Les raisons des étonnantes différences de salaires dans l'immobilier et la construction
Le cabinet de recrutement Kingsley a sorti son Guide des Salaires Real Estate 2025. Et enjoint les entreprises si pas à plus de transparence envers leurs collaborateurs, au minimum à plus d'explications.

- Publié le 13-05-2025 à 09h23

Un développeur immobilier salarié affichant entre huit et quinze ans d'expérience touche entre 5 000 et 6 000 euros brut par mois, tandis que son équivalent indépendant peut facturer jusqu'à 700 euros par jour, soit 14 000 euros par mois. Un écart qui dépasse les 100 %.
Un chef de projet construction ayant quinze ans d'expérience perçoit un salaire de 7 500 euros brut par mois, soit 127 % de plus qu'un débutant (3 300 euros). Une progression qui peut surprendre sachant que la moyenne nationale se situe entre +50 % et +60 % (chiffres tirés du Jobat de Statbel).
Je reconnais que les écarts de rémunération dans les secteurs immobilier et de la construction peuvent surprendre. Mais cela ne signifie pas pour autant qu'ils soient opaques."
Troisième exemple tiré de l'édition 2025 du Guide des Salaires Real Estate réalisé par l'agence de recrutement spécialisée Kingsley, un directeur technique peut atteindre 10 000 euros brut/mois, soit près de 30 % de plus qu'un chef de projet.
Des secteurs plus exposés
"Je reconnais que ces écarts de rémunération dans les secteurs immobilier et de la construction peuvent surprendre", indique d'emblée Malik Gourara, cofondateur et CEO de Kingsley. "Mais cela ne signifie pas pour autant qu'ils soient opaques."
Sur fond de pénurie de profils stratégiques, ces écarts s'expliquent même aisément. "Ces chiffres sont assez logiques, poursuit-il. Car ces secteurs sont tendus, ce qui crée d'office plus d'inégalités. Que la palette de sociétés, de métiers, de fonctions et donc de responsabilités est très large et difficilement comparable. Qu'il existe peu de grilles salariales objectivables. Mais aussi parce que le timing de certains projets exige qu'on ne perde pas de talent, voire qu'on en attire. Et pour cela, les entreprises sont prêtes à surpayer ou à formuler des contre-offres pour compenser la revalorisation salariale qu'un concurrent pourrait proposer."
Des explications qui jouent surtout pour le domaine de la construction qui manque terriblement de bras. "C'est vraiment un secteur en pénurie de professionnels qualifiés", convient le CEO de Kingsley, qui pointe plus particulièrement trois métiers dont l'absence peut bloquer un projet ou un chantier : conducteur de chantier, deviseur (professionnel des devis, NdlR) et gestionnaire de chantier. Au point d'avouer que son cabinet de recrutement refuse parfois certaines demandes sachant que c'est mission (quasi) impossible. "Il y a des profils qu'on ne trouve tout simplement pas, surtout avec expérience. Et c'est d'autant plus compliqué que le secteur a peu de marges", dit-il, ajoutant que ce qui vaut aujourd'hui pour ces trois métiers, pourrait valoir demain pour d'autres. Notamment les spécialistes BIM, les ingénieurs durables ou les experts en techniques spéciales, qui sont encore positionnés en dessous des fonctions les plus rémunératrices mais plus pour longtemps.
Pour ce qui est des métiers de l'immobilier (promoteurs, développeurs, courtiers, architectes), Malik Gourara convient qu'ils sont également en souffrance, avec de gros écarts. "Mais beaucoup sont des indépendants, qui doivent payer des charges, n'ont pas de package, pas de bonus, pas de sécurité d'emploi." Le gap de revenus entre un développeur immobilier salarié ou indépendant que relève le Guide Real Estate 2025 n'est donc pas aussi grand qu'on pourrait le croire.
Anticiper cette transformation organisationnelle
Il n'empêche, plus que dans d'autres secteurs, la nouvelle obligation de transparence salariale prévue pour juin 2026, qui imposera la publication de grilles de salaires et des écarts internes, va rebattre les cartes. "C'est une avancée en matière de transparence, mais aussi un exercice délicat pour beaucoup de sociétés, nuance Malik Gourara. Peut-être moins dans la promotion immobilière qui travaille dans de plus petites structures où tout se sait vite et avec des indépendants que dans la construction où le fait de ne pas communiquer sur cette nouvelle directive pourrait créer frustrations, incompréhensions ou départs." L'expert conseille d'ailleurs aux entreprises de ces deux secteurs de se lancer dans un travail pédagogique auprès de leurs collaborateurs afin d'expliquer et d'objectiver le pourquoi de la valorisation de certains salaires en fonction de l'ancienneté, des niveaux de responsabilité, de la nature des projets, de la spécialisation technique…
"La transparence salariale ne s'improvise pas. Elle suppose une vraie réflexion sur les critères de valorisation, une structuration des grilles et une préparation des managers, rappelle le CEO de Kingsley. Bien menée, elle peut renforcer la confiance, l'engagement et la culture d'entreprise." Quand bien même reconnaît-il que cette nouvelle règle de la transparence des médianes salariales affiche des limites puisqu'elle ne vaut que pour les salariés et que les packages (voiture de société, pack mobilité, chèques-repas, frais de représentation…) ne sont pas visés.
