrêter d'acheter des munitions au Brésil. Il n'y a rien de tel pour tuer notre industrie militaire", glisse encore notre source anonyme citée précédemment.
"Je suis fière que la Défense puisse devenir une force motrice du redéploiement industriel du pays", a par ailleurs confirmé la ministre Ludivine Dedonder (PS), à la Chambre, ce jeudi, en mettant en avant l'argument de la création d'emplois que cela peut générer, aussi bien en Wallonie qu'en Flandre, puisque l'usine de FN Herstal spécialisée en munitions est basée à Zutendaal. Ce que n'a pas manqué de faire remarquer Theo Francken (N-VA), qui félicite déjà le potentiel deal sur X (ex-Twitter).
