La Belgique mieux positionnée que d'autres pays européens face à la menace de Trump sur les moyens de paiement
Et si Trump décidait de couper l'accès des Européens à des géants américains de la finance, comme Visa, Mastercard ou American Express… Un scénario fiction. Vraiment ?

- Publié le 13-02-2026 à 12h55
- Mis à jour le 13-02-2026 à 18h13

Emmanuel Macron l'a encore rappelé cette semaine au journal Le Monde : malgré la récente reculade du président américain sur le brûlant dossier du Groenland, la vigilance s'impose face à Trump. "Il y a eu une forme de lâche soulagement au sortir de la crise sur le Groenland comme à l'été 2025, après la signature de l'accord entre l'Union européenne (UE) et les États-Unis sur les droits de douane. Il y a les menaces et les intimidations. Et, puis, d'un seul coup, Washington recule. Et on pense que c'est fini. Mais n'y croyez pas une seule seconde. Chaque jour, il y a de nouvelles menaces sur la pharmacie, le numérique…", a prévenu le président français qui appelle l'Europe à ne pas faire preuve de naïveté.
"Infrastructure critique"
C'est désormais un fait : l'Amérique de Trump est devenue imprévisible. Ces dernières semaines, la presse américaine a évoqué dans ses colonnes la possibilité pour Trump de couper l'accès des Européens aux géants américains des paiements, comme Visa, Mastercard ou American Express, preuve que ce scénario qui rentre dans ce que l'on appelle la "coercition économique" fait bien partie à Washington des options possibles en cas de tensions extrêmes avec les Européens.
"Un pays ou un continent qui ne maîtrise pas ses propres outils de paiement s'expose au risque de voir son commerce intérieur paralysé."
"Sommes-nous réellement conscients de notre dépendance aux infrastructures de paiement extra-européennes ?", s'interrogeait il y a peu Nathalie Vandepeute, CEO de Bancontact Payconiq Company, dans une chronique publiée sur La Libre. Et de préciser également : "Un pays ou un continent qui ne maîtrise pas ses propres outils de paiement s'expose ainsi au risque de voir son commerce intérieur paralysé, ses terminaux muets et ses entreprises incapables de percevoir leurs revenus, sur simple décision prise à des milliers de kilomètres de nos frontières. Si l'Europe veut un modèle réellement résilient, elle doit traiter le paiement comme une infrastructure critique, au même titre que l'énergie ou les télécommunications."
Paiements mobiles
Alors, serions-nous réellement, en Europe, voire en Belgique, à la merci de Donald Trump ? La situation est, en réalité, très différente d'un pays à l'autre.
Mais d'abord un chiffre interpellant pour fixer les esprits : la Banque centrale européenne (BCE) rapportait qu'au premier semestre de 2024, deux tiers des transactions par carte en zone euro étaient assurées par Visa et Mastercard.
Notre dépendance vis-à-vis des États-Unis ne se limite pas aux cartes physiques : elle est quasi-totale dans le domaine des paiements mobiles et des applications de paiement pour le commerce en ligne, dont les grands acteurs – Google Pay, Apple Pay ou PayPal - sont tous américains, même si des alternatives, comme Revolut (société britannique), font leur apparition.
Neuf pays européens mieux armés
En réalité, seuls neuf pays de l'Union européenne peuvent s'appuyer sur des solutions technologiques nationales. C'est donc le cas de la Belgique avec Bancontact Payconiq Company mais aussi de la France, de l'Allemagne, de l'Italie ou du Portugal. Mais, attention, ces solutions locales ne permettent pas toujours de faire des achats en ligne transfrontaliers (Bancontact Payconiq Company est intégré dans des sites internationaux comme bol.com ou Vinted) ou des opérations bancaires à l'étranger. Mais, pour les autres pays européens, la dépendance aux géants américains des paiements est donc quasi-totale, en ce compris les paiements nationaux.
Pour tenter de reprendre la main et regagner une souveraineté dans ce domaine, l'Europe avance ses pions, notamment avec la technologie de paiements Wero lancée par un consortium de banques européennes. Le projet d'euro numérique participe à la même logique.
Les armes à disposition de l'Europe
Quelles sont les armes dont dispose l'Europe en cas de conflit économique ouvert avec les États-Unis ? Trois leviers pourraient être activés. Il y a celui, assez classique, des droits de douane qui pourraient être relevés sur les produits américains entrant sur le sol européen.
Nettement plus délicate à mettre en œuvre, une riposte financière à travers la vente massive de bons du Trésor américain, ce qui renchérirait le coût de financement de la dette américaine. Mais ce scénario entraînerait des dégâts collatéraux pour l'Europe et un risque de déstabilisation des marchés financiers. Pas évident donc.
Reste encore la carte Euroclear, une société dont on a beaucoup parlé, il y a quelques semaines, lorsque la question d'une confiscation des avoirs russes était sur la table des Européens. La Belgique, par la voix de Bart De Wever, s'y était opposée. On voit mal comment cette carte pourrait être appliquée pour confisquer les avoirs de l'Oncle Sam.
