Bataille sur le secret bancaire : Van Quickenborne met la majorité Arizona sous pression
L'élargissement du Point de contact central, voulu par la majorité pour renforcer la lutte contre la fraude fiscale et la criminalité financière, suscite une fronde inédite de Vincent Van Quickenborne. Entre efficacité fiscale et protection des données, la Chambre se divise profondément.

- Publié le 19-11-2025 à 13h24
- Mis à jour le 19-11-2025 à 15h19

Dans la salle étouffante de la commission des Finances, les heures s'allongent. Plus de 40 heures déjà de débats. Enfin de débats il n'est pas vraiment question. Vincent Van Quickenborne, visage fermé, voix patiemment affûtée, mène un combat solitaire depuis plus de 40 heures en cette fin de matinée, ce mercredi.
Depuis des jours, le député Open VLD parle sans relâche, trente, puis trente-cinq, puis quarante heures cumulées, comme si la durée elle-même pouvait enrayer la machine législative lancée contre lui.
Le PCC au cœur des débats
Au cœur de son refus obstiné : l'élargissement du fameux Point de contact central (PCC), ce registre bancaire logé à la Banque nationale que la N-VA veut transformer en vigie proactive de la criminalité financière. Le ministre des Finances, Jan Jambon, a déposé son amendement de 27 pages comme on jette une pierre dans un étang calme, provoquant un choc concentrique jusque dans sa propre majorité à la mi-septembre. Car le PCC, conçu au départ pour les comptes-titres, doit désormais absorber contrats financiers, assurances, comptes d'épargne — tout ce qui, de près ou de loin, peut trahir une manipulation offshore, un déficit indiciaire, un compte dormant oublié, un flux suspect.
La promesse est simple : grâce au datamining, les fraudeurs ne pourront plus se cacher derrière les ombres longues des montages complexes. Les algorithmes repéreront les anomalies ; des agents spécialisés, accédant à des données pseudonymisées, confirmeront les signaux ; puis les contrôleurs entreront en scène. Une mécanique huilée, presque chirurgicale. Pour Vooruit, qui a poussé ce dossier comme un étendard, c'est une victoire idéologique : moins de contrôles inutiles pour les contribuables ordinaires, davantage pour ceux qui jouent avec les frontières de la loi.
Bataille politique âpre
Mais le gouvernement est loin d'être unanime. Le MR, isolé dans la majorité mais déterminé, sonne l'alarme depuis le début. Mathieu Michel parlait d'"une surveillance de masse" dans nos colonnes, d'un pas de plus vers un cadastre furtif des fortunes. Il brandit l'avis négatif de l'Autorité de protection des données (APD), inquiète de la proportionnalité d'un dispositif où l'anonymat n'est qu'un masque crypté, et où chaque citoyen semble devenir suspect par défaut. L'APD rappelle que la pseudonymisation n'efface pas le risque, que la frontière entre investigation ciblée et surveillance généralisée peut s'éroder dès qu'un système devient capable de tout voir, tout corréler.
Van Quickenborne fait de ces réserves son étendard libéral. Money control, martèle-t-il, comme une réplique grinçante au chat control européen (nom donné à une proposition de règlement européen visant à lutter contre la pédopornographie en ligne; et terme devenu polémique vu que de nombreux experts y voient une possibilité de surveillance massive des communications privées). Pour lui, l'État inverse la charge de la preuve : au lieu de justifier un soupçon, il observe d'abord, questionne ensuite, identifie enfin. Et ce glissement, même contenu dans les limites d'un texte, lui paraît déjà trop large, trop flou, trop prêt à s'étendre.
Pendant ce temps, la majorité — Engagés, Vooruit, CD&V, N-VA — se relaie, veille, compte les présences. Car si Van Quickenborne cesse de parler, ne serait-ce qu'une seconde, un vote peut tomber. Le décret avancera. Et la bataille s'achèvera.
Alors, derrière cette guerre d'usure parlementaire, surgit une interrogation plus profonde, presque ironique : qui veut vraiment s'attaquer à la criminalité financière ? Ceux qui réclament des outils puissants, quitte à frôler les limites des libertés individuelles ? Ou ceux qui défendent ces libertés, quitte à laisser filer quelques fraudeurs dans les interstices du droit ?
Dans ce bras-de-fer épuisant, une chose devient certaine : ce ne sont pas seulement les comptes qui sont scrutés, mais les visions opposées de ce que doit être un État moderne — intrusif par nécessité ou contraint par principe. Le reste n'est encore qu'un vote en suspens.