La Coordination rurale, fourche de lance du RN en campagne
Convergences idéologiques, passerelles politiques… Le syndicat agricole de la Coordination rurale entretient des liens de plus en plus visibles avec le Rassemblement national.
- Publié le 21-02-2026 à 07h19

Le Salon de l'agriculture s'ouvre ce samedi à Paris. Il se tiendra sans bovins pour la première fois depuis sa création en 1964. En cause : l'épidémie de dermatose nodulaire contagieuse, jugulée depuis deux mois. Comme chaque année, en revanche, les politiques s'y bousculeront, et certains feront plus que d'autres face à la pression d'un monde agricole en colère, en particulier de la Coordination rurale (CR).
Née en 1991 en réaction à la réforme de la Politique agricole commune (PAC), la CR est le deuxième syndicat agricole en France, derrière la FNSEA, étiquetée à droite, et devant la Confédération paysanne, classée à gauche. Adepte des méthodes musclées et intimidantes, voire violentes et illégales, la CR se dit apolitique, mais elle est de plus en plus catégorisée à l'extrême droite.
"Faire la peau" aux écolos
Le syndicat aux bonnets jaunes et l'extrême droite partagent des points de convergence idéologiques : critiques à l'encontre de l'Union européenne, discours antisystème, dénonciation des normes environnementales et de l'écologie considérée comme punitive… "Les écolos, la décroissance veulent nous crever, nous devons leur faire la peau", a déclaré en novembre le nouveau président national de la CR, Bertrand Venteau, ce qui lui vaut aujourd'hui de faire l'objet d'une enquête.
Cette proximité idéologique s'est progressivement traduite par des passerelles politiques à partir des années 2010. Étienne Bousquet-Cassagne, fils de Serge Bousquet-Cassagne, leader historique de la CR du Lot-et-Garonne, s'est présenté plusieurs fois à des élections sous les couleurs du FN avant de devenir assistant parlementaire du député Steeve Briois en 2014, ex-bras droit de Marine Le Pen. Autre exemple : Christophe Barthès. Ancien vice-président du syndicat dans l'Aude, il a été élu député RN en 2022.
Peu à peu, les digues ont cédé. En pleine crise agricole en janvier 2024, Véronique Le Floc'h, alors présidente de la CR, lâchait sur France Inter, comme un aveu : "Si tout le monde avait le même discours [que le RN], je pense qu'on pourrait aller dans le bon sens."
Quelques mois plus tard, se tenaient les élections européennes. Dans une note publiée avant le scrutin, l'économètre Pierre-Henri Bono et le sociologue François Purseigle, tous deux au Cevipof, révélaient que 47 % des sympathisants de la CR interrogés avaient l'intention de voter RN. En y ajoutant les autres formations d'extrême droite, ce total atteignait 62 %.
Des bonnets jaunes très médiatisés
Dans la foulée de la victoire du RN aux européennes, Christophe Barthès a été réélu lors des législatives anticipées. À ce même scrutin, Yannick Bodin, président de la CR de la Manche, a été le suppléant d'une candidate RN. Les transferts se produisent aussi dans l'autre sens. Matthieu Danen, candidat RN aux législatives de 2017 et ex-collaborateur parlementaire de trois députés RN, a été nommé directeur général exécutif du syndicat agricole en octobre 2025, avant d'être récemment évincé.
Les 15 et 22 mars, se tiendront les élections municipales. Christophe Barthès se présente à Carcassonne. Rémy Benson, éleveur de brebis affilié à la CR des Bouches-du-Rhône, porte les couleurs du RN à Arles.
Sans se lancer en politique, des figures connues des bonnets jaunes sont récemment devenues très présentes sur des médias d'extrême droite. Autre fait notable : fin 2025, de nombreux groupuscules identitaires, dont le collectif Némésis, ont rejoint des manifestations d'agriculteurs, en particulier de la CR. Marine Le Pen avait commencé à surfer sur la colère agricole dès les années 2010, avec son "Tour de France des oubliés" en 2013. Elle cherchait déjà à séduire le monde rural afin d'obtenir des gains électoraux, sa stratégie s'est révélée efficace.
Dernier fait marquant, et révélateur : lors de l'assemblée générale des "bonnets jaunes" du Pas-de-Calais début février, la CR a encouragé ses sympathisants à intégrer les conseils municipaux. Seuls deux députés RN étaient présents : Antoine Golliot, candidat à Boulogne-sur-Mer, et Marc de Fleurian, en lice à Calais.
"La CR n'a pas invité tous les parlementaires, contrairement à ce qu'affirme son représentant, (Patrick Legras, président de la CR Pas-de-Calais), a déploré la députée Agnès Pannier-Runacher (Renaissance) sur X. On ne peut pas dénoncer l'abandon des agriculteurs par la classe politique, tout en excluant volontairement une partie des élus sauf à instrumentaliser l'opinion publique. Et force est de constater que c'est ce que fait le RN : transformer une détresse agricole en carburant électoral." L'ex-ministre a obtenu, pour réponse de Patrick Legras, le partage du commentaire insultant d'un internaute.