Kirchberg, le pari urbain réussi du Luxembourg
Libre Immo | Le plateau du Kirchberg ne comptait que des terres agricoles à l'aube des années 1960, et s'est métamorphosé depuis.

- Publié le 25-10-2025 à 16h07

Créé au début des années 1960, le plateau du Kirchberg est devenu un symbole du développement urbain luxembourgeois. Né d'une volonté politique, il n'a cessé d'évoluer, passant du statut de vitrine institutionnelle à celui de quartier mixte et vivant.
"Le plateau du Kirchberg a été aménagé à partir de 1961, l'année où le gouvernement a fondé le Fonds d'urbanisation et d'aménagement du plateau de Kirchberg, explique Marc Widong, directeur du Fonds Kirchberg. Sa première mission, c'était la construction du pont Grande-Duchesse Charlotte, le pont rouge qui relie la vieille ville à ce plateau de plus de 300 hectares."
Cette infrastructure marque le point de départ d'un modèle inédit : le Fonds emprunte, avec la garantie de l'État, pour financer les travaux, puis revend les terrains une fois viabilisés. "L'État n'a que très peu investi directement, poursuit M. Widong. Le Fonds a construit le pont, acheté les terrains, puis les a revendus avec une plus-value, ce qui a permis de rembourser le prêt."
Un projet européen dès l'origine
L'objectif initial est d'accueillir les institutions européennes. "Luxembourg est l'une des trois capitales de l'Union, avec Bruxelles et Strasbourg. Il fallait donc disposer de terrains pour héberger de nouvelles entités européennes", rappelle le directeur.
Mais très vite, le plateau attire aussi le secteur financier. "Historiquement, les banques luxembourgeoises étaient situées boulevard Royal, au centre-ville. L'espace y était devenu trop étroit." Plusieurs grandes enseignes s'installent alors sur le Kirchberg : BGL, UBS, Pictet, entre autres. "Aujourd'hui, ce ne sont plus seulement les banques, mais aussi les fonds d'investissement, les avocats, voire des acteurs comme Amazon", observe-t-il.
Dans la foulée, l'État dote le quartier d'équipements emblématiques : la Philharmonie, le centre sportif et culturel Coque, ou encore des bâtiments publics et internationaux.
À terme, entre 25 000 et 30 000 nouveaux habitants viendront s'installer sur le plateau."
Le tournant résidentiel
À partir des années 1990, la création de logements devient une priorité. "Le Luxembourg manquait cruellement d'habitations abordables, souligne Marc Widong. L'État a décidé de mobiliser ses terrains publics, y compris au Kirchberg, pour y construire des logements."
Aujourd'hui, le Fonds conduit de vastes projets résidentiels. "Plusieurs grandes résidences sont en construction, d'autres en phase de concours. À terme, entre 25 000 et 30 000 nouveaux habitants viendront s'installer sur le plateau."
Une mobilité repensée
Pour accompagner cette mutation, la mobilité est repensée de fond en comble. "Le Kirchberg est un quartier en longueur, accessible par le pont rouge et par la sortie vers l'aéroport. Une première ligne de tram a été inaugurée en 2017, et une deuxième est en construction. Elle desservira les quartiers nord, y compris les futures zones d'habitation, détaille-t-il. Le défi est de transformer un quartier modèle des années 1960 avec ses espaces monofonctionnels desservi par un réseau viaire dimensionné pour le plus grand confort de l'automobiliste, en quartier des courtes distances avec des équipements et services de proximité et des concepts de mobilité alternative réduisant l'impact de la voiture."
En un peu plus de soixante ans, le Kirchberg est passé d'un terrain quasi vierge à un laboratoire urbain d'envergure nationale.
Le Fonds mise par exemple sur la mobilité douce. "Nous avons été parmi les premiers à créer des pistes cyclables séparées des routes, pour que les cyclistes circulent en toute sécurité."
Et le principe directeur est celui de la ville du quart d'heure. "L'idée, c'est qu'en un quart d'heure à pied ou à vélo, vous puissiez accéder à tout : logement, travail, commerces, culture, sport… Le Kirchberg compte ainsi deux grands pôles : au nord, autour du centre commercial Auchan, et au sud-ouest, autour du centre Infinity."
Requalifier le quartier d'affaires
Le Fonds travaille aussi à la requalification du quartier d'affaires, développé dans les années 1990 et 2000. "Les bureaux construits à cette époque ne correspondent plus aux usages actuels, explique M. Widong. Il n'y a plus de "flat desk" ou de bureaux isolés : beaucoup d'espaces sont sous-utilisés."
L'objectif est clair : "Créer un quartier plus vert, plus agréable, où l'on trouve aussi des restaurants, des espaces de détente et des services du quotidien."
Pour ce faire, un concours urbanistique européen sera lancé. "Nous allons fixer une vision pour les trente prochaines années, tout en laissant de la flexibilité pour s'adapter aux évolutions futures."
Une expertise exportée
L'expérience accumulée sur le plateau inspire désormais d'autres projets urbains au Luxembourg. "Nous développons aussi des quartiers au sud du pays, comme La Cloche d'Or et Midfield. Nous y appliquons la même approche intégrée : mobilité, énergie, logement, bureaux, écoles, parcs…"
En un peu plus de soixante ans, le Kirchberg est ainsi passé d'un terrain quasi vierge à un laboratoire urbain d'envergure nationale. "Notre ambition, conclut Marc Widong, c'est de faire du Kirchberg un quartier où il fait bon vivre, travailler et se déplacer – un quartier qui reste à la hauteur de la capitale européenne qu'il incarne."
