Un million de sièges en moins, Ryanair annonce de fortes coupes en Belgique : "Les prix vont s'envoler à cause de cette taxe"
La compagnie irlandaise va retirer cinq avions de l'aéroport de Charleroi et supprimer 20 liaisons depuis la Belgique. "Des milliers d'emplois sont en péril", selon Ryanair.

- Publié le 09-12-2025 à 10h00
- Mis à jour le 09-12-2025 à 13h14
Nouveau coup de tonnerre dans le ciel belge. Ryanair annonce des coupes drastiques dans notre pays. En cause ? Deux nouvelles taxes : celle de l'Arizona sur les billets d'avion qui doit entrer en vigueur début 2027, et la nouvelle taxe communale à Charleroi.
Pour rappel, la taxe fédérale passe de cinq à dix euros pour les vols de plus de 500 km, soit l'immense majorité des vols de Ryanair. Le montant passera même à 11 euros en 2029. Parallèlement, la Ville de Charleroi veut instaurer dès 2026 une taxe communale de 3 euros par passager au départ de l'aéroport wallon, et ce pour "soutenir son budget local".
Des mesures qui ne passent pas auprès du siège de Ryanair à Dublin. "Cette augmentation significative des coûts d'accès rend la Belgique totalement non compétitive par rapport à d'autres marchés européens, où les gouvernements suppriment les taxes sur l'aviation, dénonce Jason McGuinness, le directeur commercial de Ryanair. Même l'Allemagne a désormais reconnu que ce genre de taxes ne fonctionne pas et a revu sa décision de les augmenter".
Si le gouvernement souhaite réellement relancer l'économie belge, il devrait supprimer cette taxe aérienne néfaste."
Cinq avions en moins
Ryanair annonce donc qu'elle va supprimer un million de sièges (-22 %)de son programme hivernal 2026/2027 en Belgique. La compagnie va retirer 5 avions ("soit une perte d'investissement de 500 millions de dollars") de sa base de Charleroi et 20 liaisons (13 au départ de Charleroi et 7 au départ de Zaventem) depuis notre pays. Pour rappel, "l'hiver" débute fin octobre et se termine fin mars dans le secteur aérien.
Cet été, Ryanair avait 18 avions stationnés à l'aéroport de Charleroi, ce qui en fait sa troisième plus grande base européenne. Depuis 2022, la compagnie irlandaise n'a plus d'aéronefs basés à Zaventem, ce qui n'empêche pas l'aéroport de Bruxelles de toujours proposer certains vols du transporteur aérien low cost.
La direction de Ryanair a envoyé plusieurs lettres à des responsables politiques belges, ce mardi matin. L'une est notamment adressée au premier ministre Bart de Wever (N-VA), une autre au bourgmestre de Charleroi, Thomas Dermine (PS).
Dans la première missive, les Irlandais appellent l'Arizona à "supprimer la taxe aérienne, sans quoi le trafic belge s'effondrera et les tarifs vont s'envoler". "Si le gouvernement souhaite réellement relancer l'économie belge, il devrait supprimer cette taxe aérienne néfaste afin de générer davantage de trafic et de tourisme, et non la doubler", insiste Jason McGuinness. Selon lui, il y a un risque que "le tourisme, l'emploi et l'économie belge dans son ensemble s'effondrent davantage".
Le directeur financier reproche au gouvernement belge d'avoir introduit "deux taxes" en un laps de temps de six mois. "Ce sont des décisions bizarres".
Dans la lettre envoyée à Thomas Dermine, la menace est encore plus claire et plus proche. "Si le conseil communal de Charleroi maintient sa proposition folle d'introduire de nouvelles taxes, ces réductions s'aggraveront dès avril 2026, mettant en péril des milliers d'emplois locaux", écrit la direction de la compagnie low cost.
Menaces et chantage à l'emploi, on reconnaît le style de Ryanair. Reste à voir si les Irlandais iront au bout de leur logique, quitte à se tirer une (petite) balle dans le pied. La Libre avait ainsi révélé que Charleroi était, en 2024, la grande base la plus rentable du réseau Ryanair.La compagnie gagnait ainsi près de 20 euros par passager passant par l'aéroport wallon.
"Ces taxes n'aident pas l'environnement"
Willie Walsh, le directeur général de l'Association internationale du transport aérien (Iata) a réagi à l'annonce d'augmentation de taxes de plusieurs pays européens, dont la Belgique. "Ces taxes n'aident pas l'environnement. Bien au contraire", explique l'Irlandais depuis Genève où ont lieu les traditionnelles journées "médias" de l'Iata.
"Il est très facile pour des gens un peu malins d'éviter de payer ces taxes".
"Ce qui aiderait vraiment à réduire la pollution, ce serait de laisser les compagnies aériennes gagner assez d'argent pour pouvoir investir dans une flotte propre. Ces taxes ne réduisent pas le CO2 mais le nombre de personnes qui prennent l'avion dans le pays qui les imposent. Au final, elles sont souvent inefficaces et rapportent très peu d'argent. Il y a d'autres manières plus intelligentes pour un pays de réduire son déficit budgétaire".
"Très facile d'éviter ces taxes"
Selon l'ancien patron de British Airways, les nouvelles taxes belges vont, au contraire, créer des "dégâts économiques" dans le pays. "On l'a vu il y a quelques années quand les Pays-Bas ont introduit de nouvelles charges aériennes. Que s'est-il passé ? Les gens ont pris leur voiture et pris l'avion dans des aéroports de pays voisins comme la Belgique ou l'Allemagne. Les passagers sont très inventifs pour éviter de payer plus cher. On est dans une industrie mondiale et il est très facile pour des gens un peu malins d'éviter de payer ces taxes".
