En Inde, les origines de Kamala Harris suscitent peu d'enthousiasme
Hormis le village dont le grand-père maternel de la vice-présidente est originaire, le pays est plutôt réservé sur sa possible victoire face à Donald Trump en novembre.

- Publié le 06-08-2024 à 14h07

C'est un petit village comme il y en a des milliers en Inde. Thulasendrapuram est une bourgade agricole quadrillée de rues étroites dans une région où l'on cultive le riz. Situé à 300 kilomètres de Chennai, dans le sud du pays, Thulasendrapuram fait la Une de plusieurs journaux locaux depuis que Kamala Harris a obtenu l'investiture du Parti démocrate pour l'élection présidentielle de novembre.
Une bannière jouxte l'entrée du temple hindou de la localité. Le visiteur peut y apercevoir une photo de la vice-Présidente tout sourire. La candidate à la succession de Joe Biden partage un lien ténu, mais réel avec ce bourg : son grand-père maternel y est né au début du XXe siècle avant de faire une brillante carrière de haut fonctionnaire. Kamala Harris figure parmi les donateurs qui ont financé la rénovation du lieu de culte en 2014 d'après le quotidien The Hindu qui s'appuie sur les dires du prêtre.
Souvenirs d'enfance
Elle s'était confiée sur ses origines sud-asiatiques lors d'un déjeuner en l'honneur du Premier ministre indien, Narendra Modi, en visite officielle à Washington en juin 2023. "Quand ma sœur Maya et moi étions enfants, notre mère nous emmenait en Inde presque chaque année. Elle voulait qu'on sache d'où on venait. […] Nous allions voir nos grands-parents à Madras" (renommée Chennai depuis). Elle détaille ensuite comment son grand-père partait en balade avec elle tous les matins, balades durant lesquelles ils parlaient de l'actualité avec ses amis. "Je me souviens qu'ils débattaient de l'importance de la lutte anticorruption et de l'égalité", raconte-t-elle avant d'ajouter : "L'histoire et les idées de l'Inde ne m'ont pas seulement influencée. Elles ont aussi modelé le monde entier. À travers les âges, l'Inde a inspiré des millions de gens que ce soit par sa philosophie, sa théologie, la désobéissance civile et l'attachement à la démocratie."
Ces propos auraient dû ravir le Premier ministre Modi, qui répète que son pays est un phare capable d'éclairer l'humanité. Le leader nationaliste hindou est convaincu que l'Inde doit être le gourou du monde. Pourtant, au-delà du village de Thulasendrapuram, l'investiture de Kamala Harris n'a guère suscité d'enthousiasme dans l'opinion publique. Sa candidature génère plutôt une certaine réserve.
Si la vice-Présidente a exprimé son attachement au pays de ses aïeux, elle a contesté certaines décisions du gouvernement Modi, en particulier l'abrogation de l'autonomie du Cachemire en 2019. Au gouvernement qui assurait que la fin du statut spécial de cette région, revendiquée par le Pakistan, relevait de sa souveraineté, elle avait rétorqué : "Nous devons rappeler aux Cachemiris que le monde ne les oublie pas."
Deux ans plus tard, elle avait rappelé l'importance des valeurs démocratiques lorsqu'elle avait rencontré Narendra Modi lors d'un sommet à Washington en septembre 2021 : "Il est impératif que nous défendions les principes démocratiques et les institutions dans nos pays respectifs", avait-elle déclaré. Le gouvernement indien est régulièrement pointé du doigt par les ONG de défense des droits humains pour les attaques contre les minorités musulmanes et chrétiennes, contre la presse et contre l'opposition.
Pour autant, les analystes indiens n'anticipent pas de changement majeur dans le partenariat indo-américain si Kamala Harris remportait la présidentielle. Depuis le début de la guerre en Ukraine, et avec la montée en puissance de la Chine en Asie, New Delhi n'a jamais été aussi courtisé par l'Occident. Washington veut contribuer à la modernisation de l'économie et de l'armée indiennes par des transferts de technologie dans le domaine militaire et spatial entre autres. Les États-Unis tentent, par la même occasion, de se substituer à la Russie, fournisseur d'armes traditionnel de l'Inde, afin d'isoler davantage le régime de Vladimir Poutine. La politique américaine à l'égard du géant sud-asiatique est marquée par un partenariat stratégique dont Bill Clinton a posé les bases et qui n'a fait que se renforcer depuis. L'Inde, préoccupée par la montée en puissance de la Chine ainsi que l'alliance militaire entre Pékin et le rival pakistanais, partage les craintes américaines.