Municipales: pour les Insoumis comme les socialistes, "les enjeux sont colossaux"
Le premier tour des municipales françaises se déroule ce dimanche 15 mars. Avec la montée des extrêmes, elles revêtent une importance toute particulière à un an de la présidentielle.

- Publié le 14-03-2026 à 07h01
- Mis à jour le 14-03-2026 à 08h26

Directeur de l'Observatoire de la vie politique de la Fondation Jean Jaurès, ancien député PS (2012-2017), Émeric Bréhier nous livre son éclairage.
Quels sont les enjeux de ces élections municipales pour La France insoumise ?
C'est la première fois que le mouvement se lance aussi massivement dans la bataille municipale. Gagner un nombre significatif de mairies devient donc, pour eux, un véritable objectif.
Leur premier enjeu consiste à conquérir des villes de plus de 10 000 habitants — comme Roubaix, où cela semble jouable — ainsi que des banlieues franciliennes et lyonnaises où ils présentent des candidats légitimes, bien implantés, dont certains ont été élus députés en 2024.
Le second enjeu est de peser suffisamment au premier tour pour devenir incontournables dans les négociations avec les autres forces de gauche en vue du second. Tout cela se joue dans un contexte de fortes tensions entre LFI et ses alliés potentiels. Enfin, La France insoumise veut faire élire un maximum d'élus locaux pour espérer décrocher, lors des sénatoriales de septembre prochain, des sièges au Sénat, dont elle est aujourd'hui absente.
Et pour le Parti socialiste ?
Les enjeux sont colossaux. Le PS souffre d'un problème structurel : il n'a plus, depuis longtemps, la capacité politique d'imposer une ligne stratégique nationale à ses élus locaux. En clair, chacun fait ce qu'il veut dans sa commune — maintien, désistement, alliance. C'est d'ailleurs aussi vrai chez Les Républicains. Et c'était déjà le cas en 2020 : on se souvient que Martine Aubry à Lille avait refusé de fusionner avec les Verts au second tour comme le lui demandait la direction du parti. Entre le discours du bureau national et la réalité du terrain, il y aura donc un écart.
Le PS conserve toutefois un solide ancrage territorial, qu'il lui faudra préserver face à la pression de La France insoumise d'un côté et du Rassemblement national de l'autre — notamment dans la banlieue lyonnaise, en Occitanie, sur le canal mosellan ou encore dans les Hauts-de-France. Rien n'est gagné. Enfin, si le PS perd Paris, Marseille, Lyon ou Bordeaux — ce qui n'est pas à exclure — la lecture politique et médiatique sera rude. On dira que le parti "a pris une tôle", même s'il conserve de nombreux élus municipaux. Le parti souhaite aussi consolider sa place de deuxième groupe au Sénat, derrière Les Républicains.
Et les communistes ? Ils dirigent encore une quarantaine de villes de plus de 10 000 habitants…
Oui, et ce n'est pas rien : c'est même à peu près autant qu'Horizons, le parti d'Édouard Philippe ! Mais la situation s'annonce difficile. Le PCF est concurrencé à la fois par La France insoumise et par le Rassemblement national. Il pourrait perdre des bastions historiques, notamment vers Fos-sur-Mer. Même Fabien Roussel, son premier secrétaire, est en danger à Saint-Amand-les-Eaux, où l'extrême droite progresse fortement. Pour les communistes, ces municipales relèvent véritablement d'un enjeu de survie.
Qu'en est-il des écologistes ?
Leur situation est paradoxale. Ils devraient obtenir de nombreux élus, grâce aux bons accords de premier tour conclus avec le PS, mais ils risquent de perdre plusieurs villes symboliques — Lyon, Strasbourg, peut-être Bordeaux, et, qui sait, Poitiers ou Besançon.
En résumé, quel est l'enjeu global de ce scrutin pour le bloc de gauche, à un an de la présidentielle ?
Je ne pense pas que les électeurs voteront dimanche à gauche dans l'idée de renforcer ce camp en vue de 2027. Je ne crois pas non plus qu'il faille tirer de grandes conclusions nationales de ces municipales, qu'il s'agisse de victoire ou d'échec — même si les responsables politiques s'empresseront de le faire.
Cela dit, si les Insoumis réalisent un bon score et contraignent les autres à fusionner leurs listes, le PS et les écologistes devront reconnaître qu'il n'y a pas d'avenir sans eux. À l'inverse, si le PS enregistre plusieurs succès, Olivier Faure aura la voie libre pour organiser une primaire avec vote préférentiel, comme il le souhaite, en espérant en sortir vainqueur. L'enjeu, au fond, sera de voir si une reconnexion s'opère entre la scène nationale et la scène locale, aujourd'hui terriblement déconnectées.