Prime Renolution : "Si Bruxelles Environnement s'en sort, ce n'est pas le cas d'Urban dont les crédits ont été épuisés plus vite que prévu"
Libre Immo | Le dossier. L'immobilier à Bruxelles a ses particularités que l'on ne connaît pas toujours.

- Publié le 28-09-2023 à 14h00

Pour marquer le lancement de Realty, le Cercle belge des femmes de l'immobilier, fondé il y a dix ans (50 membres, toutes dirigeantes d'une entreprise ou d'un service, ou en passe de pouvoir l'être afin de s'ouvrir aux plus jeunes), organisait un petit-déjeuner conférence sur la mise en œuvre et la stratégie de Renolution. "Parce que c'est une thématique qui concerne l'ensemble de l'industrie immobilière bruxelloise, quel que soit son métier, la taille du projet… Le secteur est en quête de mesures qui soient les plus réalistes possible, d'où l'intérêt d'avoir le regard du politique et celui de l'administration", notait alors Brigitte Gouder, présidente de ce jeune cercle.
Preuve que le sujet était bien choisi, il y avait quasiment autant d'hommes que de femmes dans l'assistance. Avec, pour parler de ces mesures permettant d'adapter la ville aux effets du développement climatique, un homme, Alain Maron (Ecolo), ministre de la Transition climatique de la Région de Bruxelles-Capitale, et, une femme, Isabelle Sobotka, experte reconnue en charge de la coordination et de la stratégie de Renolution pour Bruxelles Environnement.
Les bâtiments sont et restent le principal émetteur de gaz à effet de serre.
Ces mesures sont d'autant plus importantes pour Bruxelles "que les bâtiments sont et restent le principal émetteur de gaz à effet de serre, avec un enjeu particulier sachant que beaucoup d'occupants sont des locataires (61 %), plus vulnérables, et que beaucoup d'immeubles sont des copropriétés (55 %), ce qui complexifie le processus décisionnel", a d'emblée relevé Alain Maron. Une ville-capitale où, de surcroît, le bâti est souvent assimilé à du patrimoine, ne permettant pas toujours une isolation correcte. "De l'importance de trouver un équilibre entre isolation et patrimoine", ajoutera Isabelle Sobotka.
Dialogue public-privé
Sans surprise, il fut beaucoup question des passoires énergétiques et des certificats PEB, de la sortie des énergies fossiles, des alternatives (pompe à chaleur, réseau de chaleur basé sur la géothermie), des primes et de la fiscalité, bien sûr, du budget aussi ("augmenté à 70 millions d'euros pour 2023"), de la réglementation ou de la simplification urbanistique… Comme le fait de parvenir à regrouper la rénovation énergétique de plusieurs maisons dans le cadre d'un seul et même permis, sous l'égide d'un seul architecte. À l'instar de ce qui commence à se voir et se verra sans doute toujours davantage pour les cités-jardins et cités sociales de la capitale. Sans oublier ce petit coup de projecteur sur les PPP (partenariats public-privé) et le dialogue à (ré)installer avec les privés. "Une parenthèse importante car c'est ce qui manque le plus dans la façon dont notre urbanisme est géré", soutient Brigitte Gouder.
Renolution en mal de budget
C'est toutefois aux questions posées que l'on a pu percevoir quelles étaient les préoccupations des femmes de l'immobilier.
Au rang desquelles arrive, bien sûr, la modernisation du Règlement régional d'urbanisme (RRU), ce "Good Living" porté par l'ex-secrétaire d'État Pascal Smet (Vooruit), et dont l'atterrissage devrait être conduit par sa successeure, Ans Persoons (Vooruit). "Son ambition, sa priorité est d'aboutir avant la fin de la législature, affirmera Alain Maron. Je soutiendrai Ans Persoons dans cette volonté. Le RRU est le fruit d'un compromis. De notre côté (Ecolo, NdlR), on a été fortement impliqué. Aucun règlement n'est parfait. Il faut arrêter de s'accrocher sur les détails. Quitte à réaménager le texte par après."
Aucun règlement n'est parfait. Il faut arrêter de s'accrocher sur les détails. Quitte à réaménager le texte par après.
Autre grande préoccupation : la garantie que les primes octroyées aux particuliers seront bel et bien payées. Le retard (qui prend des allures de frein dans la libération des subsides) s'explique par "une explosion des demandes, une sous-évaluation du succès", dira Alain Maron mais aussi suite à la fusion, dans le cadre de Renolution, des primes rénovations du bâtiment et des primes énergies. "Elles sont fusionnées dans les faits mais pas en back office. Si Bruxelles Environnement s'en sort, quand bien même approche-t-elle de ses limites, ce n'est pas le cas d'Urban dont les crédits ont été épuisés plus vite que prévus. Malgré une allonge. Ceci car beaucoup de demandes basculent vers Urban. On a trouvé une solution budgétaire mais on doit en trouver une autre, autrement dit encore dix à quinze millions."
Quid des immeubles classés ?
Troisième grosse inquiétude : l'avenir des bâtiments classés ou à sauvegarder. Sachant qu'une isolation des façades n'est pas toujours possible, ni par l'extérieur (au risque d'altérer ou de masquer l'architecture), ni par l'intérieur (sachant que c'est autant d'espace perdu pour les occupants). "On travaille au cas par cas", répondra Isabelle Sobotka. Où l'on pourrait, par exemple, voir apparaître des "rénovations des façades à partir du premier étage." Pas question, en tous les cas, d'imposer aux propriétaires de d'abord isoler leur toiture avant leurs murs. "L'idée n'était pas de partir avec une imposition, poursuivra-t-elle. Le propriétaire est libre de ses choix." "Quand bien même sait-on que c'est dans les toitures que l'investissement est moindre, très certainement par rapport au rendement. Ce qui explique que l'on cible les passoires énergétiques", ajoutera Alain Maron. Et c'est pareil pour les panneaux solaires. "Mais, si on veut atteindre nos objectifs, il faut aussi produire de l'énergie autrement : réseau de chaleur, géothermie, éoliennes…"
Les objectifs 2050 valent pour tous les pays. On est tous dans le même bateau.
Dernier point d'intérêt inévitable : la réglementation PEB, qui, indique l'experte de Bruxelles Environnement, "va évoluer afin de donner aux propriétaires un scénario clair des travaux à réaliser, un passeport bâtiment' pour simplifier l'accès à l'information via la Banque Carrefour des Bâtiments." Des impositions qui ne sont pas plus marquées en Belgique qu'ailleurs. "On répond aux obligations européennes, insiste le ministre. Les objectifs 2050 valent pour tous les pays. On est tous dans le même bateau. Il n'y a pas, en la matière, de ligue un, deux et trois. En d'autres termes, non, Bruxelles ne va pas plus loin que le reste de l'Europe. Et non, on n'aligne pas des impositions pour se faire plaisir parce qu'il y aurait des Ecolos hurluberlus (sic) au gouvernement."
