Les Républicains entre espoir de stabilité et rêve de reconquête
Le parti vise à conserver ses bastions pour prouver que son ancrage territorial reste solide.

- Publié le 14-03-2026 à 08h19
- Mis à jour le 14-03-2026 à 13h01

Bruno Retailleau, le patron des Républicains (LR), ex-ministre de l'Intérieur, a peut-être raté une occasion de se taire le jeudi 5 mars. Ce jour-là, lors d'une conférence de presse au Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, le candidat déclaré à la présidentielle a dénoncé ce qu'il a présenté comme les "accords de la honte" passés entre La France insoumise et les socialistes, les communistes et les écologistes dans certaines villes pour les municipales de ces 15 et 22 mars. "Une bande de tartuffes", lançait Retailleau qui dénonçait "l'incroyable hypocrisie" des responsables socialistes, écologistes et communistes, en les appelant à "clarifier leur position".
Il avait à peine terminé son rendez-vous médiatique qu'il recevait la réponse des socialistes qui exposaient, à leur tour, les accords locaux entre des candidats de droite et d'extrême droite… Retour de manivelle.
Mais qu'importe pour Bruno Retailleau : son message est passé et à travers cette dénonciation, il soulignait surtout sa crainte d'un rapprochement au second tour entre les listes de gauche au détriment des candidats LR. Il en a même profité pour accuser le maire sortant de Marseille, Benoît Payan, ancien encarté socialiste jusqu'en 2020, qui a conservé de bonnes relations avec le bloc de gauche, d'avoir "d'ores et déjà tendu la main" au LFI Sébastien Delogu. Dans le même temps, il a demandé à la candidate LR, Martine Vassal, qui a perdu pas mal de points dans les intentions de vote en martelant lors d'un meeting la devise des pétainistes "Travail, famille, patrie", de se maintenir coûte que coûte au second tour.
Confirmer l'ancrage local
Pour Les Républicains, les municipales restent plutôt une valeur sûre. S'ils ont mordu la poussière à répétition lors des présidentielles depuis le mandat de Nicolas Sarkozy, ils disposent encore d'un solide maillage local, certes largement hérité de la grande vague bleue qui avait submergé la France en 2014.
LR est en effet actuellement le parti qui détient le plus grand nombre de mairies (près de la moitié) dans les villes de plus de 9 000 habitants. Plus la taille de la cité grandit plus ce poids se dilue.
Lors de ces municipales, les Républicains ne le cachent pas, ils visent essentiellement à conserver leurs bastions pour prouver que leur ancrage territorial reste solide. "La prime au sortant va jouer, au moins dans les petites villes. Il faut conforter nos maires déjà en poste et si possible en gagner d'autres", décryptait dans la dernière ligne droite un dirigeant LR.
Bruno Retailleau, lui, sait qu'il joue déjà une carte importante pour son avenir comme candidat à la magistrature suprême en 2027. En cas d'échec, se course à l'Élysée serait déjà bien plombée.
Espoir de reconquête
Parallèlement, à côté de ce désir de stabilité, Les Républicains caressent l'ambition de frapper les imaginations au niveau national en reconquérant quelques grandes villes. Si le rêve de l'emporter à Marseille s'est largement dissipé, reste toujours la capitale avec la candidature de Rachida Dati, mais aussi des villes comme Besançon ou Grenoble.
À côté de ses ambitions, Bruno Retailleau et ses lieutenants savent aussi qu'ils jouent gros à Nîmes, la plus grande ville (plus de 250 000 habitants) qu'ils dirigent. Ici, le maire sortant, Jean-Paul Fournier, en poste depuis vingt-cinq ans, jette l'éponge. Son successeur Franck Proust ne parvient pas à décoller.
Il est donné en troisième position dans tous les sondages juste derrière le candidat du Rassemblement national (RN) Julien Sanchez et à quelques longueurs de Vincent Bouguet à la tête d'une Union de la gauche (sans LFI) qui, au second tour, pourrait être à la peine si un front de la droite parvenait à se constituer dans la ville du Gard.
Quelle union ?
Le cas de Nîmes est révélateur de la complexité des alliances à droite. Dans plusieurs grandes villes (Paris, Lyon, Bordeaux), des cadres de LR et de la mouvante macroniste (Renaissance, Horizons) sont tentés par ces alliances avec le bloc central pour faire barrage à la gauche ou au RN. À Toulouse, la troisième ville de France, le maire sortant Jean-Luc Moudenc bénéficie déjà d'un large soutien incluant LR et Horizons. Mais il pourrait mordre la poussière en cas d'union de la gauche au second tour. À moins d'aller à la conquête des voix de l'extrême droite.
Cette union des droites, qui braverait la ligne officielle en s'alliant avec le RN ou Reconquête (le parti d'Éric Zemmour) est-elle envisageable sur le terrain ? Il faudra juger sur pièce lors du second tour, le 22 mars. Dans les sondages, les électeurs LR sont quasi équitablement favorables à une alliance avec les macronistes ou avec le RN. Pas de quoi faciliter la tâche de la direction du parti.