"Depuis le Covid, les rayons de la grande distribution ont grandi pour les boissons sans alcool, cela attire la curiosité"
Les ventes de la catégorie sont en très forte croissance, mais représentent encore moins de 2 % du total.

- Publié le 30-08-2025 à 11h03

"Certains disent que le vin sans alcool n'est pas du vin car il n'y a pas d'alcool. Le vin sans alcool, c'est bien du vin", atteste Anne Stassen, COO de Néobulles, qui propose justement la gamme Vintense de vins sans alcool ou plutôt désalcoolisés depuis 2011 après une première expérience menée dès 1988 avec le cidre. "Nous partons d'un vin qui été fermenté auquel on ajoute une étape supplémentaire".
La proposition, en tout cas, séduit de plus en plus. La croissance de la gamme Vintense ne se dément pas, année après année, en moyenne de l'ordre d'une dizaine de pour cent. C'est aujourd'hui une production annuelle de 23 000 hectolitres. "Nous vendons 50 % de notre production en Belgique, un marché sur lequel nous sommes leader".
Vins pétillants au top
La catégorie est en tout cas en forte progression, séduisant de plus en plus de consommateurs. "L'année dernière, les dépenses chez Colruyt Meilleurs Prix ont enregistré une croissance encore plus marquée que les années précédentes, avec une hausse de près de 30 %. Cette progression a été principalement tirée par le vin pétillant sans alcool, en hausse de plus de 40 %, contre plus de 15 % pour le vin non-pétillant. En volume, la croissance est encore plus frappante : + 35 % pour l'ensemble du segment des vins sans alcool, avec + 46 % pour les vins pétillants et + 23 % pour les vins non-pétillants", explique Océane Trombetta, du service de presse de Colruyt.
Chez Spar (groupe Colruyt) les volumes ont suivi une tendance similaire : les vins pétillants ont augmenté 36 % et les vins non-pétillants de 3 %.
"Nous observons une progression de 18 % par rapport à la même période de l'an dernier", relate pour sa part Karima Ghozzi, porte-parole ces Delhaize. "Nous dépassons la barre des 600 000 bouteilles de vin sans alcool vendues".
"Depuis le Covid, les rayons de la grande distribution ont grandi pour les boissons sans alcool, cela attire la curiosité", souligne Anne Stassen.
Si la progression est au rendez-vous, les ventes ne bousculent pas pour autant le segment. "La catégorie vins sans alcool reste petite et représente plus au moins 1.5 % du total de la catégorie vins", souligne Karima Ghozzi. Chez Spar, le vin sans alcool atteint 1,7 % de l'ensemble de la catégorie. Le vin mousseux sans alcool, quant à lui, correspond à 5,9 % du volume total de la catégorie bulles.
"Les vins blancs et les mousseux supportent très bien la désalcoolisation, ce qui permet d'arriver à de très bons résultats", note Anne Stassen. C'est plus difficile avec le vin rouge, qui offre toutefois de belles propositions.
Le vin sans alcool pâtit toutefois d'un prix supérieur à un vin alcoolisé. C'est en soi logique. "Nous perdons 15 % de liquide au cours du processus de désalcoolisation". Il faut ensuite "le retravailler un peu" car le vin désalcoolisé est déséquilibré.
Moins de 0,5 %
Pour les vins en dessous de 0,5 % de degré d'alcool – soit le taux maximum pour les produits pouvant se définir comme sans alcool, ce qui est aussi le cas de la bière – , les ajouts sont réglementés car ils appartiennent toujours à la catégorie vins au regard de la législation. "On ne peut rajouter que ce qui se trouve déjà dans le vin alcoolisé, comme des tannins". Pour le vin à 0,0 %, destiné au marché du Proche-Orient par exemple, le processus de désalcoolisation est total. La marge de manœuvre est toutefois plus large. "Ces boissons n'entrent plus dans le cadre de la législation concernant les vins, ce qui nous offre plus de liberté".
Le résultat final, en tout cas, ce n'est pas de la piquette. "Nous proposons des produits similaires en termes d'expérience à la version alcoolisée".
Le tout est d'avoir un bon produit au départ. "Nous sélectionnons les vins que nous désalcoolisons avec des œnologues. Tous les bons vins ne font pas forcément de bons vins désalcoolisés et un mauvais vin fera un mauvais vin désalcoolisé. Il faut bien choisir".
Le but est bien entendu de toucher le public intéressé par une alternative désalcoolisée alors que la consommation de vin a chuté de 24 % au cours des dix dernières années dans l'Union européenne. Les amateurs de vin sont toujours aussi nombreux, mais ils boivent moins. Or, 45 % des consommateurs alternent justement la consommation d'une boisson alcoolisée et non-alcoolisée.
Public cible
C'est la cible privilégiée. "Ce ne sont pas les personnes qui ne boivent jamais d'alcool qui vont soudainement avoir envie de tester nos vins".
"Le profil des acheteurs est un mix : des femmes enceintes, les gens qui cherchent des alternatives sans alcool,…", remarque Delhaize. "Les vins non-pétillants, en particulier, enregistrent une proportion plus élevée de consommateurs âgés de plus de 55 ans que la moyenne. Cette tendance est moins marquée pour les vins pétillants sans alcool, dont le profil de clientèle se rapproche davantage de celui observé pour les bières sans alcool", note Océane Trombetta.
Le potentiel est là. "Il apparaît toutefois que les consommateurs ne sont pas encore pleinement réceptifs à ce type de produit. Une des raisons possibles réside dans le goût : les vins non-pétillants sans alcool restent pour l'instant sensiblement éloignés du profil aromatique des versions alcoolisées".
"Si vous goûtez l'un de nos vins avant et après désalcoolisation, les grandes lignes directrices restent les mêmes", assure en tout cas Anne Stassen, qui note désormais un intérêt de l'Horeca pour la gamme Vintense. "Il y a cinq ans, les portes étaient fermées".
Ses vins s'exportent notamment au Canada, au Japon et au Moyen-Orient. "Nous sommes présents à l'hôtel Atlantis de Dubai, l'un des plus luxueux au monde".
