Quel avenir pour le projet de réforme du PEB en Wallonie? "Un risque de piéger le citoyen"
Le projet de réforme du PEB autorise à placer une chaudière fossile dans les bâtiments neufs, alors qu'une décision européenne les interdit à partir de 2040.
- Publié le 08-02-2024 à 09h00
- Mis à jour le 08-02-2024 à 10h26

Suite à la flambée des prix de l'énergie, le certificat PEB (Performance énergétique des bâtiments) a pris une importance cruciale. En effet, les candidats acheteurs et locataires veulent savoir si leur futur logement est efficace d'un point de vue énergétique avant de se lancer.
En outre, le PEB est aussi un outil de transition énergétique. Il pousse, en effet, les propriétaires à investir dans l'isolation et dans des systèmes énergétiques plus efficaces, avant de vendre leur bien ou de le mettre en location.
Néanmoins, les règles actuelles du PEB sont loin d'être parfaites, notamment du point de vue de la transition énergétique. "Prenons le cas de plusieurs logements qui consomment la même quantité d'énergie primaire, nous explique Grégory Meys, cofondateur de Karno, une entreprise active dans les réseaux de chaleur. Ces logements seront traités de la même façon qu'ils soient chauffés par une chaudière à pellets ou par une chaudière au mazout. En effet, la PEB regarde uniquement la quantité d'énergie primaire consommée, mais pas son contenu en carbone". Le système actuel n'incite donc pas les propriétaires de logements à se diriger vers des solutions bas carbone.
En outre, un surdimensionnement de l'installation photovoltaïque peut améliorer artificiellement le score PEB, même si l'électricité autoproduite est massivement rejetée sur le réseau. "La PEB considère que la production photovoltaïque est consommée à 100 % par l'habitation (NdlR : alors que l'autoconsommation réelle est plutôt de 30 %). Cette surestimation n'incite pas à installer des batteries qui permettraient de réellement augmenter l'autoconsommation de la production photovoltaïque, déclare Grégory Meys. En outre, si la production photovoltaïque est plus grande que la quantité de mazout utilisée pour chauffer le bâtiment, la PEB considère le chauffage de ce bâtiment comme décarboné à 100 %". Et cela alors que le bâtiment est entièrement chauffé au mazout, très émetteur de carbone…
Une réforme sur la table
Très critiquée, la réglementation PEB fait actuellement l'objet de discussions au sein du gouvernement wallon. Le projet a été déposé par Philippe Henry (Ecolo), le ministre wallon de l'Énergie. Mais, selon nos informations, le texte sur la table est très critiqué par le secteur.
Un élément controversé est le fait que cette nouvelle réglementation PEB ne s'appliquerait qu'aux bâtiments neufs ou assimilés à du neuf. Les rénovations ne seraient pas concernées. Il y aurait, donc, très peu de logements concernés.
En outre, le texte spécifie qu'un logement neuf peut obtenir un score "PEB A" tout en optant pour une chaudière à gaz comme système de chauffage. Il faut, pour cela, que le logement ait des panneaux photovoltaïques sur son toit. "Le message envoyé au marché est totalement contraire à la transition énergétique, regrette Grégory Meys. On pourrait avoir un PEB A avec une chaudière au gaz, et même avec une chaudière au mazout". Ce score "A" n'est pas de nature à inciter le placement d'une pompe à chaleur, plutôt qu'une chaudière à gaz ou au mazout.
"Comment la Wallonie pourrait-elle progresser vers l'objectif de 49 % de renouvelable dans les bâtiments en n'agissant que sur la construction neuve, d'une part, et en continuant obstinément à installer des chaudières fossiles, d'autre part ?"
Avis très critique
Les pôles "Logement" et "Énergie" du Conseil économique, social et environnemental de Wallonie ont d'ailleurs remis un avis très critique sur le projet. Selon cet avis, la réforme "ne conduira pas à une augmentation notable" de la part des énergies renouvelables dans le bâti wallon. Et cela alors qu'une directive européenne "vise un objectif d'au moins 49 % d'énergie produite à partir de sources renouvelables dans le secteur européen du bâtiment en 2030".
En outre, cet avis indique qu'il "existe un risque de piéger les citoyens dans des systèmes les condamnant à des coûts ultérieurs importants". L'avis fait ainsi référence au fait que, suite à une décision européenne, l'usage des chaudières à combustibles fossiles sera interdit à partir de 2040. Investir dans le gaz ou le mazout pourrait donc conduire à des coûts pour changer plus tard de système de chauffage.
Eric Monami, conseiller énergie chez Edora, la fédération des énergies renouvelables, se montre aussi très critique. "Comment la Wallonie pourrait-elle progresser vers l'objectif de 49 % de renouvelable dans les bâtiments en n'agissant que sur la construction neuve, d'une part, et en continuant obstinément à installer des chaudières fossiles, d'autre part ?", déplore-t-il.
Ce dernier ajoute qu'autoriser les chaudières fossiles dans les bâtiments neufs est en contradiction avec le propre Plan Air Climat Énergie (PACE) 2030 de la Wallonie. Le PACE prévoit, en effet, d'interdire le mazout dans les constructions neuves à partir du 1er mars 2025. Eric Monami ajoute que le projet de réforme de la réglementation PEB risque de creuser "le fossé qui existe déjà entre la Wallonie et la Flandre". "En Flandre, le placement de chaudières au mazout est interdit depuis 2022 dans les bâtiments neufs et les rénovations profondes, précise-t-il. En outre, toute chaudière fossile sera interdite dès 2025 en Flandre et à Bruxelles".
