Municipales françaises: la bataille du second tour est déjà bien entamée
Les partis situés aux extrêmes de l'échiquier politique ont réalisé une percée au premier tour des municipales. D'ici à ce mardi 18 h, des listes peuvent fusionner ou se retirer, avant la tenue du second tour.
- Publié le 16-03-2026 à 19h19

Les électeurs de 34 982 communes françaises étaient appelés à voter ce dimanche aux élections municipales. À l'issue de ce premier tour, 33 326 d'entre elles connaissent leur nouveau maire, élu dès ce dimanche. Dans les 1526 autres, un second tour sera nécessaire le 22 mars.
Progression des extrêmes
Il ressort de ces premiers résultats que les partis situés aux extrêmes de l'échiquier politique ont progressé. La nouvelle percée du RN est surtout marquée autour du bassin méditerranéen. Louis Aliot et David Rachline ont été réélus dès le premier tour, à Perpignan et à Fréjus, malgré leurs récentes condamnations judiciaires, tout comme les maires sortants de Hénin-Beaumont, de Beaucaire et de Hayange. Plusieurs autres candidats sont en ballottage très favorable pour le second tour : la députée RN Laure Lavalette à Toulon, le député Julien Sanchez à Nîmes, et le député Éric Ciotti, président de l'Union des droites pour la République (UDR) et allié du RN, à Nice. À Marseille, Franck Allisio est en embuscade juste derrière le maire sortant Benoit Payan. Si une seule de ces villes était conquise, cela serait la plus belle victoire pour le RN aux municipales.
La progression de La France insoumise (LFI) est plus importante encore que celle du RN, pour la simple et bonne raison que les Insoumis n'avaient pas du tout investi le précédent scrutin, en 2020. LFI a déjà ravi Saint-Denis aux socialistes et est en passe de conquérir Roubaix. Les candidats LFI atteignent bien souvent entre 10 % et 15 % dans les grandes villes et les villes moyennes, parfois même le double, à Lille, Toulouse et Limoges. La stratégie de l'outrance des Insoumis ne leur a visiblement pas été préjudiciable, tout comme les nouvelles accusations d'antisémitisme visant Jean-Luc Mélenchon et la mise en examen de deux collaborateurs du député Raphaël Arnault en lien avec la mort du militant identitaire Quentin Deranque.
Les Écologistes entre deux eaux
Les scores de LFI mettent sous pression le Parti socialiste (PS), qui obtient malgré tout de bons résultats. À Paris, Emmanuel Grégoire (37,98 %) tient à bonne distance sa rivale de droite, Rachida Dati (25,46 %). À Marseille, le maire sortant Benoit Payan (36,7 %) devance, de peu, Franck Allisio (35,02 %). Le PS est aussi en tête à Rennes, Nantes, Strasbourg, Lille, Dijon, Le Mans, Nancy, Montpellier… Le maire sortant de Lens, Sylvain Robert, a été élu dès le premier tour.
La situation des Écologistes est plus délicate. Les Verts reculent dans presque toutes les villes conquises en 2020 et 2014. Ils se retrouvent en ballottage défavorable à Strasbourg, Besançon, Annecy et Grenoble, mais ils restent en tête à Tours, Bordeaux et Poitiers. À Lyon, le maire sortant Grégory Doucet a réalisé une remontée spectaculaire (37,36 %), devançant Jean-Michel Aulas (36,78 %), l'ex-président de l'Olympique lyonnais soutenu par la droite et le centre.
Pour la droite, justement, le bilan est contrasté. Si les Républicains (LR) se maintiennent dans les villes moyennes, ils reculent dans les cités de plus de 100 000 habitants. Ils peuvent toutefois espérer conserver Orléans, Metz et Toulouse, voire faire basculer Lyon, Nantes, Saint-Etienne et Besançon.
Quant au bloc central, Renaissance obtient un maigre bilan, avec la réélection de Franck Riester à Coulommiers. Le parti présidé par Gabriel Attal peut encore espérer conquérir Nevers, voire Bordeaux et Annecy avec les ex-ministres Thomas Cazenave et Antoine Armand. La moisson est encore plus pauvre au MoDem. François Bayrou est sorti en tête du premier tour à Pau, mais en perte de vitesse par rapport à 2020. Le dernier parti du bloc central, le parti Horizons de l'ex-Premier ministre Edouard Philippe et candidat à la prochaine élection présidentielle, s'en sort mieux. Edouard Philippe devrait être réélu au Havre, tout comme Arnaud Robinet à Reims et Christophe Béchu à Angers. Seule ombre au tableau pour Horizons : la probable défaite du maire sortant Christian Estrosi à Nice.
Des alliances en perspective
À peine les résultats étaient-ils connus dimanche soir que les tractations étaient lancées entre les candidats qualifiés pour le second tour. Objectif : fusionner des listes pour battre un adversaire commun.
Cette question se pose surtout pour les partis de gauche. LFI se retrouve souvent dans le rôle d'arbitre. "Nous tendons la main aux autres listes pour permettre, partout où la droite et l'extrême droite menacent, la constitution d'un front antifasciste", a ainsi déclaré Manuel Bompard, coordinateur des Insoumis.
Le PS a refusé tout accord national. Mais localement, les réactions sont différentes d'une ville à l'autre. À Toulouse, François Piquemal (LFI) et François Briançon (PS) ont fusionné leurs listes pour tenter de battre le maire sortant Jean-Luc Moudenc (LR). Même schéma à Limoges, où Damien Maudet (LFI) et Thierry Miguel (PS) font cause commune pour passer devant Guillaume Guérin (LR).
En revanche, à Paris et à Marseille, Emmanuel Grégoire et Benoit Payan refusent de s'allier avec LFI, tout en appelant leurs électeurs à voter utile pour que la gauche gagne. À Lyon, troisième ville de France, l'écologiste Grégory Doucet a annoncé ce lundi que sa liste avait été rejointe par celle de LFI.
Plus surprenant à Lille : l'insoumise Lahouaria Addouche a appelé l'écologiste Stéphane Baly à la rejoindre. Objectif : renverser le maire sortant arrivé en tête au premier tour, le socialiste Arnaud Deslandes. Stéphane Baly a cependant annoncé, ce lundi soir, qu'il fusionnait sa liste avec celle d'Arnaud Deslandes.
Serré à Paris, Lyon et Marseille
Les tractations vont aussi bon train à droite, à Paris en particulier, où cinq listes ont atteint le seuil des 10 % au premier tour. Sont qualifiés pour le second tour : Emmanuel Grégoire pour la gauche hors LFI (37,98 %), Rachida Dati soutenue par LR et le Modem (25,46 %), Sophia Chikirou pour LFI (11,72 %), Pierre-Yves Bournazel, le candidat Horizons soutenu par Renaissance (11,34 %), et Sarah Knafo pour Reconquête (10,4 %).
Dimanche soir, Rachida Dati a tenté de séduire Pierre-Yves Bournazel, et même Sarah Knafo, pour battre la gauche. Mais le premier a émis ses conditions, dont celle-ci : "Rejeter avec la plus grande clarté toute alliance ou toute porosité avec l'extrême droite et la liste de Madame Knafo". Ce lundi à 18 h 30, le quotidien Le Parisien a révélé que le candidat Horizons rejoignait bien la candidate LR. Cela suffira-t-il pour renverser la gauche ?
L'issue du second tour reste très incertaine à Paris, Marseille et Lyon, ainsi que dans de nombreuses autres villes où des alliances peuvent encore rebattre les cartes. Les candidats ont jusqu'à 18 h ce mardi pour trancher et déposer les listes.