Mastercard, Visa, Apple Pay : l'Europe paie, les Américains encaissent
Les trois fédérations belges du commerce et des PME tirent la sonnette d'alarme sur une mainmise américaine qui coûte cher aux commerçants.

- Publié le 28-04-2025 à 08h08
- Mis à jour le 14-11-2025 à 13h47

Un client paie avec sa carte. Bip, c'est validé. Il repart avec son sandwich ou ses baskets. Ce qu'il ne voit pas, c'est que derrière ce geste, les commerçants commencent à voir rouge. C'est du moins ce qu'affirment les fédérations professionnelles UNIZO, Comeos et UCM. En Belgique, ceux-ci voient arriver (encore un peu plus) une déferlante américaine dans leurs terminaux : Visa, Mastercard, Apple Pay, Google Pay. Et cette vague, dénoncent Unizo, Comeos et UCM, pourrait leur coûter cher.
Pour les chèques-repas et les écochèques par exemple. Jusqu'ici, ces titres-repas étaient gérés par leurs émetteurs, c'est-à-dire Edenred, Monizze, Sodexo, via leurs propres réseaux. Mais voilà que certains d'entre eux se mettent à intégrer le système de paiement Mastercard à leurs cartes. Un commerçant qui accepte déjà Mastercard pourra donc aussi encaisser des chèques-repas, sans rien changer à son terminal. Pratique ? Oui. Sauf que ce nouveau circuit implique des frais supplémentaires, facturés cette fois par Mastercard. "Pour le client, rien ne change, mais le commerçant reçoit la facture", dénoncent les organisations dans un communiqué commun.
Pour les commerçants, c'est donc un coup dur. Aujourd'hui, accepter une carte bancaire classique leur coûte par exemple 12 centimes pour un achat de 100 euros. Un chèque-repas, déjà plus : entre 1 et un 1,55 euro. Un écochèque ? Jusqu'à 2,75 euros. Mais demain, si tout transite par Visa ou Mastercard, l'addition risque de s'alourdir sérieusement. Selon une étude citée par les fédérations, dans les pays où les chèques-repas passent déjà par ces géants américains, les commerçants paient jusqu'à vingt fois plus qu'un paiement classique.
Problème pour les paiements mobiles
Le nœud du problème ne réside pas seulement dans la spécificité des chèques. Les portefeuilles numériques sur smartphone avancent, eux aussi, leurs pions. Les modes de paiements mobiles américains Apple Pay et Google Pay gagnent aussi du terrain, surtout chez les jeunes. Et de plus en plus de commerçants n'ont plus le choix : il faut accepter ces modes de paiement pour rester dans la course.
Mais une fois encore, Bancontact est tenu à l'écart. À l'exception de Belfius, les banques belges n'autorisent pas d'intégrer le système Bancontact dans ces wallets digitaux. Résultat : au moment de payer avec son smartphone, le client n'a que Visa ou Mastercard en option. Et pour le commerçant, le coût grimpe à nouveau, d'autant plus si le montant dépensé est élevé. Selon les organisations, un paiement en ligne via Bancontact revient à 0,39 euro. Avec Visa Debit ou Debit Mastercard, il faut compter un tarif fixe entre 20 et 24 centimes, mais auquel s'ajoute une commission allant jusqu'à 1,78 % du montant.
"C'est important de se découpler des États-Unis. C'est maintenant qu'il est essentiel de se concentrer sur des solutions domestiques"
Une mainmise américaine
Pour UNIZO, Comeos et l'UCM, ces changements sont un cri d'alerte afin de réaffirmer une souveraineté économique nationale et européenne. Il y a quelques semaines, alors en pleine instabilité face aux annonces de droits de douane par Donald Trump, la présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde appelait justement à réduire la dépendance européenne aux acteurs américains dans les infrastructures de paiement. Sauf qu'à l'heure actuelle, les systèmes de paiement sont largement dominés par des géants non européens : Visa, Mastercard, Apple, Google…
Les trois organisations demandent donc aux autorités belges d'agir. D'abord, en instaurant un plafond légal sur les commissions que les émetteurs de chèques peuvent facturer aux commerçants, que le traitement passe ou non par des réseaux comme Mastercard. Ensuite, en garantissant l'intégration de Bancontact dans les "wallets" numériques, pour rétablir une concurrence plus équilibrée. "C'est important de se découpler des États-Unis. C'est maintenant qu'il est essentiel de se concentrer sur des solutions domestiques", conclut Lucas Devogel, économiste chez Comeos.
