"Fini l'époque où certains pays, dont la Russie ou des pays asiatiques, arrivaient avec d'énormes projets immobiliers"
Le Mipim 2025 a été traversé par des vents contraires, entre espoirs de relance après cinq ans de crise majeure et tensions géopolitiques qui pèsent sur l'activité économique.

- Publié le 20-03-2025 à 14h56
- Mis à jour le 20-03-2025 à 16h41

Une petite semaine pour prendre le pouls de l'immobilier mondial. Peu épargné par la météo, le Mipim 2025 a aussi été traversé par des vents contraires, entre espoirs de relance après cinq ans de crise majeure et tensions géopolitiques qui pèsent sur l'activité économique. "Un contexte qui fait que l'Europe se referme un peu sur elle-même dans le secteur immobilier, tout en tournant les yeux vers le Golfe plutôt que vers les États-Unis ou l'Asie", estime Michel Kempeneers, directeur général des Affaires internationales au sein de l'Awex (Agence wallonne à l'exportation).
"C'est vrai, le Mipim est devenu un peu moins mondial et un peu plus raisonnable, aussi. Fini l'époque où certains pays, dont la Russie ou certains pays asiatiques, arrivaient avec d'énormes projets, parfois pour la construction de villes entières. Avec les années, tout le monde s'est un peu calmé", soupire un professionnel présent à chaque édition de l'événement cannois depuis plus de vingt ans. Il n'empêche, une visite au pavillon de l'Arabie saoudite permet aux nostalgiques de jeter encore un œil sur des projets pharaoniques sur la table ou en cours de réalisation (Neom, The Line), sans certitude, toutefois, qu'ils seront complètement réalisés un jour.
La crise a frappé fort
Les quelque 20 000 participants au Mipim 2025 auront donc ressenti une ambiance assez morose sur la Croisette : ils étaient prêts à se lancer dans un nouveau cycle immobilier mais se préparent finalement à une nouvelle année assez incertaine, l'incertitude géopolitique et les taux d'intérêt appelés à rester stables risquant de saper la reprise espérée dans le secteur et ses différents segments : l'immobilier résidentiel mais, aussi et surtout, l'immobilier de bureaux, industriel, de la logistique, du retail…
Plus près de chez nous, les sentiments sont également partagés. La crise de l'immobilier a frappé durement en Belgique, avec un important ralentissement de l'activité et des transactions ces dernières années. L'endettement élevé de certains grands noms du secteur (Atenor, Immobel) les a obligés récemment à prendre des mesures fortes, augmentation de capital pour l'un, suppression du dividende pour l'autre. Et dans le secteur du retail, le groupe Gérald Hibert est en réorganisation judiciaire et acculé à vendre une partie de ses actifs.
Cela n'empêche toutefois pas certains de garder confiance. "Depuis la fin 2024 et le début 2025, nous voyons des signes encourageants, notamment dans le résidentiel, signale Edouard Herinckx (Thomas & Piron). Les prix de nombreux matériaux de construction se sont stabilisés, voire revenus à leurs niveaux d'avant la guerre en Ukraine. C'est positif. Nous avons le sentiment que beaucoup de gens ont compris que les taux d'intérêt n'allaient plus baisser. Et que c'était le bon moment d'acheter et, surtout, de basculer vers des logements à meilleure performance énergétique."
"J'y crois encore, après 35 ans de carrière dans l'immobilier et même après le double choc, Covid et guerre en Ukraine, que nous venons de subir, indique, de son côté, Stephan Sonneville, CEO d'Atenor et président de l'Union professionnelle du secteur immobilier (Upsi). La situation est très difficile, actuellement, pour les promoteurs qui travaillent avec de l'endettement mais nous sommes heureusement soutenus par les banques et nos actionnaires. Mais pas par les politiques", ajoute-t-il.
Des bâtons dans les roues
Davantage de soutien des autorités, c'est en effet ce que beaucoup attendent aujourd'hui. "Il y a un grand paradoxe : les villes demandent aux promoteurs et aux investisseurs de lancer des projets et apporter des capitaux pour contrer la crise du logement qui sévit un peu partout en Europe mais mettent aussi des bâtons dans les roues des uns et des autres dès qu'il s'agit de les concrétiser", note un professionnel belge de l'immobilier.
À Cannes, en tout cas, le terme "logement abordable" était, cette fois, dans toutes les bouches. Et, certains, comme le maire de Londres, Sadiq Khan, ont été jusqu'à demander "plus d'investissements, s'il vous plaît, dans ma ville", lors d'une conférence consacrée au sujet. "Le logement abordable est devenu aujourd'hui une urgence mondiale mais aussi une urgence belge. Mais les efforts ne convergent pas toujours", remarque un promoteur adressant principalement ses critiques au monde politique.
"Chez Atenor, nous avons la volonté de construire plus de logements abordables. C'est devenu un véritable segment de l'activité immobilière, notamment parce qu'il permet de mieux équilibrer les risques. Mais, pour cela, il faut un cadre défini dans lequel les règles ne changent pas en cours du jeu", demande Alexander Hodac, chief operating officer chez Atenor. Et, à entendre la plupart des professionnels belges de l'immobilier, c'est très loin d'être le cas.
Et encore un (demi-)Award pour la Belgique

Un promoteur immobilier belge, au moins, est en tout cas sorti heureux de sa semaine cannoise : le groupe ION y a, en effet, remporté un des prestigieux Awards décernés chaque année, dans la catégorie "Meilleur nouveau développement", avec le projet "The Hive". Développé en collaboration avec l'entreprise néerlandaise Green Real Estate, ce projet rassemblera 183 appartements, un centre de santé, un centre communautaire et un espace culturel pour les artistes. Les travaux de "The Hive", appelé à devenir une véritable oasis de verdure dans le quartier Nieuw-West d'Amsterdam, débuteront en mai 2025 et dureront en principe deux ans.