Renvoyés par mail, remplacés par l'IA ? Ce que cachent les dizaines de milliers de licenciements chez Oracle
Des milliers d'employés d'Oracle ont été licenciés sans préavis, par simple e-mail. Des coupes massives, alors que le groupe investit des milliards de dollars dans l'intelligence artificielle.

- Publié le 02-04-2026 à 16h08
- Mis à jour le 02-04-2026 à 16h46

"Aujourd'hui est votre dernier jour de travail". C'est par cette phrase brutale, reçue par e-mail, que des milliers d'employés d'Oracle ont appris leur licenciement ce mardi 31 mars.
Dans ce courriel consulté par Business Insider, la société américaine de logiciels, dirigée par le milliardaire Larry Ellison, explique sa décision par "les besoins actuels de l'entreprise" et annonce la suppression du poste "dans le cadre d'une réorganisation plus large". Dans la foulée, les salariés sont prévenus, "l'accès à votre ordinateur, à votre messagerie électronique, à votre messagerie vocale et à vos fichiers sera bientôt désactivé, et vous ne pourrez plus vous connecter à votre ordinateur". Ils doivent aussi fournir une adresse e-mail personnelle pour recevoir les documents liés à leur départ.
Un message impersonnel, envoyé aux aurores. Mais surtout sans préavis. Plusieurs témoignages évoquent une annonce découverte au réveil, sans aucun signal préalable. Selon la BBC, les employés concernés se sont vu proposer une indemnité équivalente à un mois de salaire.
Jusqu'à 30 000 personnes concernées
Oracle n'a pas communiqué officiellement sur l'ampleur du plan social. Mais des estimations circulent. Certains experts dans les médias estiment jusqu'à 30 000 suppressions de postes. Un employé, interrogé par le média anglais, parle de minimum 10 000 personnes, en s'appuyant sur une chute du nombre d'utilisateurs actifs sur Slack, l'outil de messagerie interne de l'entreprise.
L'utilisation d'outils de codage par IA au sein d'Oracle permet à des équipes d'ingénieurs plus réduites de fournir des solutions plus complètes à nos clients, plus rapidement".
Sur le réseau social LinkedIn, les messages d'employés licenciés se sont multipliés depuis. Les coupes toucheraient plusieurs divisions, du cloud (le stockage de données à distance) aux ventes, en passant par Oracle Health, la division santé du groupe. Surtout, elles concernent des profils expérimentés. Des "ingénieurs seniors, architectes, responsables opérationnels, chefs de programme et spécialistes techniques", énumère Michael Shepherd, un cadre de l'entreprise non concerné par les licenciements. Ce dernier insiste sur un point : "Les personnes concernées n'ont pas été licenciées en raison de ce qu'elles ont fait ou n'ont pas fait."
Pourquoi cette vague de licenciements ?
Si le travail fourni par les employés n'ont pas eu d'incidence sur ces suppressions d'emplois, que pourrait bien être la cause ? Il faut savoir qu'Oracle accélère très fortement sur l'intelligence artificielle depuis plusieurs mois. Le groupe prévoit d'y consacrer au moins 50 milliards de dollars cette année, notamment pour développer ses infrastructures.
L'entreprise participe aussi au projet Stargate, un programme gigantesque de 500 milliards de dollars sur quatre ans, destiné à renforcer les capacités de centres de données aux États-Unis.
L'IA semble donc être le cœur des préoccupations de l'entreprise, à la fois pour "répondre à la demande de ses clients", mais aussi dans sa propre structure interne. "L'utilisation d'outils de codage par IA au sein d'Oracle permet à des équipes d'ingénieurs plus réduites de fournir des solutions plus complètes à nos clients, plus rapidement", expliquait encore début d'année Mike Sicilia, co-CEO d'Oracle, qui semble dire à demi-mot qu'avec l'IA, il sera possible de produire plus avec moins de salariés.
À noter que l'entreprise ne fait pas officiellement le lien entre ces investissements et les licenciements. Mais force est de constater qu'ailleurs dans la tech, plusieurs dirigeants vont dans le même sens.
En janvier dernier, Amazon a annoncé la suppression de 16 000 postes, après en avoir déjà supprimé 14 000 en octobre 2025. Meta a également engagé de nouvelles coupes ces dernières semaines. Leurs points communs ? Ces entreprises misent tout, via des montants qui se comptent en dizaines de milliards de dollars, sur l'IA.
