Avec cette stratégie, l'administration Trump pourrait prendre de gros risques: "Nous nous dirigeons vers des temps particulièrement agités"
Les États-Unis sont accusés d'utiliser les fonds octroyés à l'aide étrangère comme moyen de pression pour obtenir des concessions dans d'autres domaines.

- Publié le 17-04-2026 à 06h39
- Mis à jour le 17-04-2026 à 16h44

Depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, l'Administration fédérale américaine s'est employée à réduire drastiquement l'aide étrangère du pays, coupant notamment dans les fonds de soutien pour la lutte contre le VIH, la tuberculose ou encore le paludisme. Fortement dépendants de ces aides, les États africains ont été particulièrement affectés par cette décision.
Washington s'est ensuite lancé dans une série de négociations bilatérales afin d'obtenir de nouveaux accords en matière de santé. Jusqu'à présent 28 contrats ont été signés, mais les termes exacts de ceux-ci n'ont pas été publiés. De nombreux observateurs critiquent ce manque de transparence et craignent que cet argent soit utilisé comme moyen de pression pour obtenir des concessions dans d'autres négociations, rompant avec une utilisation traditionnellement apolitique de ces financements.
"Beaucoup de ces accords sanitaires contiennent, en plus de l'obligation pour le pays concerné de financer une partie de ses programmes de santé, des conditions spéciales, comme l'accès privilégié à des minéraux particuliers. J'ai également entendu que certains pays glissent discrètement dans leurs accords des clauses par lesquelles ils s'engagent à accueillir des immigrés expulsés", confie Charles A. Ray, ancien ambassadeur des États-Unis au Zimbabwe et président du programme Afrique du Foreign Policy Research Institute.
Une autre disposition concerne le partage avec les États-Unis de données de santé et d'échantillons biologiques des populations bénéficiaires. Cette clause a motivé plusieurs États à se retirer des négociations. Ainsi, en février 2026, le Zimbabwe a rejeté l'accord de 367 millions de dollars, jugeant que les exigences américaines représentaient un risque pour sa souveraineté. La Zambie hésite encore à accepter un financement d'un milliard de dollars sur cinq ans. "Il est fort probable que d'autres pays agissent de la même manière quand ils verront que ces accords ne sont guère différents de ceux qu'ils pourraient conclure avec la Chine", souligne Charles A. Ray
Une approche risquée
Ce changement d'approche pourrait porter préjudice aux Américains sur le long terme, alors qu'ils tentent pourtant de contrebalancer l'influence chinoise sur le continent africain. "L'un de nos avantages depuis longtemps était que nous offrions une alternative positive à la Chine. Mais en utilisant ce type de tactique pour négocier, nous devenons juste une autre Chine", juge l'ancien ambassadeur. "Beaucoup de pays savent qu'ils concluent un mauvais marché avec Pékin, mais estiment que c'est mieux que rien. Donc, si les Américains refusent d'accorder l'aide médicale, la voie est libre pour les Chinois, qui seront vus comme des sauveurs. Ce serait comme se tirer une balle dans le pied pour les États-Unis."
Charles A. Ray pointe également le risque tant pour Washington que pour Pékin de se livrer à une bataille pour l'accès aux minéraux stratégiques. "Certains pays chercheront d'autres bienfaiteurs. Si la Chine et les États-Unis adoptent une approche purement transactionnelle du type 'je gagne, tu perds', nous nous dirigeons vers des temps particulièrement agités." En effet, d'autres acteurs pourraient saisir leur chance d'accroître leur influence dans la région, tels que la Corée du Sud, déjà présente de manière significative en Afrique de l'Ouest et qui possède les capacités économiques et technologiques pour fournir certaines de ces aides sanitaires, ou encore les États européens.
Diviser pour mieux régner
Au-delà des conséquences possibles pour les États-Unis, l'Administration Trump est également critiquée pour le manque d'éthique dans ces négociations. Selon Peter Maybarduk, directeur de l'accès aux médicaments pour l'ONG Public Citizen, la stratégie américaine est de diviser pour mieux régner. "L'Administration Trump traite ses partenaires de négociation comme des ennemis et aborde l'aide sanitaire presque comme une opération militaire, comme si le moindre avantage américain devait être jalousement gardé secret", ajoute-t-il.
Charles A. Ray pointe également la problématique liée à la conclusion d'accords bilatéraux avec des États appartenant à des alliances régionales. "En ajoutant des clauses commerciales, le pays est probablement contraint d'aller à l'encontre des engagements pris vis-à-vis des membres de son bloc régional. On fragilise donc ces ensembles économiques régionaux et je ne vois pas ce que cela peut apporter de positif", conclut-il.