"Vous pouvez débrider un F-35 comme un iPhone"
Les propos d'un dirigeant néerlandais relancent la question du contrôle américain sur les F-35 en service en Europe.

- Publié le 18-02-2026 à 17h29

Ce n'est pas tous les jours qu'un responsable politique compare un avion de chasse à un smartphone. Au micro de la radio néerlandaise BNR, le secrétaire d'État à la Défense Gijs Tuinman a pourtant franchi le pas. "Vous pouvez débrider un F-35 comme un iPhone", lance-t-il.
Une petite phrase qui touche un point sensible du programme d'avion de combat américain, d'autant plus dans un contexte de tension entre le président Donald Trump et l'Europe au sujet du dossier Groenland. Elle soulève en tout cas un enjeu central pour les pays européens dotés du F-35, Belgique comprise : jusqu'où s'étend réellement leur autonomie ?
Pas de "bouton d'arrêt", mais…
Il faut savoir que depuis des mois, certains évoquent l'existence d'un "kill switch" (un "bouton d'arrêt") qui permettrait aux États-Unis d'empêcher à distance un F-35 étranger de décoller. Seulement, aucune preuve ne démontre qu'un bouton rouge permet d'immobiliser instantanément un appareil allié.
En revanche, le fonctionnement du F-35 repose sur une architecture numérique centralisée. Concrètement, l'avion dépend du système appelé ODIN, qui assure le suivi technique, la maintenance, la gestion des pièces de rechange et les mises à jour logicielles. Et sans mises à jour, ses performances se dégradent progressivement.
Débrider un F-35, un pari risqué ?
Avec ce système, il existe donc une dépendance structurelle avec le réseau américain. Et c'est justement ce verrou numérique que Gijs Tuinman semble suggérer de contourner.
Dans le monde des smartphones, "débrider" signifie modifier le système d'exploitation pour contourner des limitations imposées par le fabricant. En faisant cela, l'utilisateur gagne en liberté, mais prend aussi le risque de fragiliser son appareil.
Et transposé au F-35, le parallèle change évidemment d'échelle. On ne parle plus d'une simple application bloquée, mais d'un avion de combat dont l'architecture logicielle constitue le cœur même des performances. Le système embarqué du F-35 représente plus de huit millions de lignes de code. Les modifier pourrait alors entraîner des dysfonctionnements, compliquer la maintenance et, surtout, couper l'accès aux mises à jour officielles ainsi qu'au réseau logistique international piloté par le constructeur Lockheed Martin. En d'autres termes, s'émanciper du système pourrait aussi signifier s'isoler.
À noter que seuls deux pays disposent aujourd'hui d'une véritable marge de manœuvre logicielle, selon le média spécialisé Zone Militaire. Le Royaume-Uni, partenaire du programme, et Israël, qui a obtenu l'autorisation d'adapter ses F-35 à ses propres besoins opérationnels. Les Pays-Bas, comme la Belgique, ne bénéficient pas officiellement d'un tel accès.
La sortie de Gijs Tuinman peut dès lors être lue de deux façons. Soit comme l'évocation d'une possibilité technique rarement évoquée publiquement. Soit comme un signal politique de volonté d'indépendance adressé aux États-Unis dans ce contexte de tensions.
Un problème de coût
En Belgique, le débat sur le F-35 ne date pas d'hier. À l'automne 2025, à l'aube de l'arrivée de ses fameux avions de chasse sur le territoire, les discussions portaient surtout sur le coût. Plus de 110 millions d'euros par appareil, un casque de pilote avoisinant les 400 000 euros et un coût à l'heure de vol régulièrement critiqué par certains experts. "Ce surcoût incontrôlé va limiter les possibilités d'autres armes aériennes belges", indiquait Xavier Tytelman, ancien aviateur et expert en aéronautique, dans nos colonnes.
L'armée belge défend en tout cas son choix, estimant qu'aucune alternative ne propose aujourd'hui le même niveau de capacités. Les retombées industrielles attendues sont évaluées à environ deux milliards d'euros - bien qu'une source issue du secteur nous révélait qu'elles étaient bien inférieures en réalité - et plusieurs centaines d'emplois, même si elles restent loin de l'impact qu'avait représenté le programme F-16.
