GSK Belgique en eaux troubles ? "Les décisions qui descendent du siège britannique sont plus dures"
Le groupe britannique GSK, fer de lance de la pharma wallonne, est l'un des plus gros employeurs privés de la Région. Mais l'emploi, selon un document interne que nous avons pu consulter, est sous pression. Le tout dans une période compliquée provoquée par le protectionnisme imposé par Donald Trump.


- Publié le 05-09-2025 à 11h04
- Mis à jour le 08-09-2025 à 10h46

Le secteur "fleuron" de l'économie wallonne, qui représente plus de la moitié de ses exportations, est en souffrance. La pharma est dans une mauvaise passe. Un coup dur pour une région déjà sous pression.
Parmi les champions du secteur, le géant GSK, présent à Wavre et Rixensart, naviguerait en eaux plus ou moins troubles. Si la direction affirme qu'aucun plan social n'est à l'agenda, plusieurs témoignages internes décrivent un climat tendu, où les signaux de rigueur budgétaire se multiplient.
Des contrats plus précaires et un climat de méfiance
Pour Olivier (nom d'emprunt), ancien employé en CDD devenu consultant, la tendance est claire : "GSK ne prolonge quasiment plus les CDD. On renouvelle une fois, puis il faut postuler sur un autre poste, avec un nouvel intitulé." Une stratégie de contournement du CDI. Un témoignage recoupé par plusieurs autres.
Selon lui, le nombre de collaborateurs a déjà fondu ces dernières années : "Ils se sont séparés de beaucoup de monde." Précisons également que GSK dispose également de consultants externes qui travaillent au quotidien sur leurs sites, comme des employés, mais sans le même statut.
"Depuis le retour de Trump, on voit que ça a un impact sur GSK au Royaume-Uni. Les décisions qui descendent du siège deviennent plus dures"
Si Olivier reconnaît que la direction belge est "relativement sympa", il estime que la pression britannique se fait de plus en plus sentir : "Depuis le retour de Trump, on voit que ça a un impact sur GSK au Royaume-Uni. Les décisions qui descendent du siège deviennent plus dures." Un sentiment partagé par plusieurs, mais qui reste difficile à objectiver.
"Une chape de plomb"
Camille (nom d'emprunt), employée de longue date, décrit une transformation progressive : "Le déclin a commencé quand McKinsey est arrivé il y a deux ou trois ans, avec ses outils de contrôle et de mesure du temps."
"Le déclin a commencé quand McKinsey est arrivé."
Au quotidien, la réduction des avantages symboliques pèse sur le moral : "Plus de corbeilles de fruits, plus de restaurants VIP… Ce sont des économies dérisoires, mais cela envoie un signal clair : une chape de plomb s'installe."
Les résultats financiers n'apaisent pas les inquiétudes. "En 2023, le segment GSK Vaccins (où une grande partie des activités se déroule en Belgique, NdlR) a fait environ 9 milliards d'euros de chiffre d'affaires ; en 2024, c'était un milliard de moins. Mais les dividendes des actionnaires, eux, n'ont jamais été aussi élevés", constate-t-elle. Notons que la politique de dividendes n'est pas forcément directement calquée sur le chiffre d'affaires. Mais GSK a tout de même bien légèrement augmenté le montant des dividendes à verser pour 2024.
Pression sur la main-d'œuvre
La masse salariale est également sous pression. "On est passés de 9 100 à un peu plus de 8 500 collaborateurs. Je pense qu'il y aura tôt ou tard un plan de départs volontaires", redoute Camille.
Catherine (nom d'emprunt), une autre employée, est quant à elle convaincue que l'entreprise ne mettra pas en place de plan Renault. Selon elle, la raison est simple : "L'entreprise veille à ne pas dépasser un certain nombre de licenciements chaque mois. Tant qu'elle reste en dessous de ce seuil, elle n'est pas obligée de mettre en place un plan Renault. Ils font ça depuis des années, ils savent très bien ce qu'ils font."
Précisons que la loi Renault intervient si, pour une entreprise de la taille de GSK (plus de 300 travailleurs), au moins 30 salariés sont licenciés sur une période de 30 jours.
"L'ambiance est devenue insupportable."
"Parfois, je vais sur LinkedIn et je vois des collègues chercher du travail, parce qu'ils viennent d'être virés. Dans certaines équipes, beaucoup de monde a été licencié, surtout les plus âgés. Ailleurs, on met en concurrence des salariés présents depuis des dizaines d'années. Ils doivent parfois même repasser des entretiens. L'ambiance est devenue insupportable", précise-t-elle.
Un quatrième employé, Mathieu (nom d'emprunt), pointe un autre phénomène : "Les salaires restent bons, mais la tendance est claire : il y a plus de responsabilités pour le même salaire. À ce rythme, tu finis CEO mais payé comme un simple employé."
La direction répond : "Pas de plan social"
Face à ces témoignages, GSK temporise. Elisabeth Vandamme, porte-parole du groupe, balaie l'idée d'une restructuration imminente : "Quand on a des choses à annoncer, on prévient d'abord l'interne. Je n'ai pas d'annonce officielle. Il y a des ajustements, oui, mais pas de quoi justifier une communication externe. Et certains cas spécifiques ne peuvent pas être généralisés", affirme-t-elle.
"C'est peut-être du ressenti, mais ce n'est pas un sujet de discussion."
Quant aux rumeurs de pressions venues de Londres ou des États-Unis, la porte-parole reste prudente : "C'est peut-être du ressenti, mais ce n'est pas un sujet de discussion officiel."
Et sur l'emploi, elle insiste : "GSK a toujours eu environ 9 000 collaborateurs en Belgique."
Pourtant, un document interne officiel que nous avons pu obtenir à bonne source (dont le tableau est reproduit ci-dessous) nous indique tout de même une certaine pression sur l'emploi. En un an, une petite centaine de CDI sont passés à la trappe et près de 400 emplois en tout.
Enfin, si le protectionnisme provoqué par le président américain Donald Trump n'aide pas les firmes pharma à y voir clair à moyen terme, ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain : le secteur reste solide en Belgique et représente, avec la chimie, plus de 50 % des exportations wallonnes. Un atout indéniable à maintenir.
