Des générations d'actionnaires familiaux de Solvay toujours solidaires au sein de Solvac : "Nous nous considérons comme idéalement placés"
Libre Eco week-end | Le dossier. Les actionnaires historiques du groupe ont déjà tenu à rassurer les "petits porteurs" sur leurs intentions.
- Publié le 01-12-2023 à 16h54
- Mis à jour le 02-12-2023 à 18h21

La stratégie d'un groupe d'origine familiale comme Solvay doit trouver l'adhésion de ses actionnaires historiques, héritiers d'une dynastie industrielle née il y a 160 ans avec la découverte de ce qui deviendra le "procédé Solvay" permettant de produire industriellement du carbonate de sodium et des dérivés chimiques. Mais qu'est-ce les générations actuelles de cette famille ont comme poids dans la direction d'un groupe international coté en Bourse ? Leur unité serait la réponse floue. Leur nombre est révélateur puisque l'on compte 2 500 actionnaires descendant des familles des fondateurs réunis au sein de l'entreprise de contrôle Solvac, une entité également cotée en Bourse, totalise quelque 14 000 actionnaires, et qui contrôle 30,81 % de Solvay au travers de son portefeuille d'actions. Solvac que l'on peut qualifier de "mono-holding", a donc un poids décisionnel certain, d'autant que 77,40 % de ses propres actions sont détenues par des descendants des familles fondatrices.
Solvac affiche une capitalisation boursière de près de 2,54 milliards d'euros, à comparer à près de 11 milliards d'euros pour Solvay. Au travers de cette structure, les actionnaires de Solvac, dont les héritiers, perçoivent les dividendes du groupe sous-jacent, et disposent d'une représentation unifiée dans le capital du groupe belge.
Notons que des actions Solvay sont aussi détenues à hauteur de 2,27 % par… Solvay, au travers de sa filiale Solvay Stock-Option Management (SSOM) qui gère un stock de titres dans le cadre des rémunérations des cadres du groupe intéressés en partie aux résultats sous forme de "stock-options". Enfin, mais c'est le cas dans beaucoup d'entreprises cotées, le groupe de gestion américain BlackRock est également présent à hauteur de 4,99 % dans le capital du groupe belge.
Le souhait de rester dans le navire
Cela étant, cette structure actionnariale claire, avec un actionnaire de référence coté, forcé de jouer la carte de la transparence, va-t-elle le rester après la scission du groupe ? Il y a quelques jours, le président de Solvac, Jean-Marie Solvay qui a été membre du conseil d'administration durant 29 ans, et le directeur général de Solvac, Michel Defourny qui a, lui, occupé différents postes durant 30 ans chez Solvay, se sont exprimés à ce propos au cours d'une séance d'information sous forme de webinaire. Jean-Marie Solvay qui affiche une carrière d'entrepreneur bien remplie, a rappelé que Solvay a déjà connu des mutations au fil du temps, en étoffant ses activités dans le secteur des plastiques puis dans la pharmacie. Et cela, avant des désinvestissements dans ces secteurs par la suite pour tenter de se défaire de sa sensibilité aux cycles conjoncturels. La volonté actuelle de Solvay, a-t-il expliqué, est de créer deux pure players, chacun leader dans ses spécialités. Pourquoi ? Parce que l'on sait qu'aujourd'hui, le marché valorise mieux des entreprises disposant de ce profil. Sera-ce encore le cas demain ? On n'en sait rien, à vrai dire. Mais la volonté de Solvac est d'accompagner le processus de scission du groupe et de maintenir sa présence dans les deux entités à venir. Au niveau technique, Solvac continuera d'assurer une présence au sein des deux conseils d'administration, avec 3 administrateurs dont un vice-président du conseil.
"Nous nous considérons comme idéalement placés pour continuer à être l'actionnaire de référence et à soutenir ces deux actifs industriels", a en outre ponctué Jean-Marie Solvay dans son exposé. Comprenons que Solvac restera au capital des deux entités au niveau actuel. Ce ne sera sans doute pas le cas de tous les actionnaires de Solvay qui pourront arbitrer leurs positions en privilégiant soit le versant de la chimie traditionnelle, soit celui des nouvelles technologies et de la croissance de Syensqo. Il est clair que les multiples adoptés par les marchés seront adaptés aux profils des deux entreprises. Ce sera là une source de travail pour les analystes financiers. Mais on sait d'ores et déjà que les objectifs en matière de rémunération des actionnaires seront pour Solvay d'assurer 60 % des dividendes actuels du groupe et pour Syensqo de 40 %. Pour Solvac, en termes de revenus, la scission ne devrait donc rien changer. En revanche l'appréciation des actions du holding belge pourrait évoluer en fonction de celle de ses actifs. En mieux ? C'est en quelque sorte un des objectifs de l'opération.
