La faillite de Van Hool était devenue inévitable: "C'est principalement de la honte par procuration que l'on ressent aujourd'hui"
La faillite de Van Hool était inéluctable. Les conflits familiaux ont trop longtemps miné l'entreprise de l'intérieur. Trois repreneurs vont tenter de sauver une partie de l'emploi. Guido Dumarrey se déclare à nouveau candidat à la reprise.

- Publié le 08-04-2024 à 17h34
- Mis à jour le 08-04-2024 à 20h21

Le couperet est tombé : l'emblématique société flamande Van Hool, l'un des fleurons de l'industrie du nord du pays, a dû faire aveu de faillite lundi, un mois exactement après avoir dû reconnaître lors d'un conseil d'entreprise extraordinaire qu'il y avait péril en la demeure. Un plan de restructuration prévoyait alors de délocaliser la production de bus en Macédoine du Nord, entraînant la perte de quelque 1 100 emplois. Encore fallait-il trouver de l'argent frais pour maintenir l'entreprise à flot et éviter la fin pure et simple des activités. Il n'en a rien été.
Première conséquence de la faillite : les pertes d'emplois seront bien plus élevées que prévu début mars. Deux candidats se sont portés acquéreurs de parties de l'activité de Van Hool : le constructeur néerlandais VDL pour l'activité bus ; ce qui condamne la production d'autocars. L'activité des véhicules industriels passe, quant à elle, dans le giron de GRW, une société partenaire du fabricant allemand de remorques Schmitz Cargobull. VDL serait prêt à réengager entre 300 à 600 personnes et GRW 350 travailleurs. Cela signifie qu'entre 1 550 et 1 850 membres du personnel resteront sur le carreau.
Le groupe VDL est une entreprise familiale dont le siège est situé près d'Eindhoven, et dont le chiffre d'affaires global a été de près de 6 milliards d'euros en 2022. Ce groupe est notamment présent dans la mobilité, avec une offre de navettes autonomes, de bus électriques mais travaille aussi main dans la main avec Toyota sur des engins routiers et des véhicules tout-terrain se déplaçant avec de l'hydrogène. Schmitz Cargobull est pour sa part un constructeur allemand de semi-remorques, de carrosseries et de remorques.
Au-delà de la perte sèche d'autant d'emplois et du choc que cela peut entraîner dans les esprits sur la pérennité de l'outil industriel dans le nord du pays, le patronat flamand se veut rassurant. De nombreux emplois techniques restent en effet vacants. Ils constitueront autant d'opportunités pour les travailleurs licenciés, qui peuvent se prévaloir d'une solide expérience dans une entreprise renommée. "Déjà 113 entreprises technologiques nous ont communiqué un total de 1 161 postes vacants", a expliqué la directrice générale d'Agoria Vlaanderen, Jolyce Demely. La casse sociale réelle devrait donc être moins élevée que le nombre sec de licenciements.
Comment en est-on arrivé là ? Lorsqu'une entreprise fait faillite, c'est bien entendu parce que le business connaissait quelques ratés. Van Hool a ainsi pris du retard dans l'électrification de sa gamme de bus, qui est rapidement devenue un must pour de nombreuses entreprises de transport publics. De plus, ses coûts de fabrication n'étaient pas forcément concurrentiels. Ce qui avait d'ailleurs poussé la société flamande De Lijn à passer commande de quelque 500 bus électriques auprès du constructeur chinois BYD en début d'année. La démarche était purement budgétaire : ces bus, fabriqués en Slovaquie, étaient 20 % moins chers que l'offre de l'entreprise flamande.
Querelles intestines
Van Hool, c'est aussi une entreprise familiale déchirée par des conflits entre les héritiers du patriarche – Bernard Van Hool, décédé en mars 1974, voilà donc 50 ans. Les actions de l'entreprise ont été divisées entre ses huit fils avec chacun une proportion équivalente – ce qui n'était pas vraiment propice pour que tout ce petit monde puisse parler d'une seule voix – alors que les deux filles étaient tenues à l'écart. C'était donc parti pour de belles querelles intestines, notamment devant les tribunaux. "La difficile histoire familiale et les conflits au sein de la famille Van Hool planent comme une ombre sur l'avenir de l'entreprise et de ses employés", avait souligné voilà quelques semaines, Christophe Van Audenhove du syndicat libéral ACLVB.
C'est principalement de la honte par procuration que l'on ressent aujourd'hui."
Bien sûr, Van Hool manquait d'argent frais. Bien sûr, les banques ont rechigné à remettre de l'argent dans le pot. Bien sûr, un miracle n'était pas attendu pour sauver totalement l'entreprise de ses tourments. Mais voilà, il fallait que les actionnaires se mettent d'accord pour surmonter leurs différends familiaux afin de sortir l'entreprise de l'ornière. Marc Zwaaneveld, le gestionnaire de crise, avait été clair à ce sujet : sans accord sur les litiges juridiques en cours, aucun repreneur ne se jetterait à l'eau en ayant au-dessus de la tête une épée de Damoclès. "Nous ne sommes pas psychologues de famille", a déclaré une représentante du syndicat chrétien ACV/CSC dans la foulée de l'annonce de la faillite. "C'est principalement de la honte par procuration que l'on ressent aujourd'hui. La seule chose dont nous pouvons être fiers, c'est la manière dont le personnel a surmonté cette agonie." Le mot agonie est juste puisque les enfants et petits-enfants du fondateur ont vu l'entreprise s'éteindre à petits feux au cours des quatre dernières semaines. Pour les syndicats, cette issue tend à trouver que la famille ne souhaitait pas sauver de l'entreprise. L'opposition a quant à elle critiqué le gouvernement flamand, qu'il juge responsable de cette issue.
La faillite permet en tout cas de dégager l'horizon de Van Hool. L'un des curateurs estime même que l'activité pourrait reprendre dans les prochains jours.
C4
Le Belge Guido Dumarey s'était positionné dans ce contexte de faillite. Il promettait même la sauvegarde de 1 800 emplois sur les 2 500 et surtout le maintien de la production des autobus en Flandre. Il jetait l'éponge avant, lundi soir, de faire marche arrière et de se redéclarer candidat à la reprise.
Finalement, Guido Dumarey et deux entreprises étrangères sont donc sur les rangs pour reprendre en tout ou en partie l'enttreprise Van Hool, le jour même où une enquête menée auprès de 1 600 entreprises par l'organisation patronale flamande Voka montrait que l'ancrage de l'industrie en Flandre est la priorité numéro un des chefs d'entreprise flamands.
La faillite permet en tout cas de dégager l'horizon de Van Hool. L'un des curateurs estime même que l'activité pourrait reprendre dans les prochains jours lorsque de nouveaux contrats auront été signés.
