Minarets: réactions majoritairement défavorables
Les réactions étaient majoritairement défavorables après le référendum suisse de dimanche interdisant la construction de minarets à commencer par celle de la presse helvétique, sévère avec le choix de ses concitoyens dont elle estime qu'ils sont "inspirés par la peur".
- Publié le 30-11-2009 à 11h27
- Mis à jour le 30-11-2009 à 12h47

Les réactions étaient majoritairement défavorables après le référendum suisse de dimanche interdisant la construction de minarets à commencer par celle de la presse helvétique, sévère avec le choix de ses concitoyens dont elle estime qu'ils sont "inspirés par la peur". "Les Suisses ont voté avec leurs tripes (...) inspiré(s) par la peur, les fantasmes et lignorance", déplore le quotidien genevois Le Temps qui s'inquiète d'un "dégât d'image spectaculaire pour la Suisse" dans le monde.
Pour La Liberté (Fribourg), les "craintes liées à l'islamisation du pays et à un brassage de populations qui va trop vite", ont pesé lourd dans le scrutin. De son côté, le secrétaire général de la conférence épiscopale suisse Mgr Félix Gmür a qualifié ce vote de "coup dur pour la liberté religieuse et l'intégration". "Le concile Vatican II dit clairement qu'il est licite pour toutes les religions de construire des édifices religieux, et les minarets sont des édifices religieux. C'est un coup dur pour l'intégration de tous ceux qui viennent en Suisse", a-t-il déclaré dans un entretien à Radio Vatican.
En Egypte, le grand Mufti, Ali Gomaa, a estimé dimanche que ce résultat était "une insulte" pour les musulmans du monde entier. Il a toutefois lancé un appel à ses frères religieux, leur demandant de ne pas se sentir provoqués par cette interdition. "Ce résultat du référendum (...) n'est pas une simple atteinte à la liberté religieuse, c'est aussi une insulte aux sentiments de la communauté musulmane en Suisse comme ailleurs", a-t-il déclaré à l'agence égyptienne MENA. En Indonésie, la principale organisation musulmane a déclaré lundi voir dans ce référendum un signe de "haine" et d"'intolérance" vis-à-vis de l'islam. Le chef de la Nahdlatul Ulama (NU), Maskuri Abdillah, a cependant appelé les musulmans d'Indonésie, plus grand pays musulman au monde, à "ne pas réagir avec excès" à la décision des Suisses.
La presse belge a qualifié le résultat de "vote de la peur" et estime que si une telle consultation avait lieu en Belgique le résultat serait probablement identique. "La Suisse se met l'islam à dos", écrit La Libre Belgique, qui se demande si elle est "devenue la nouvelle patrie du surréalisme". "La consultation populaire peut être utile et, parfois, oxygénante pour la démocratie. En particulier lorsqu'elle traite des questions de société. Dans le cas (des minarets) c'est tout l'inverse", écrit le quotidien Le Soir. En France, la grande mosquée de Lyon a déploré dimanche le résultat "désolant" du référendum, appelant musulmans et démocrates à réagir pour éviter que ce vote ne devienne une loi. "Il s'agit d'un vote d'intolérance, tournant le dos aux bases juridiques les plus constantes qui, à travers le monde, garantissent la liberté de religion", a fait savoir dans un communiqué Kamel Kebtane, recteur de la grande mosquée de Lyon. Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, s'est pour sa part déclaré lundi "un peu scandalisé" par le vote qui est selon lui "une expression d'intolérance".
"Je suis un peu scandalisé par cette décision" qui "est négative pour ce qui concerne les inquiétudes même des Suisses parce que si on ne peut pas construire de minarets cela veut dire qu'on opprime une religion", a déclaré leministre sur RTL. "J'espère que les Suisses reviendront sur cette décision assez vite", a-t-il ajouté. Le chef du parti présidentiel UMP, Xavier Bertrand, a estimé que la question de l'interdication des minarets ne se posait pas en France et n'avait "rien à voir" avec celle de la burqa. "Est-ce que la question nous est posée en France concernant les minarets? Bien sûr que non", a affirmé Xavier Bertrand sur la chaîne de télévision France 2. Il faut "bien évidemment des lieux de culte" pour l'islam mais "est-ce qu'il faut modifier nos règlements d'urbanisme pour permettre qu'il y ait des minarets d'une certaine taille? Je ne le crois pas", a-t-il conclu.
La vice-présidente du Front National, Marine Le Pen, s'est félicitée dimanche de la décision des Suisses, demandant aux "élites de cesser de nier les aspirations et craintes des peuples européens". "A une très franche majorité, les Suisses viennent de faire mentir les sondages, en refusant massivement l'édification de minarets en Suisse", s'est réjouie Mme le Pen, dans un communiqué. Le porte-parole du PS Benoît Hamon a lui estimé qu'il s'agissait d'"une décision inquiétante", accusant Nicolas Sarkozy d'introduire le même type de questions en France avec le débat sur l'identité nationale. Ce vote est "assez significatif de cette tentation à se recroqueviller, à se replier sur soi et à faire de l'étranger, en l'occurrence le musulman, le bouc-émissaire de tous les maux des sociétés occidentales", a -t-il affirmé sur RFI. Le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a estimé lundi que le vote suissemarquait la volonté de certains politiques de cultiver "la peur de l'étranger" plutôt que d'aborder les "questions économiques et sociales".
Les Européens ont déploré lundi le vote suisse interdisant les minarets et ne cachaient pas leur préoccupation face aux conséquences d'une décision pouvant être perçue dans le monde musulman comme une stigmatisation de l'islam. "Il ne faudrait pas donner le sentiment de stigmatiser une religion, en l'occurence l'islam", a estimé le ministre français de l'Immigration Eric Besson à son arrivée à Bruxelles.
La présidence suédoise a jugé "surprenant" de soumettre un tel sujet à référendum. "En Suède, cette question relève de l'urbanisme et des compétences des élus locaux", a souligné le ministre de l'Interieur Tobias Billström. "Il n'y a pas de problèmes entre les Musulmans et les Européens dans l'Union européenne. Les Musulmans sont Européens", a remarqué la ministre suédoise chargée de l'Intégration Nyamko Sabumi.
La ministre suisse de la Justice Evelyne Widmer-Schlumpf ne dissimulait pas son embarras à son arrivée à Bruxelles. "Je vais expliquer à nos partenaires que ce n'est pas un vote contre la religion des musulmans, mais seulement contre les minarets", a-t-elle déclaré. "En Suisse, nous respectons la liberté de la foi. C'est un droit très important pour nous", a-t-elle assuré, reconnaissant que ce vote "n'est pas un signe très bon de la part de la Suisse". Eric Besson veut éviter les faux débats. "Nous devons favoriser en France l'émergence d'un islam de France qui s'intègre dans les valeurs de la République, et le meilleur moyen de parvenir à cela c'est d'éviter les faux débats", a-t-il insisté.
