Le sud-est de Bruxelles déserté par les projets de logements publics
Libre Immo | De 2009 à 2024, plus de la moitié des nouveaux logements publics ont été construits sur seulement deux communes.

- Publié le 25-05-2025 à 12h14

Depuis 2009 et les premières concrétisations du Plan régional logement, 6 255 logements publics ont été construits à Bruxelles. On ne parle pas ici uniquement de logements sociaux. Il peut aussi s'agir de logements moyens locatifs voire de logements destinés à la vente (également sous conditions de revenus) comme ceux produits par le Fonds du Logement.
Ces 6 255 nouveaux logements publics correspondent aux projets finalisés au 1er janvier 2024, soit une moyenne annuelle de 437 logements par an depuis 2009. Si on ajoute les projets qui étaient en chantier début 2024, on arrive à 8 833 logements publics. Voici ce qui ressort du 7e monitoring des projets de logements publics publié par Perspective Brussels. Les chiffres au 1er janvier 2025 seront communiqués plus tard dans l'année.
Anderlecht et Bruxelles concentrent les projets
Ce récent rapport relève une énorme disparité en région bruxelloise : "On constate une grande disparité spatiale existante entre l'ouest et le nord d'une part et le cadran sud-est de la région bruxelloise d'autre part. La très grande majorité des logements réceptionnés (finalisés) et en chantier sont situés à l'ouest du canal ainsi qu'à Haren et Evere. Cette même zone concentre la totalité, ou presque, des projets de plus de 100 logements."
À elles seules, les communes de Bruxelles-Ville et d'Anderlecht ont vu se créer sur leur territoire plus de 53 % des nouveaux logements publics de la région depuis 2009 (toujours sur base des chiffres 2024).
"Si l'on tient compte des logements en chantier, Anderlecht atteint près de 2 500 logements (bâtis ou en construction) ce qui représente 28 % du total global à l'échelle de la région", note le rapport. Et ces chiffres ne prennent pas en compte les logements réalisés par les régies communales ou les CPAS.
La reconversion de bureaux prend de l'ampleur
Quatre communes dépassent la barre des 500 logements publics réceptionnés ou en construction : Molenbeek-Saint-Jean (900 logements), Evere (720), Ixelles (526) et Forest (505). Schaerbeek, Berchem-Sainte-Agathe et Jette affichent entre 200 et 300 nouveaux logements sur la période.
A contrario, aucun logement public n'a été réceptionné entre 2009 et 2024 à Ganshoren et à Woluwe-Saint-Pierre selon le monitoring.
Pour des communes comme Etterbeek, Koekelberg, Saint-Gilles et Saint-Josse-ten-Noode, le faible nombre de logements finalisés entre 2009 et 2024 (respectivement 20, 25, 165 et 17) s'explique en partie par la densité des constructions déjà présente sur leur territoire et l'absence de terrain disponible pour de gros projets.
Le rapport précise toutefois que la disponibilité de terrain n'est pas la seule solution pour créer du logement public (ou privé d'ailleurs). Le phénomène de conversion, notamment de bureaux en logements, prend de l'importance et va même jusqu'à représenter entre 20 et 25 % des logements autorisés en région bruxelloise après une demande de permis (logements publics et privés confondus).
La densité n'explique pas tout. Des communes de seconde couronne avec plus d'espace comme les deux Woluwe, Saint-Pierre et Saint-Lambert, Watermael-Boitsfort, Uccle ou Auderghem affichent aussi peu de réalisations depuis 2009 (respectivement 23, 151, 74, 260 et 8).
Alors pourquoi la seconde couronne Sud-Est est-elle désertée par les projets ? À cause d'un marché de l'immobilier plus cher notamment qui peut décourager les pouvoirs publics ou organismes publics de se tourner vers ces communes. Surtout en période de disette financière annoncée.
Moins de la moitié des logements annoncés
Avec le Plan régional logement, lancé en 2004 et le Programme Alliance Habitat (2013), les deux grands plans de création de logements publics à Bruxelles, 11 720 logements devaient sortir de terre. Si on prend les logements réellement réalisés dans le cadre de ces plans jusqu'au 1er janvier 2024 (des logements publics ont aussi été créés par d'autres mécanismes), on atteint à peine les 50 % de réalisation des objectifs. Une information qui, selon le rapport, "montre que la difficulté de réalisation effective de logements publics dépasse largement la disponibilité de crédits budgétaires suffisants".
Pour accélérer la cadence, la Société de Logements de Bruxelles-Capitale (SLRB) a commencé à acheter des logements privés pour les faire passer dans le giron public. Selon les estimations pour 2025, ces logements achetés clé sur porte devraient représenter 25 % des nouveaux logements sociaux de la SLRB. Toutefois, cette "solution" pour plus de rapidité affiche un coût "sensiblement plus élevé que pour les créations de logements publics par les mécanismes classiques".
Notons enfin que le rapport prend en compte uniquement la création de logements publics sans forcément faire le lien avec les logements publics existants et surtout disponibles. Si on crée un logement mais que trois autres doivent être vidés pour des rénovations, le nombre de logements publics utilisés diminue malgré la création d'un logement.
