2023, une année boursière médiocre pour les valeurs belges
Le marché a été secoué par la hausse rapide des rendements obligataires, immobilières en tête. Mais il y a quelques bonnes surprises quand même.
- Publié le 27-12-2023 à 09h07

On l'a vu durant la crise Covid et les taux d'intérêt à zéro, le facteur taux est l'un des principaux leviers de l'activité boursière et des valorisations des actions. En 2023, c'est en grande partie sur cette variable que se sont ajustés les cours de Bourse, à Bruxelles comme ailleurs. Le rendement des obligations d'Etat belge à 10 ans a frôlé les 3,50 % début septembre, avant de refluer lentement. Mais la pression des taux a été intense et constante, ce qui a aussi conduit les gestionnaires à recommencer à engranger des obligations de qualité, au détriment des actions. Beaucoup évoquent maintenant le retour des fonds "60/40", composés de 60 % d'actions et de 40 % d'obligations. C'est une réalité. Ces facteurs expliquent globalement la performance nulle ou presque de l'indice Bel 20, et qui est même passée en négatif aux derniers jours de l'année en raison de la chute vertigineuse de son composant le plus lourd, la biotech Argen-x, plombée par l'arrêt décevant d'un programme de test d'une molécule destinée à soigner une maladie spécifique.
Le plongeon des SIR
Retenons aussi que l'année a été difficile pour les immobilières, qu'il s'agisse des sociétés immobilières réglementées (SIR) ou des immobilières pures, ces dernières ayant réellement souffert, à l'image d'Atenor (-74 % sur l'année écoulée) qui a dû solliciter ses actionnaires de référence pour se recapitaliser d'urgence. Même les SIR ont chuté lourdement alors pourtant que leur rendement sur dividende est pratiquement assuré, compte tenu du taux d'occupation de leurs biens sur base de contrats longue durée. Cela étant, l'anticipation par les opérateurs d'une future baisse des taux des banques centrales en 2024, a eu pour effet de faire reculer aussi les taux d'intérêt à long terme sur le marché obligataire, ce qui a provoqué un retour des investisseurs vers ces valeurs aux dernières semaines de l'année. Techniquement, plusieurs SIR ont aussi procédé à des augmentations de capital afin de réduire leur endettement, par mesure de sécurité.
Beaucoup évoquent maintenant le retour des fonds "60/40", composés de 60 % d'actions et de 40 % d'obligations. C'est une réalité.
Colruyt au sommet
Bien entendu, la contre-performance de l'indice Bel 20 cache des plongeons importants, mais aussi des bonds phénoménaux et inattendus. En l'occurrence, nous explique Xavier Servais (Société Delande et Cie) "le champion du marché belge cette année n'est autre que le distributeur belge Colruyt dont l'action a… doublé sur un an". L'entreprise avait connu un coup de mou l'an passé suite à l'inflation, mais avait réussi à maintenir ses prix de vente au plancher, sans sacrifier de personnel. Colruyt est arrivé ensuite à gérer ses coûts et à redéployer son offre, ce qui a fait rebondir ses résultats, contre les attentes de plusieurs analystes. Si l'on excepte des entreprises grecques cotées chez nous de manière un peu surprenante, Cenergy Holdings (+133 %), Titan Cement (+88 %) ou encore Viohalco (+34%), et qui affichent des remontées tout aussi étonnantes, c'est Exmar qui vient en deuxième position des valeurs belges cotées à Bruxelles avec un rendement annuel de 86 %. "L'entreprise a réalisé une belle plus-value grâce à la vente d'une barge technique, a généreusement réparti du bénéfice auprès de ses actionnaires, et bénéficie de la demande accrue de gaz liquéfié", explique encore Xavier Servais. Moins connue du public, la société flamande Campine spécialisée dans le traitement du plomb et de quelques métaux spécifiques, affiche une avance de 55 % pour une capitalisation boursière d'une centaine de millions d'euros. Juste après celle-ci, on retrouve VGP, le promoteur d'entrepôts qui avait chuté lourdement après le retrait prudent de son partenaire financier Allianz, mais qui vient de nouer un partenariat identique avec un groupe suédois. Ses actions en ont profité pour terminer l'année sur une hausse de 38 %. Ce qui la place juste devant l'entreprise liégeoise EVS qui affiche une avance de près de 37 % alors que l'année écoulée n'a pas été marquée par de grands événements sportifs. L'élargissement de son offre sur des équipements mobiles semble avoir été payant.

Un divorce qui rapporte gros !
L'opération de l'année à Bruxelles est sans conteste la scission des activités du groupe Solvay en deux entités, la chimie traditionnelle du groupe restant dans l'entreprise Solvay, et les activités de chimie spécialisée logées dans Syensqo. Ce divorce heureux rend toutefois compliquée la tâche d'évaluation de la performance des nouvelles entités sur l'ensemble de l'année écoulée. Mais en considérant la somme des cours des deux cours de Bourse, puisque chaque action ancienne a donné lieu à la naissance pour les actionnaires d'une Solvay nouvelle et d'une Syensqo, on peut considérer que l'actionnaire qui a conservé ses paires d'actions a gagné 29 % sur le cours de la Solvay ancienne, si l'on tient compte du dividende de 4,05 euros. Les actionnaires de référence des deux entreprises restent logés dans le holding Solvac dont le cours de Bourse montre la réussite de la scission puisqu'il a progressé de près de 27 % sur l'année écoulée.
Biotechs au plancher
Côté baisses, on retrouve essentiellement les biotechs. Oxurion qui a pratiquement perdu toute valeur, Mithra qui a reculé de 66 % mais aussi la prometteuse Onward Medical (-50 %), Biosenic (-47 %), ou encore Biocartis (-45 %) et Sequana Medical (-34,50 %). Dans un autre secteur, Agfa-Gevaert affiche un recul de 51 %, et Crescent (ex-Option), une baisse de 56 %.